III. —— MÉTHODES BIOLOGIQUES
Nous arrivons enfin aux méthodes biologiques de traitement local de la tuberculose irido-ciliaire. Après avoir cité les injections d’air dans la chambre antérieure (Bier) maintenant abandonnées, nous parlerons de la protéinothérapie et nous passerons à l’étude d’un traitement récent : l’autohémothérapie dans la chambre antérieure.
1° La protéinothérapie a été expérimentée dans le traitement de la tuberculose oculaire. Les substances employées en tuberculose oculaire ont été des liquides albumineux injectables : le képhir et surtout le lait sous forme de produits spécialisés (lactoprotéide Carrion, lait stérilisé Robert et Carrière) ou de laït ordinaire frais et bouilli.
Les doses varient. Dans le service du Professeur Gorse où l’on se sert couramment de cette thérapeutique les doses de lait bouilli ou de lait stérilisé sont progressivement croissantes depuis 2 cc. jusqu’à 12, 15 et même parfois davantage selon la tolérance et le degré de réaction des individus traités. Les injections se font dans les muscles de la fesse ; on prend la température au moment de l’injection et d’heure en heure après. La réaction thermique varie de un à trois degrés. La réaction locale est assez vive pour les doses moyennes et fortes. On note des douleurs intenses au niveau de l’injection avec des irradiations
dans tout le membre inférieur. Au point de vue oculaire, on constate souvent des améliorations nettes de l’acuité visuelle, de la diminution des douleurs, de l'injection périkératique et des dépôts de cyclite.
2° L’autohémothérapie dans la chambre antérieure est le traitement local le plus récent et le plus prometteur de la tuberculose irido-ciliaire. Il consiste à vider à moitié ou aux trois quarts la chambre antérieure de son humeur aqueuse pour remplacer le liquide soustrait par la même quantité de sang veineux pris au malade même, On utilise, pour ne pas léser le cristallin, une aiguille de 7 mm. 5 de longueur.
Schieck de Wuerburg, qui a expérimenté le premier la méthode, a publié en 1932 des observations très favorables qu’il fait précéder d’explications biologiques très satisfaisantes.
Il s’agit ici d’un traitement exclusivement local qui ne peut garantir les récidives. Il vise uniquement à la guérison des métastases iriennes d’un processus tuberculeux qui a son point de départ dans les ganglions hilaires intrathoraciques et gagne l'œil par la voie sanguine,
Le traitement est basé sur des considérations générales et sur des observations anatomo-pathologiques.
Il est évident de prime abord que le malade doit être en état de lutter contre le processus tuberculeux, source de l’infection oculaire. Il faut être sûr ensuite d’avoir une chance de réussite par le traitement à la tuberculine contre les localisations irido-ciliaires de la tuberculose. Le procédé est en effet basé sur Pac-
tion in situ de la tuberculine ou des antigènes contenus dans le sang.
Nous savons que la tuberculine agit localement dans la tuberculose irido-ciliaire en provoquant l’hyperémie autour des points attaqués. Il est plus exact de dire que cette hyperémie traduit le processus général de défense à point de départ sanguin contre cette localisation tuberculeuse.
Or des autopsies ou des examens minutieux de la chambre antérieure (Von Szily) ont montré quel était le processus d’invasion tuberculeuse notamment dans certaines formes d’iritis séreuses : des conglomérats, véritables « tubercules errants », flottent dans l’humeur aqueuse. Ils renferment probablement des bacilles de Koch très virulents et sont certainement « le véhicule à l’origine des métastases ». Tôt ou tard ces tubercules se fixent sur l’iris dans l’angle irido-cornéen en particulier et en général dans les endroits peu yascularisés. Ils forment là des excroissances perlées et vitreuses à structure fragile et floculante. Peu à peu, à la faveur de l’inertie de la défense (le territoire environnant reste en effet pâle, traduisant un état d’anergie locale) ils vont s’organiser, former des précipités lardacés et envahir l’intérieur de l'iris par un processus d'infiltration, puis ils gagneront la face postérieure de la cornée. La défense est en effet sanguine, elle ne peut gagner les territoires vasculaires que de proche en proche et en s’affaiblissant peu à peu. En outre, la plus grande surface de ces conglomérats est en contact direct avec l’humeur aqueuse et si cette humeur renferme plus de liquide
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albumineux et de corps immunisants que celle d’un œil normal, leur proportion ne semble pas suffisante pour empêcher le développement du processus tuberculeux.
L'idée originale du traitement consiste à mettre en contact les antigènes développés dans le sang et ces néoformations tuberculeuses.
Le premier essai tenté par Schieck sur un œil condamné à l’énucléation pour une tuberculose évolutive à forme sévère fut concluant. A la lampe à fente il vit la chambre antérieure se « nettoyer », les tubercules adhérents à la face antérieure de l’iris se résorber et l’œil put être sauvé. L’emploi systématique de cette méthode fut concluant : « avec la lampe à fente « on peut voir les foyers tuberculeux digérés par le « sang. Ils se dissolvent comme des flocons de neige « dans l’eau, au sein de l'humeur aqueuse mélangée « au sang ».
Schieck conseille cette méthode absolument inoffensive et qui peut rendre de grands services comme complément local d’un traitement général à la tuberculine.
Personnellement nous préférions la voir employée concurremment avec l’antigène méthylique et un traitement général diététique dont nous soulignons ici comme partout l’importance. La méthode serait utilisée localement dès qu’une surveillance constante de l'œil montrerait un début de récidive.
CONCLUSIONS THERAPEUTIQUES
D’après l’énoncé de cette multitude de traitements divers on peut juger du peu d’efficacité de la plupart d’entre eux. Aucun d’eux ne peut constituer à lui seul une thérapeutique suffisante de la tuberculose oculaire. On devra donc associer les plus efficaces en une synthèse thérapeutique qui pourra venir à bout de certaines formes de tuberculose irienne.
Le traitement de la forme miliaire est particulièrement décevant du fait qu’il traduit un fléchissement, il faudrait même dire un effondrement de la résistance de lindividu à linfection tuberculeuse. S’il s'accompagne de température vespérale élevée, de sueurs profuses, d’un amaïigrissement considérable, il ne faut pas avoir une grande confiance en notre arsenal thérapeutique, la plupart des remèdes ne pouvant être employés et les autres se révélant inefficaces. Il s’agit alors beaucoup plus du devenir du malade lui-même que de l'avenir fonctionnel de ses yeux. Dans ce cas il ne faut compter que sur une amélioration progressive de la défense générale de l'organisme sous l’effet du traitement hygiénique en sanatorium.
C’est surtout pour cette forme de tuberculose oculaire que M. Henri Lagrange déclare :
« Cette manifestation tuberculeuse mystérieuse « quant aux causes intimes de sa constitution est « grave pour ce qu’elle traduit du fléchissement de « la défense humorale. Il n’est pas de traitement lo-
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« gique de la tuberculose irido-ciliaire hors des con- « ditions climatériques et de la discipline d’un sana- « torium. »
Dans les deux autres formes : tuberculome iridociliaire et iritis tuberculeuse inflammatoire, l’organisme est en état d’allergie.
Il peut suffire d’améliorer sa défense pour obtenir un résultat satisfaisant et durable. On emploiera alors une synergie médicamenteuse : traitement hygiénique et climatérique, traitement tendant à augmenter la résistance générale de l’organisme et enfin traitement de la localisation irienne de la tuberculose.
Citons ici les méthodes de quelques auteurs : Abadie employait les frictions à l’huile de foie de morue gaïacolée, la cure climatique, la viande crue, les peptones iodées en ingestion et la tuberculinothérapie.
Werdenberg emploie la cure climatique, la tuberculinothérapie, les rayons X et les injections sousconjonctivales de chlorure de sodium et d’hétol.
Lagrange s'adresse à la cure climatique et au régime et à la tuberculine C. L. ou à l’allergine de Jousset à doses fractionnées.
Terrien use de la cure climatique, des sels d’or, du vaccin de Vaudremer ou de l’antigène méthylique, enfin des rayons X pénétrants.
Dans le service du Professeur Gorse nous employons la cure climatique lorsqu'elle est possible, la tuberculine, les injections intramusculaires de lait, les sels d’or et les injections Sous-conjonctivales de chlorure de sodium. Le peu de fréquence des cas de tuberculose irienne nous a seul empêché d'employer
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l’antigène méthylique qui paraît, à la lumière des dernières observations parues, plus efficace et moins dangereux que la tuberculine surtout lorsqu'il existe des lésions pulmonaires concomitantes er subévolution. L’autohémothérapie dans la chambre antérieure est un traitement local très séduisant en théorie, mais il n’existe pas encore assez d’observations concluantes pour juger de son innocuité et de sa valeur curative. Les rayons X par contre peuvent rendre de très grands services surtout dans les formes conglomérées.
La condition princeps de lefficacité du traitement réside dans sa précocité, qui découle de létablissement rapide d’un diagnostic sûr au moyen de toutes les méthodes à notre disposition.
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