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Bibliothèque Univers. de Genève, p. 225, t. XVIL

On pratiqua donc la transfusion médiate de sang humain, avec l’espoir d'éviter les accidents qui avaient jadis entraîné le discrédit de la méthode. Mais les résultats ne furent pas aussi satisfaisants qu'on l'avait espéré et les accidents (embolie, hémoglobinurie, etc.) continuèrent comme par devant. Alors, on incrimina la fibrine du sang transfusé et on lui reconnut, d’abord, une action toxique (Dieffenbach, Bischoft), puis, plus lentement, un rôle mécanique dans la production des embolies observées. Cette notion amena les transfuseurs à préconiser l'emploi de sang défibriné'. Peut-être les embolies devinrentelles moins fréquentes, mais il parut surtout que les « résurrections » d’anémiés se faisaient plus rares, et les chirurgiens, avec Gesellius, considérèrent généralement le sang défibriné comme « battu à mort ». Aussi, parmi les innombrables machines à transfuser qui furent construites vers 1860, accordait-on la préférence à celles qui permettaient d'utiliser le sangcomplet.

Aussi rénovée, la transfusion rendit de grands services. Les conclusions d’'Oré*, à qui cette méthode doit tant, ainsi qu'à Roussel {de Genève), montrent en quelle estime on la tenait en 1875 : « Recourir à la transfusion dans toutes les hémorragies qui menacent la vie est un devoir; y manquer serait plus qu'une faute ». Du reste, on n'y manquait guère ; on transfusait même un peu tout le monde : le brûlé et l’urémique, le syphilitique et l’enragé ; et Emerson, répétant Perrault, affirmait qu'à Paris « on pouvait changer de sang comme de chemise ». Les conclusions expérimentales de Brown-Séquard (1860) ; les constatations cliniques de Huter (1860), Lauder-

Brunton (1873), etc., étaient, par ailleurs, favorables à la transfusion.

4. Etudes historiques, physiologiques et cliniques sur la transfusion du sang. Paris, Baillière 1876.

2. Quelques auteurs restèrent fidèles au sang complet qu'ils injectaient non plus dans les veines mais sous la peau (Karst, 1872) ou dans le péritoine (Pon-

lick 1870) ; ces dates marquent le début de certaines méthodes d'hémothérapie actuellement préconisées.

Les résultats de la transfusion ne furent point également bons dans toutes les circonstances. Très encourageants dans la plupart des états hémorragiques, ils parurent beaucoup plus discutables dans le cancer, par exemple, ou dans les septicémies. La transfusion vivait donc sur les états hémorragiques, dont elle tirait sa plus impérieuse indication. Aussi la mise en œuvre d'une thérapeutique nouvelle prétendant au même but et d'exécution beaucoup plus simple, l'injection de sérum physiologique porta-t-elle à la transfusion un grave préjudice. Le scepticisme fit le reste. « L'Imagination s’enflamme, s’écrie, à l'Académie de médecine, le rapporteur du prix Barbier (1875) à l’idée de faire passer la vie dans les veines d’un mourant abandonné de tous, et de rendre à ses enfants, à sa famille, à la société, une pauvre femme déjà refroidie par la mort qui approche, mais, je le répète, la chance est bien rare de ces cures miraculeuses. »

A nouveau, le silence se fait sur la transfusion. Chose grave, la méthode sombrait cette fois, pour s’être montrée passible d’une objection sérieuse : c'était une méthode dangereuse. Sans parler de l’introduction de l’air dans les veines, la coagulation intra-vasculaire (se traduisant par des embolies) et l’hémolyse {se traduisant par de la dyspnée, du collapsus, de l’hémoglobinurie), justifiaient pleinement, par leur fréquence et leur gravité, le jugement sans appel qui condamnait la transfusion.

Puis, peu après le début du xx° siècle, la transfusion reçut une nouvelle impulsion qui s’est continuée jusqu’à nos jours.

On pratiqua alors la transfusion sans l’intermédiaire de tubes ou de canules et ce fut une grande avance. Ceci fut rendu possible par les grands progrès réalisés dans la chirurgie des vaisseaux sanguins, grâce à Murphy dont le travail fut publié en 1897. De nouveaux perfectionnements furent apportés par d’autres, comme Carrel et Guthrie. Mais c'est à Crice, le réel pionnier de la transfusion moderne, que l’on doit d’avoir mis au point définitivement, dès 1907, la technique directe de la

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transfusion du sang. Il fit de nombreuses recherches expérimentales et rapporta, dès lors, 225 transfusions animales et 32 inter-humaines.

Au début, il anastomosait l'artère à la veine, et montra, par la suite qu'on pouvait aussi réaliser la transfusion par une anastomose de veine à veine. Sa méthode sera décrite brièvement dans un chapitre suivant.

Pendant ce temps, le principal facteur, cause des accidents fatals, était découvert : la preuve d’agglutinines et d'isoagglutinines dans le sang fut trouvé par Landsteiner et par Shattocken en 1905 ; en 1907, les quatre groupes parmi lesquels on peut ranger tous les êtres humains, furent déterminés par Jansky et repris par Moss en 1900.

Bientôt après, des simplifications dans le groupement des individus furent faites successivement (Beth-Vincent).

Au même moment, de grandes améliorations s'accomplissaient au point de vue technique par l'emploi de seringues et de tubes paraffinés. Citons les noms de David et de Curtiss, celui de Von Ziemssen qui, dès 1892, employa, avec succès, plusieurs seringues ordinaires de 20 centimètres cubes, réussit à transfuser simplement des quantités importantes de sang.

En 1913, la transfusion indirecte, par l'intermédiaire d’un tube parafliné, fut introduite par Kimpron et Brow\.

La même année, LiNpeman devenait le protagoniste et le champion de la transfusion à la seringue.

Il était dès lors évident que la transfusion du sang deviendrait rapidement une méthode thérapeutique sans grande difficulté technique et pourrait être employée sur une bien plus grande échelle.

Les choses en étaient là quand, en 1914, l'emploi du citrate de soude, comme anti-coagulant, fut rendu possible par les travaux d'Agote de Buenos-Ayres, d'Hustin, de Bruxelles et de Lewisohn de New-York, qui arrivèrent, chacun de son côté, et presque en mème temps à la même conclusion.

La première transfusion de sang citraté fut pratiquée par le professeur L. Agote, qui nous en a donné lui-même tous les détails, en novembre 1914, date qui est naturellement d’une grande importance dans l’histoire de la transfusion. Hustin employa le premier une solution glucoso-citraté ; la glucose servant à établir l’isotonicité de la solution. Il est certain que l'emploi des anti-coagulants a élargi dans des proportions considérables, l'emploi de la transfusion du sang, qui est, dès lors, devenue une opération de petite chirurgie,

Le grand pas en avant de la technique de la transfusion du sang, coïncide si exactement avec le commencement de la grande guerre, qu’il semblerait qu’une prévision sub-consciente de sa nécessité dans le traitement des blessures de guerre, ait orienté les recherches. En effet, pendant les deux premières années de la guerre, on ignorait, en France du moins, ce qu’on pouvait en attendre. Je ne crois pas que les médecins anglais ou allemands se soient servis de ce mode de traitement plus que nous.

Quelques efforts furent faits vers 1916, pour introduire l’emploi de la transfusion directe, à l’aide de canules (Guillot- Dehelly), mais la technique était par trop difficile eu égard aux conditions imposées par l’état de guerre. Ce ne fut qu’en 1917, sous l’influence de Jeanprau en France, et de RogerrsoN, pour l’armée anglaise, que la connaissance des bienfaits de la transfusion se répandit dans toutes les armées, et à ces deux hommes, untrès grand nombre de soldats doivent indirectement leur vie.

Dans quelques armées anglaises, le tube paraffiné de Kimpton, resta la méthode de choix, mais ce fut l'exception, car la Commission interalliée, dans un but d’uniformité, trouvant la transfusion du sang citraté beaucoup plus simple que les méthodes de sang pur, en usage à cette époque, en conseilla l'emploi général.

Familiarisé pendant la guerre avec la pratique de la transfusion citratée, de nombreux chirurgiens appliquèrent cette

méthode dans la pratique civile, où de plus en plus les indications apparaissaient, Les observations se multiplièrent particulièrement en Amérique, où ce moyen thérapeutique est employé sur une bien plus grande échelle que chez nous.

On s'aperçut alors que la transfusion du sang citraté donnait plus de réaction (25 p. 100) que la transfusion du sang pur (5 p. 100) et ne convenait pas à tous les cas. De nombreuses discussions s’élevèrent à ce sujet. Le sang citraté a de nombreux défenseurs dont Mayo qui lui donne la préférence. Le sang pur à d’ardents partisans, parmi lesquels il faut citer GRILLE, qui n’a jamais pratiqué que le sang pur.

Pour notre part, nous avons pratiqué de nombreuses transfusions de sang citraté, Nous préférons actuellement le sang pur parce qu'il est de toute évidence que le sang non modifié est certainement ce qu’il y a de mieux et qu'à l'heure actuelle, après de nombreux essais, nous pouvons réaliser la transfusion d'une façon extrêmement simple et surtout très sure.

n'y a aucun doute que la transfusion est destinée à figurer d’une façon de plus en plus importante dans la thérapeutique de l’avenir. De plus en plus, l’esprit du public se fait à cette idée et le temps n’est plus où chaque transfusion était rapportée comme un événement sensationnel, en gros caractères et en première page des grands quotidiens.

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