III. — Expérimentation
— Choix des sujets malades.
L’expérimentation a porté sur des sujets atteints de préférence de tuberculose égterne. C'est en effet dans ces cas qu’il est le plus facile de suivre avec rigueur l’effet d’un. traitement. Les améliorations comme les défaillances sont faciles à noter. Le tarissement d’une sécrétion, la cicatrisation d’un ulcère, la diminution de volume d’un segment osseux sont des signes plus significatifs qu’une augmentation de poids. Vu les moyens séméiologiques dont dispose la cliñique vétérinaire, les résultats obtenus dans la thérapeutique des formes externes de la tuberculose sont beaucoup plus faciles à interpréter que ceux que l’on pourrait enregistrer lors du traitement d’une pleuro-pneumonie ou d’une hydropisie abdominale tuberculeuse.
Les malades étaient arrivés à des stades très des du processus morbide. Quelques-uns d’entre eux présentaient à la fois des lésions cutanées, osseuses et oculaires.
ae T
— T'uberculinations.
Tous les sujets soumis au traitement ont subi l'épreuve de la tuberculination, bien que, souvent, le AE diagnostic clinique eût été suffisant.
Les tuberculinations ont été faites en injectant par voie sous-cutanée 0,25 à 0,50 cm3 d’une solution de tuberculine . bovine diluée au dixième, en arrière de l’épaule.
On considère comme positive une réaction marquée par une élévation thermique de 1°5, si-là température atteint 40° jet s’y maintient deux heures. Les températures sont . . prises durant les heures suivant Pinjection qui est pratiquée le matin. La réaction thermique s'accompagne d’une réaction générale avec abattement et torpeur. On ne note que très rarement un œdème chaud au point d'injection. Dans Pinterprétation de la réaction, nous avons attaché autant d'importance aux retentissements focaux qu’à l'élévation thermique : larmoiement intense avec congestion pour les lésions oculaires, augmentation de secrétion des fistules et des ulcères... augmentation de volume des tuméfactions des membres avec recrudescence de la douleur. Quelquefois même la tuberculination permet de relever des lésions osseuses, articulaires ou cutanées discrètes, que n'avait pas soupconné l’examen clinique.
Dans les cas de réaction douteuse, la tuberculination à été reprise après quelques jours de traitement. Lesbouyriès a montré que chez les carnivores domestiques, l’accoutumance à la tuberculine n'existe pas. De même les sujets ont pu subir à nouveau des tuberculinations de contrôle après le traitement.
Ajoutons qu’à côté des diagnostics cliniques et allergiques, {a recherche des bacilles de Koch dans les lésions ouvertes a été pratiquée, autant qu'il était possible de le faire.
— Doses employées. Conduite du traitement:
La didromycine a été employée en injections. Les solutions utilisées furent obtenües en dissolvant 1 gr. de didromycine dans 20 cm3 environ de sérum salé stérile.
Rein Er
Les injections ont été pratiquées au niveau du thorax et uniquement par voie hypodermique. Cette voie d’introduction semble, comme l’a montré Molitor, la plus appropriée ; les injections sous-cutanées maintiennent en effet dans le sang un taux régulier d’antibiotique et réalisent ainsi un véritable retard physiologique.
Après la tuberculination, le sujet est laissé au repos durant deux ou trois jours ; puis le traitement méthodique est institué. Dans la majorité des cas, ‘en début de cure, la dose quotidienne administrée fut de 0,50 gr. de didromycine en solution au 1/20", dose répartie en deux Inieetoie pratiquées matin et soir.
Dans la plupart des cas cette posologie fut maintenue durant un laps de temps variant de quinze jours à trois semaines, puis ramenée ensuite à la dose des de 0,25 gr. de didromycine.
Il va sans dire que la posologie et la conduite du traitement sont variables, dans une certaine mesure, avec l’importance des lésions de départ.
Quelquefois, le traitement fut suspendu avant la cicatrisation des lésions en vue d’observer le devenir du processus pathologique. La thérapeutique fut reprise par ja suite.
— Innocuité du médicament.
Les accidents dus à la streptomycinothérapie chez l’homme ont fait l’objet de très nombreux travaux ; on à enregistré des manifestations hépatiques, allergiques avec réactions érythémateuses, nerveuses avec troubles de la huitième paire cranienne, des réactions générales avec céphalées, vomissements, myalgies.
Expérimentalement la streptomycine à donné lieu chez la souris à des troubles de l’équilibration avec vertiges, troubles de la vue et de l’ouïe (Caussé, 1948). De même chez le chat, elle a donné naissance à des troubles de l’équilibration avec atteinte vestibulaire.
En thérapeutique, la streptomycine a été rapidement supplantée par la dihydrostreptomycine, beaucoup moins toxique, grâce à une plus grande stabilité de sa molécule. Sa toxicité est 50 % plus faible que celle de la streptomycine.
Comparativement aux doses employées dans les autres affections de nos grands animaux et chez l’homme, la posologie utilisée chez le chat est énorme, par rapport à son poids. Cependant les malades supportent parfaitement cette thérapeutique.
M. le Professeur Collet n’a sr vé qu'une fois « des troubles vertigineux chez un chat de petite taille au 20° jour du traitement, troubles qui disparurent en quelques jours après la suppression de la thérapeutique ».
Personnellement, nous n’avons jamais constaté de troubles toxiques au cours de nos essais. Par ailleurs, aucune réaction locale consécutive aux injections hypodermiques n’a été enregistrée.
— Emploi de médications adjuvantes.
Au cours des essais effectués, la didromycine a toujours constitué le traitement de base. Aussi bien elle a été utilisée seule dans plusieurs cas (Observations |, I, UE, NYev TT IX, XII, XIII).
Mais chez certains sujets, en vue de ser une guérison clinique et surtout d’éliminer le phénomène éventuel de la « dihydrostreptomycino-résistance », des médications adjuvantes ont été utilisées, conjointement à la didromycine.
C’est ainsi que l’Acide Para-amino-Salicylique (P.A.S.) a pu être employé à plusieurs reprises (Observations IV, VI, VII, X, XI). Le P.A.S., qui possède une action bactériostatique vis-à-vis du bacille de Koch, semble en outre exercer une action freinatrice sur l’apparition de la streptomycino-résistance ; son action paraît additive de celle de la streptomycine. Enfin il est exceptionnel de voir se développer une P.A.S.-résistance, de la part d’un germe initia-
lement sensible (J.-C. Godfrain).