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CHAPITRE V

Techniques de la transfusion du sang citraté

Nous décrirons sommairement les diverses techniques qui ont été préconisées dans la transfusion du sang citraté. Elles consistent toutes à retirer du sang de la veine du donneur. Ce sang est mélangé à une solution de citrate de soude et ensuite injecté dans la veine du receveur. La transfusion est toujours veino-veineuse, indirecte et intermittente.

Agote (Annales de l’Institut mod. de clinic. méd., t. 1, 2 janvier et 3 septembre 1915) ponctionne avec une grosse aiguille une veine du donneur. Le sang s'écoule dans un flacon, maintenu au bain-marie, renfermant 3 centimètres cubes de citrate de soude à 25 0/0. Grâce à une soufflerie et à un bouchon à double tubulure, il est ensuite injecté dans la veine du récepteur (après ponction sous-cutanée),

Lewisohn (Medical Record, janvier 1915) recueille de la même manière le sang dans un verre gradué où il se mélange avec du citrate (2 gr. par litre) tandis qu'on l’agite avec une baguette de verre. Il l’injecte ensuite après l’avoir transvasé dans un flacon à salvarsan.

Jeanbrau publie en juillet 1917 (Soc. chir.) la description de son instrumentation. Il se sert d’une ampoule de verre cylindrique, graduée, de 500 centimètres cubes. La partie inférieure amincie est coudée à angle légèrement obtus et étirée en forme de canule, dont la pointe mousse a 3 millimètres de diamètre intérieur. La partie supérieure est munie d’un bouchon à une tubulure reliée à une soufllerie de Richardson un peu modifiée. Cette soufilerie s’adapte au tube par l’une ox l’autre de ses extrémités pour que l’on puisse à volonté produire l'aspiration ou linsufflation, La canule porte une graduation allant jusqu’à 25 centimètres de citrate de soude à 10 0/0 lorsqu'on veut retirer 500 grammes de sang. La veine du donneur est dénudée à l’anesthésie locale. Elle est liée à l'angle supérieur de la plaie. Par une petite boutonnière la canule est introduite dans la veine dont l’hémostase temporaire est faite par un catgut qui est aussitôt déserré. Le sang jaillit dans l’ampoule tandis qu'avec la poire on fait de l'aspiration. La veine du receveur est aussi dénudée. On y introduit la canule de l’ampoule qu’on vient de remplir. Le sang est injecté par insufflation grâce à la poire disposée en sens inverse, La ligature de la veine, la pose d’agrafes entassées terminent l'opération.

Celte technique simple a pour avantages de prélever rapidement une grande quantité de sang grâce à l’aspiration et au gros calibre de la canule. Les risques de coagulation dans la canule sont réduits

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au minimum par cette rapidité. Le sang est injecté sans transvasement ce qui permet d'éviter des fautes d’aseptie.

Hallopeau a publié (nov. 1917) 12 observations de transfusion faites avec une instrumentation de fortune calquée sur celle de Jeanbrau : poire ordinaire du thermocautère et simple ampoule vide de 250 centimètres cubes de sérum artificiel, étirée et coudée à son extrémité inférieure. |

Fievez s’est servid’uneampoule à sérum qu'il coupe circulairement à sa partie supérieure. Il recueille par ponetion avec une grosse aiguille le sang dans le segment inférieur de l'ampoule qui contient 100 centimèlres cubes de sérum et 1 gr. 20 de citrate de soude. Il réunit alors les deux segments de lampoule de verre par une bande de leucoplaste et injecte le sang Citraté de la même manière qu'il injecte d’'habitude du sérum artificiel.

Thévenard recueille par ponction 400 grammes de sang dans un verre contenant 1 gr. 20 de citrate. Il l'injecte au blessé à l’aide d’un tube et d’un simple entonnoir. ù

Dans l'armée américaine on s’est servi d’un flacon gradué d’un litre muni de deux dispositifs l'un pour l'aspiration, l’autre pour l'injection. Le premier comporte un bouchon traversé par deux tubes de verre coudés ne dépassant pas la partie supérieure du flacon, et à l'un des tubes est adapté un caoutchouc muni d’une aiguille à ponction. L'autre aboutit à un tuyau de verre renflé en un point pour l'interposition

d’un philtre de ouate. Une solution de citrate de soude est versée dans le flacon. La veine du donneur est fonctionnée par l’aiguille. Le chirurgien prend entire ses lèvres le tube de verre. Il fixe d'une main son aiguille. De l’autre il soutient le flacon qu'il agite en l’abaissant. Par aspiration buccale, il amorce le siphon ainsi constitué. Le sang vient remplir lappareil. Lorsque 600 grammes sont recueillis, le premier dispositif est remplacé par le dispositif destiné à l’injection. Ce dernier est anaiogue mais le caoutchouc relié à l’aiguille est plus long. Le tube de verre correspondant plonge jusqu’au fond du flacon. L’aiguille est introduite dans la veine du receveur. L'appareil est élevé et le siphon amorcé par insufflation. L’injection se fait ainsi lentement et régulièrement. Cet appareil constamment stérilisé à l’autoclave est toujours prêt dans un nécessaire spécial. Lorsque l’injection est difficile, la veine du blessé est dénudée. Une canule y est mise en place.

Rieux prélève le sang à l’aide d’une aiguille-trocart ayant deux ajutages. L'un d'eux communique par une ampoule renfermant une solution isotonique de citrate de soude ; l’autre à un flacon à double tubulure latérale où se collecte lie liquide à injecter. Le sang se mélange dans l'aiguille même au sérum citraté. Le mélange sang-sérum citraté est injecté grâce à une soufflerie dans la veine du blessé ponctionnée par une aiguille trocart à un seul ajutage.

Boulay emploie pour prélever le sang une ampoule à sérum à laquelle il adapte la pompe aspirante du

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Potain. Pour l'injection il change simplement la tubulure de la pompe. ,

P.-E. Weil fait une prise de sang dans un verre renfermant une solution de citrate de soude. Il l’injecte ensuite à la seringue. Rosenthal emploie la seringue de Bruneau de 100 centimètres cubes pour retirer le sang qui s’y mélange avec 10 centimètres cubes de citrate à 10.0/o. La même seringue lui sert pour l'injection. Il a fait construire un modèle de seringue de 200 centimètres cubes pour les transfusions abondantes. Les seringues peuvent d’ailleurs être plusieurs fois rechargées.

Gowaertz rapporte à le quatrième conférence chirurgicale interalliée le procédé employé dans l’armée belge. Après dénudation, une canule est fixée à la veine du donneur, une autre à celle du récepteur. Le sang est prélevé et injecté à l’aide d’un jeu de six seringues de 20 centimètres cubes. Un opérateur aspire le sang du premier, tandis qu'un autre l’injecte au blessé. Après chaque injection les seringues sont rincées dans du sérum tiède. Ce procédé très rapide permetirait de ne pas avoir de coagulation, même sans adjonction de citrate.

Dans une observation que nous rapportons de M. Lapointe la transfusion citratée fut faite selon cette technique.

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