CHAPITRE V
Considérations sur le pronostic et sur le traitement.
Nous restons persuadé qu'une fièvre intense, survenant au cours de la coqueluche, annonce ordinairement une complication imminente du côté de l'appareil respiratoire et que l’apparition de ce symptôme, doit être considérée comme un indice du plus fâcheux augure, surtout chez un enfant en bas âge, puisqu’au-dessous de deux ans la broncho-pneumonie ne pardonne guère ; mais nous considérons cependant comme indispensable de faire des réserves.
Nous avons vu en effet que cette terrible complication n’est pas la seule cause d’élévation de la température. Sans parler de la pneumonie franche qui guérit presque toujours mais qui est, à vrai dire, exceptionnelle, nous avons montré qu'il n’est pas rare d'observer, tant à la période catarrhale qu’à la période spasmodique une fièvre parfois très vive affectant la forme d'accès brusques et éphémères ou le type rémittent et ne paraissant nullement retentir d'une facon fâcheuse sur l’évolution de la maladie.
Nous venons de voir d'autre part, que le diagnostic entre l’hvperhémie qui accompagne lafbroncho-pneumonie et entre ces divers états fébriles, présente fréquem-
ti
ment, au moins au début, de sérieuses difficultés, et qu'il peut même rester quelques jours en suspens.
Dans ces conditions, il nous semble qu'il doit en être de même pour le pronostic. Les craintes du médecin, si légitimes soient-elles, peuvent ne pas être justifiées et en faisant prématurément part de ses sombres prévisions, non seulement il s'expose à jeter inutilement la désolation dans une famille, mais il risque encore de compromettre gratuitement son prestige ou celui de ses confrères.
Nous citerons à ce propos, l’anecdote suivante qui indique que notre travail peut avoir quelque utilité et qui explique par là le choix de notre sujet.
Un médecin des plus connus et des plus distingués est appelé en consultation auprès d’un enfant atteint de coqueluche et présentant en outre une forte élévation de température avec dyspnée et abattement. Frappé par ces symptômes, qui dans la majorité des cas ne trompent pas et un peu pressé sans doute, il diagnostique une broncho-pneumonie. Le médecin traitant voit de ce fait, sa réputation sérieusement atteinte. La famille ne lui pardonne pas d’avoir méconnu une aussi importante complication. Enfin il obtient une nouvelle consultation et fait venir un de nos maîtres les plus estimés.
Celui-ci ayant souvent eu l'occasion d'observer les brusques poussées fébriles que nous venons d'étudier, se montre beaucoup moins pessimiste. Sans rien affirmer, il prédit une issue favorable et parvient ainsi à sauver son malheureux confrère, auquel la famille est heureuse de rendre une confiance méritée, en constatant dès le lendemain, la disparition complète de la fièvre.
On est donc en droit de rester très réservé dans son pronostic et cette prudence si légitime ne saurait être qualifiée d'excessive. Mais on serait coupable si l’on tardait de même à formuler un traitement; on s’'exposerait à causer à son malade un grave préjudice. Attentif à toute élévation thermique, on doit se disposer à agir énergiquement dès qu'apparait une fièvre de quelque intensité, avant même d’avoir constaté la présence de signes physiques. C’est à cette condition seulement qu’on peut espérer voir le traitement Jutter efficacement contre une affection aussi grave que la boncho-pneumonie. Ce traitement est nécessairement très variable suivant les circonstances et entreprendre de traiter ici cette importante question serait sortir de notre sujet. Si nous nous y sommes arrêté, c’est qu’à notre avis, dans l'interprétation des résultats obtenus, il faut tenir compte, au moins dans une certaine mesure, des considérations qui précèdent.
Nous venons de dire qu'il n’est pas permis de faire supporter à un malade, les conséquences d’une erreur possible de diagnostic. [1 nous semblerait peu juste d’en faire bénéficier la thérapeutique. La médication réfrigérante préconisée par M. le docteur Hutinel, est certes un agent admirable dont il serait puéril de nier les excellents effets dans les états infectieux; elle combat utilement l’hyperchermie, tonifie le système nerveux, entrave les phénomènes congestifs, favorise la sécrétion urinaire. Mais lorsqu'on voit à la suite de bains froids, une broncho-pneumonie ou une pneumonie franche, arrêtée brusquement dans leur cours et la fièvre tomber dans les 24 heures de 40 degrés et plus à 37°, il y a lieu de se demander, croyons-nous, si l’on n’était pas plutôt en pré-