ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous consacrerons quelques instants à l'étude des lésions microscopiques de la teigne tondante, avant d’en aborder l'étude clinique, car nous aurons à chaque instant besoin de demander aux lésions profondes du cheveu des renseignements sur l’évolution de la maladie.
Du reste, on a peu ajouté à celte étude depuis les travaux de Gruby et Malmsten et nous nous sommes contentés de savoir qu’il existe dans le cheveu au cours de l'herpès tonsurant des spores et du mycelium.
Or, en suivant pas à pas les lésions successives du cheveu, nous en avons reconnu trois ordres suivant leur rapport chronologique.
a. — Lésions du cheveu avant la pénétration du microphyte dans son intérieur.
b. — Lésions d’envahissement du cheveu.
c. — Lésions de la période de déclin.
$ 1. — Lésions du cheveu avant l’envahissement.
Il n’est pas toujours facile de pouvoir observer l'état du cheveu avant que le champignon y ait pénétré; cependant nous avons pu le constater lorsque des enfants
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ayant un frère en traitement, ont été amenés pour être soumis à l'examen ; quelques-uns présentaient une simple zône érythémateuse avec prurit, sans lésion manifeste des cheveux implantés sur cette zône. Chez ces enfants nous avons pu assister à la complète évolution de la maladie.
Dans un autre cas, l'enfant fut amené pour un herpès circiné du cou ; il présentait en même temps, sur le cuir chevelu, un véritable herpès circiné que nous avons vu se transformer en herpès tonsurant.
Chez ces petits malades, nous avons arraché des cheveux dont la solidité était nettement amoindrie, et cela avant qu’un seul cheveu ne fût cassé.
Examinés au microscope, ces cheveux ne présentaient aucune modification de la tige. Elle était transparente, d’un calibre bien égal et bien régulier. Mais le follicule était modifié.
On le voyait diminué de volume, comme rétracté, avec ses masses pigmentaires au centre. Son contour était inégal ; ou bien il présentait plusieurs étranglements, comme il avait été enserré par une bande fibreuse ; ou bien il était tordu sur lui-même, recourbé en crosse.
De plus l'impression de la papille était effacée, l’extrémité profonde était ronde ou même pointue, présentant la lésion décrite sous le nom de follicule en massue.
Et pourtant l'examen le plus attentif ne parvenait pas à déceler la présence du tricophyton dans le cheveu ni même dans les couches épidermiques entraînées par l'avulsion du follicule. On ne rencontrait de spores qu'en râclant profondément le cuir chevelu.
ND Il faut donc bien rattacher ces lésions de la racine à un trouble de nutrition ou d’une façon plus vague à une action opérée à distance par l'invasion du microphyte.
Du reste, ce processus ne S’arrête pas là. Bientôt le follicule n’est plus seul touché, mais la portion de la tige qui le continue devient à son tour plus inégale; tout en
restant transparente, elle présente une série de rétrécis- . sement(s et de renflements. Les cassures transversales s'exagèrent, deviennent plus nettes, comme si les cellules
de lépidermicule, au lieu de s’adapter exactement les unes sur les autres suivant leur imbrication normale, venaient à s'écarter les unes des autres. Les bords aussi sont. moins réguliers et semblent comme très finement
rugueux et hérissés.
__ Ace moment les spores se sont rapprochées, elles
pénètrent les cellules voisines du cheveu, pour arriver peu à peu à s’insinuer entre elles, à s’étaler le long du cheveu et lui constituer un manchon, une gaîne que nous retrouverons en étudiant les symptômes.
D'autres cheveux encore plus atteints présentent sur un ou plusieurs points des soulèvéments bien nets des cellules de l’épidermicule ; en réalité, ils sont devenus secs et cassants. À ce moment, qu’un choc, une pression
vienne à plier le cheveu, les lames superficielles s'écar-
tent complètement, ou tombent, créant une solution de continuité, de la lame protectrice ; c’est là une véritable plaie du cheveu, une porte d'entrée ouverte au champignon, qui en contact direct avecelle, va pouvoir pénétrer
le cheveu,
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Ce mécanisme est d'autant plus rationnel que le point primitif d'envahissement est situé à un niveau à peu près constant, à un ou deux millimètres environ au dessus de la surface de la peau. Or, c’est vers ce niveau qu'a lieu le maximum de courbure lorsqu'on appuie sur. le che-
veu.
$ 2. — Lésions d’envahissement.
Le champignon a donc pénétré le cheveu en un ou plusieurs points. Le mycelium est la forme sous laquelle il semble s’être introduit. On en voit le plus souvent quelque tube au milieu d’un petit amas de spores, situées tout près de la cuticule du cheveu; près de cet amas, des fibrilles sont dissociées, dejetées en dehors, tenant encore au cheveu par une de leurs extrémités.
L'on trouve comme lésion plus avancée une masse plus abondante de spores, et de là partent des tubes de mycelium, légèrement sinueux, peu ramifiés, qui s’avancent et cheminent à travers les couches superficielles du cheveu, au-dessus et au-dessous de leur point de départ. C’est ainsi que lorsque deux points ont été envahis à la fois, on trouve deux colonies de spores séparées par un espace de cheveu, espace resté clair, dans lequel on reconnaît des tubes de mycelium marchant à la rencontre les uns des autres. :
Dès ce moment l’on trouve les lésions banales que l’on peut constater journellement dans lout cas de teigne tondante pendant sa période d'activité.
La multiplication des spores va se continuer, dissocier