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CHAPITRE PREMIER

Au premier rang des préoccupations humaines, se retrouve, dans toutes les civilisations, l’idée fixe de s’affranchir de la crainte de la maladie et de la caducité.

Dès les temps les plus reculés, l'imagination humaine a été hantée par la possibilité de rendre la santé, la vigueur et même la jeunesse, aux vieillards et aux infirmes, er substituant leur sang à celui des jeunes gens pleins de santé.

Stunulés par les miraculeuses possibilités qui leur étaient offertes, des légions de chercheurs se mirent à l’œuvre, dans tous les pays, mais ce n’est que depuis quelques années seulement que l'opération de la transfusion est vraiment assise sur une base solide.

Dans la littérature médicale, si fournie sur ce sujet, se trouvent de nombreuses références sur une tentative de transfusion du sang qui aurait été faite pour sauver la vie du pape Innocent VIII en 1492. Cette opération fut controversée et, d’après ce que rapporte A.-H. Marmew', on aurait préparé un breuvage

1. Life and times of Rodrigo Borgia, A. H. Marnew D, D. 1912 p. 66. {

pour le Pape avec le sang de trois jeunes gens qu'on saigna jusqu’à la mort. L'idée n'était pas neuve; on buvait le sang à la veine, dans les bains de sang du moyen âge.

En 1616, William Harvey découvre la circulation du sang, mais ce n’est qu’en 1628 qu'il publie son célèbre traité sur les mouvements du cœur et du sang (Motion of the Heart and blood). On rapporte aussi que des transfusions furent pratiquées par un médecin italien, Francesco Folli en 1654 et par Daniel de Leipzig en 1664, mais d’après les écrits de la plupart des écrivains les noms de Richard Lower d'Oxford et de Jean Denys de Montpellier, se placent nettement en tête comme les pionniers de la transfusion, l'un ayant pratiqué la transfusion chez l’animal, le second chez l’homme. Lower commença ses expériences en 1665 et réussit à transfuser du sang en anastomosant, au moyen d'une canule, l'artère d’un animal avec la veine d’un autre. En 1667, Denys transfuse avec succès à l’homme du sang de mouton. A la même époque, Emmerets en France, King en Angleterre, Riva et Manfredi en Italie, firent des transfusions d'animal à animal et de l’animal à l'homme.

IL'est de toute évidence que la nouvelle méthode fut accueillie avec enthousiasme par les médecins d'alors et appliquée avec un empressement sans bornes. Des morts en résultèrent et l’opération de la transfusion fut condamnée en France par la Cour Suprème. Un arrêt du Châtelet, à la date du 17 avril 1668, déclarait « qu’à l'avenir, la transfusion ne pourrait être faite chez l’homme sans l'approbation d’un médecin de la Faculté de Paris ».

L'Académie des Sciences, que Colbert venait d’instituer (1666) se montra également hostile à la transfusion. « Ne serait-il pas étrange, disait le rapporteur Perrault Claude, que vous reconnaissiez qu'on peut changer de sang comme de chemise. »

La réprobation officielle entraîna l'opinion et en 1675, le Parlement rendait un arrêt qui prohibait la transfusion.

Un siècle durant, le silence se fait sur cette méthode thérapeutique ; en France du moins, car l'Angleterre et l'Allemagne publient, de loin en loin, quelques tentatives nouvelles, succès ou échecs. Et c’est seulement l'année 1818 qui marque, pour la transfusion, la fin de la période d’oubli.

A ce moment, préparée par les travaux de Rosa (1783) et de Darvin (1796), les expériences de Dieffenbach (1810), Hufeland (4815) et Blundell (1818) exhument la transfusion et ia ressuscitent. Cette nouvelle phase de prospérité dura jusqu'en 1875. . Entre la transfusion du x1x° siècle, et celle des vieux auteurs, il y a une différence capitale. Les premiers transfuseurs pratiquaient la transfusion continue du sang hétérogène ; de l'artère d’un animal à la veine d’un homme, le passage du sang était assuré par un tube de métal ou d'os. Les transfuseurs du xix° siècle, au contraire, ont pratiqué surtout la transfusion intermittente du sang homogène ; le sang d’un homme, recueilli dans un récipient, était propulsé dans la veine d’un autre homme, au moyen d’une seringue plus ou moins compliquée.

Cette orientation nouvelle de la transfusion était la conséquence de plusieurs constatations expérimentales. Dès 1812, Prévost et Dumas avaient montré que « si on injecte du sang à globules circulaires à un oiseau, l’animal meurt ordinairement au milieu d'accidents nerveux très violents et comparables, par leur rapidié, à ceux qu’on obtient au moyen des poisons les plus intenses ! ». Les recherches successives de Panum, Worm Muller, Ponfick, et surtout celles de Landois (1873) aboutissent à la même conclusion : la transfusion entre animaux d'espèces différentes est dangereuse, d’où l'obligation de n'employer, pour l’homme, que du sang humain.

D'autre part, les expériences de Dieffenbach (1810), Blundell (1818), de Bischoff (1835-1838) avaient établi que le passage à travers la seringue ne rend pas le sang impropre à la transfusion.

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