‹ Contribution à l'Étude de la Tuberculose Pulmonaire des VieillardsChapitre 14 sur 33 · CHAPITRE TITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TITI

Etiologie

On donnait autrefois deux facteurs étiologiques à la tuberculose : la contagion et l'hérédité; aujourd’hui l'hérédité est reléguée au rôle secondaire de cause prédisposante, la contagion seule suffit à déterminer la phtisie. Elle agit sur le vieillard comme sur I adulte, et si l’âge imprime à l’organisme des modifications qui le rendent moins propre à l’évolution du bacille de Koch, il entraîne, d'autre part, avec Jui un affaiblissement général de tout l'être, qui diminue sa résistance à l'infection. Il n’est donc plus besoin de recourir à des théories spécieuses pour expliquer l'apparition de la tuberculose sénile, elle obéit aux lois générales de la contagion. L'invasion de la maladie survient dans la vieillesse, comme Moureton a été le premier à l'observer, malgré l'opinion de Gendrin, mais elle peut aussi avoir eu lieu dans la jeunesse: dans ce cas, après une première poussée active, la bacillose reste de longues années sans évoluer, où progresse avec.une lenteur telle qu’elle paraît vieillir en même temps que le malade.

Toutes les causes prédisposantes reconnues chez l'adulte se rencontrent aussi chez le vieillard.

Au premier rang, le surmenage, les privations et la misère, l'encombrement dans les logements insalubres, sans lumière et sans air, où les grandes villes, les villes tentaculaires, selon l'expression de Vandervelde, entassent les

ouvriers.

L'alcoolisme vient ensuite. Il est si doux à la misère et les débits de boissons si attrayants avec leurs glaces qui brillent, la patronne si aimable, les compagnons si Joyeux, à côté de la mansarde noire, de la femme qui se plaint et des enfants qui pleurent. Les vieillards eux-mêmes n'y sont point insensibles, il suffit d'avoir passé par les hospices pour savoir dans quel état rentrent souvent leurs pensionnaires.

Les professions dangereuses ou insalubres, importantes pour l'adulte, n'existent plus pour le vieillard ; il faut être jeune pour les exercer. Le vieillard se tubereulise plutôt par défaut d'air et manque d'exercice. Les rhumatisants chroniques, les hémiplégiques , les nerveux séniles qui restent | des années oubliés au fond des salles de médecine, souvent à côté de tuberculeux avancés qui expectorent leurs bacilles, se tuberculisent eux aussi. L’aération est empêchée par le voisin qui râle et dont l’état exige que la fenêtre reste close, l'alimentation devient de plus en plus précaire ; ces malades immobilisés digèrent mal et n'ont plus d'appétit. Quel appétit résisterait aux odeurs de la salle, à la promiscuité de l'urinal et du bol de tisane sur la même tablette, à tant d’autres détails qui affectent notre délicatesse, mais qui passent heureusement inaperçus de la majorité des malades ?

C'est l'inaction aussi qui facilite la tuberculisation des malades atteints de lésions anciennes de l'estomac, des aliénés, des mélancoliques. Chez ces derniers interviennent aussi les idées de tristesse qu'avait déjà signalées Laënnec et dont Peter et Barié ont montré l'importance.

On à incriminé, surtout pour les formes séniles, certaines : maladies, telles que le diabète, les traumatismes qui condamnent le vieillard au repos. Leur action s'explique par le degré de déchéance qu'ils impriment à l'organisme.

Quant aux états antagonistes, ils sont peu nombreux

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et leur rôle très limité : la tuberculose est fréquente chez les aortiques, elle existe aussi chez les malades atteints de rétrécissement mitral. L’arthritisme seul et le cancer paraissent encore avoir une influence contraire à la tuberculose; les idées déjà anciennes de Mussy et de Pidoux ont été sérieusement confirmées par les travaux plus récents de Sarda et de Vires. Les conclusions du rapport de M. Sarda au congrès de 1898 à Montpellier ont définitivement établi que la diathèse arthritique est l'antagoniste de la tuberculose et « que les raisons de la lenteur et de la bénignité des » lésions tuberculeuses chez les arthritiques ne diffèrent pas » sensiblement de celles qu'on peut observer chez les non » arthritiques : elles sont d'ordre purement anatomique et » local... » Ces idées ont été acceptées par M. Grasset et développées dans la thèse de M. Rancoule. L’antagonisme du cancer, soutenu par Rokilanski, Hunter, Gendrin, nié par Wirchow, Wagner, Friederich, Weber, existe aussi ; Claude le reconnaît dans sa monographie très complète sur le cancer et la tuberculose. Voici d’ailleurs sa conclusion : » Un certain nombre de tumeurs malignes se voient de » préférence chez les individus dont la nutrition se rappro-

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» che d’un type spécial et qu’on groupe sous la dénomination » d'arthritiques: ces mêmes individus offrent une réceptivité » moindre à l'infection tuberculeuse. Voilà une double » constatation, bien banale, il esl vrai, mais conforme à » l'observation la plus ancienne. C’est tout ce qu'on peut » dire à ce sujet sans pouvoir justifier cette affirmation par » des arguments scientifiques. Mais si nous faisons cette » concession aux idées pathologiques anciennes, nous voyons » d'autre part que la coexistence de la tuberculose et du » cancer est un fait réel, peut-être moins rare qu'on ne » pense, qu'il y a des conditions assez variées dans les-

» quelles les lésions des deux maladies évoluent côte à

ET ou côle, se confondent, créent des hybridités tuberculo-cancéreuses qu'il sera utile de mieux étudier, car l’évolution, le pronostic et le traitement de ces néoplasmes mixtes, encore si peu connus, pourront être très différents de ceux des lésions simples, pures, auxquelles on suppose avoir affaire ».

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