ÉTAT DU PÉRITOINE
Alors que dans notre observation, on ne note aucune modification séreuse venant s'ajouter aux lésions utérines ou tubaires, il est des cas où l’on constate la tuberculisation du péritoine. LEURET, dans sa thèse, a fort bien étudié les rapports entre la péritonite et la tuberculose génitale.
Cette contamination va se faire — de proche en proche — par continuité ou par la voie lymphatique.
On a d’ailleurs voulu admettre (Bouizzy-LEURET), que la péritonite tuberculeuse avec ascite des jeunes-filles était
la manifestation secondaire d’une tuberculose primitive du corps de l'utérus.
SYMPTOMATOLOGIE
Les symptômes de la tuberculose du corps de lutérus, riche dans ses manifestations, sont pauvres par leur banalité. Aucun d’eux, en effet, ne possède un caractère spécifique qui puisse permettre de reconnaître en lui, la signature
de la maladie. Ici, pas de syndrome, pas de triade: des faits
isolés dont le groupement peut se rattacher, aussi bien, à une inflammation banale de l’utérus. Alors que les lésions tuberculeuses histologiques sont nettement caractéristiques. les signes cliniques sont insuffisants, par leur manque de particularité, à faire reconnaître la maladie, avant un examen microscopique.
Les symptômes fonctionnels sont ceux d’une métrite banale et réalisent le grand syndrome utérin que l’on retrouve à toutes les pages de la pathologie gynécologique: troubles menstruels, métrorragies, leucorrhées, douleurs.
a) TROUBLES MENSTRUELS. — N’ont rien de précis, ni de particulier. Selon les cas, ou même parfois alternant dans un
même cas, nous allons trouver:
1° De l’aménorrhée, transitoire chez notre malade, permanente chez d’autres, comme le signalent les auteurs. Elle
est cependant un des symptômes cardinaux de la tuber-
nor
culose. Sans pousser à une généralisation excessive, il faut évidemment songer au bacille de Koch en face d’une aménorrhée persistante, en dehors de toute grossesse, chez une femme normale auparavant, et en pleine période d’activité génitale; sans toutefois aller jusqu'à conclure avec PESTA- LOZZA, que tout retard dans l'apparition de la puberté doit faire songer à une tuberculose génitale antérieure.
2° Ménorragies. —— Se traduisant au début par des règles abondantes et dont l’importance augmente peu à peu. Chez notre malade, nous avons trouvé ces trois symptômes qui se sont succédé chronologiquement dans l’ordre suivant: à une phase d'aménorrhée a succédé une période ménorragique, à son tour suivie par des séries de métrorragies, dont l'importance devint telle que la malade saignait à peu près tous les jours.
b) MÉTRORRAGIES. -— Intermenstruelles. Sans cause appa-
rente. Longues, peu sensibles à la médication, en tout cas rebelles à tout traitement.
c) LEUCORRHÉE. — Celle-ci revêt des aspects infiniment variables, et nous pouvons la rencontrer sous toutes ses formes. Ce n’est pas en se basant sur ses caractères distinctifs que l’on peut établir le diagnostic. Tantôt simples pertes blanches, elle peut être aussi bien un écoulement purulent, muco-purulent où même muco-sanguinolent. Elle peut, tout aussi bien, faire complètement défaut.
On a pu retrouver, dans ces pertes, des bacilles de Koch, mais le plus souvent on n’en trouve pas; c’est dire l’im-
portance minime qu’il faut attacher à ces pertes, car elles
PE, ‘ne
he donnent aucun caractère de certitude, tout au moins à la période de début. CorniL signale en effet que dans les formes avancées, on rencontre une sécrétion opaque, grumeleuse comme un magma épais, contenant des matières caséeuses et des bacilles de Koch. Se6e
d) DouLEurs. — Absentes en général; sont les douleurs classiques des métrites, apparaissant le plus souvent au moment du flux menstruel et s’irradiant vers les lombes.
De la prépondérance de tel ou tel symptôme, il est possible de décrire à la tuberculose du corps de l'utérus, trois formes cliniques, dans le cadre desquelles rentrent les divers cas publiés par les auteurs.
Les formes à allure de métrite; Les formes à allure de fibrome; Les formes à allure de cancer du corps.
a) LES FORMES À ALLURE DE MÉTRITE. — Sont peut-être, du fait de la banalité de leur symptomatologie, les plus ignorées. Nous ne redirons pas ici leurs caractères, qui sont: douleurs, pertes blanches, dysménorrhée. Au début, elles revêtent, en tout, les classiques caractères des métrites. La muqueuse épaisse, bourgeonnante, subit à un stade plus avancé, la caséification habituelle qui donne lPulcération. A la période d'état, les pertes peuvent prendre un caractère plus spécial, que nous avons décrit, mais qui, cependant, n’est pas suffisamment net pour être pathognomonique.
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b) LA FORME À ALLURE DE FIBROME. — Est celle que reproduit notre observation. Dans cette tuberculose interstitielle, où il existe un ou plusieurs gros nodules, qui peuvent même se. développer primitivement dans le myomètre, cliniquement l'affection ressemble à sy méprendre, à un fibrome.
Les symptômes cardinaux sont les mêmes: fumeur (car l'utérus est augmenté de volume) et ménorragies.
©) LA FORME A ALLURE DE CANCER DU CORPS. — Lorsqu'elle se manifeste chez des femmes âgées, ou même après la ménopause, la tuberculose du corps de l'utérus prend alors l'allure de cancer du corps. DANIEL rapporte un cas analogue. RABÈRE et MANDILLON, plus récemment, ont publié un travail sur une observation de tuberculose du muscle utérin simulant le cancer du corps.
Tout simule le cancer: la marche de la maladie est identique: hémorragies, douleurs, pertes fétides. DANIEL, dans son travail daté de 1925, précise qu’à l'opération, le diagnostic était impossible. À la coupe même de la tumeur qu’il venait d'enlever, il crut encore reconnaître un néoplasme du corps. Ce n’est que l'examen anatomo-pathologique, qui vint préciser qu'il s'agissait d’un cas de tuberculose du corps ‘je l'utérus.
Il faut citer l’opinion de WooLr, mentionnée par DANIEL, qui admet: qu’une partie des dysménorrhées primitives (essentielles) se manifestant dès la première apparition des règles, sans être liée à aucune lésion matérielle des organes génitaux, est très souvent le symptôme initial de la tuberculose génitale.
Après la ménopause, la bacillose utérine se manifeste par
un écoulement muqueux et par des métrorragies qui impliquent immédiatement le diagnostic différentiel: cancer ou tuberculose. &
Comme on peut en juger d’après ce. bref exposé, si la symptomatologie est riche, elle n’en implique aucun élé- : ment de certitude. Elle permet de soupçonner, elle n’autorise pas l'affirmation.