‹ Contribution à l'Étude de la Tuberculose Pulmonaire des VieillardsChapitre 28 sur 33 · PA TER · texte numérisé non relu

PA TER

Formes fibro-cavitaires

OgBservarion XI (M. Boinet)

Marie R..., 62 ans (Hôtel-Dieu, salle Sainte-Elisabeth, 12 seplembre 1903), ne présente pas de maladies antérieures dans ses anlécédents, mais toute sa vie elle a souffert de la misère. De ses cinq enfants, trois sont morts en bas âge, deux de méningite tuberculeuse, un d’athrepsie. Elle tousse beaucoup depuis un an et crache abondamment ; elle a, en outre, considérablement maigri. Les sÿmp tômes qu'elle présente sont typiques : souffle cavitaire au sommet gauche. Au sommet droit, on constate seulement une matité complète, massive, avec abolitionfdu murmure vésiculaire. Les vibrations, augmentées sur toute la hauteur du thorax, éliminent le diagnostic de pleurésie. La mort survient, ‘rapide, au milieu de l’asthénie et de la dyspnée.

A l’autopsie [230]. On trouve : au sommet du poumon gauche, une caverne, grosse comme une noix; elle est recouverte d’un épaississement pleural fibreux très épais ; autour d'elle, sont disséminés de petits tubercules calcifiés et quelques cavernes, engainées et réunies par des tractus fibreux. Des lésions d'emphysème pulmonaire ont envahi les bords antérieurs et une partie du sommet du poumon. Le poumon droit est entouré d'adhérences fibreuses dans toute sa hauteur ; elles sont plus accusées au sommet et très marquées au niveau du diaphragme, le lobe supérieur est le siège des altérations classiques de la phlisie fibreuse avec d’abondants traclus fibreux, entourant de petits tubercules non ramollis. Ces lésions exislent aussi, mais à un degré moins avancé dans les deux lobes inférieurs. Le foie et les reins sont atteints de dégénérescence graisseuse. L'aorte est athéromateuse. Enfin, on note une dilatation de l’orifice tricuspidien.

OBSERvATION XII (M. Boinet)

Paul B.. , 63 ans, salle Ducros, 25, est un ancien cocher, alcoolique et fumeur ; il tousse depuis dix ans et vient, depuis plusieurs années, passer ses mois d'hiver à l'Hôtel-Dieu. À son entrée, il est

PA

toujours amaigri et en proie à une dyspnée assez vive; mais, après quelques jours de repos, son état s'améliore vite : il va et vient dans la salle, aide les infirmiers dans leur service, garde les délirants, Joue aux cartes avec les convalescents, dissémine, en un mot, ses bacilles de tous les côtés. Les signes d’auscultation sont manifestes, mais ne progressent pas. Au mois de mars 1903, il quitte le service et revient, trois mois après, amaigri, méconnaissable, dans un état d'anémie extrême. Il a été pris d’hémoptysies très violentes et répétées. Elles se reproduisent dans le service et hâtent sa mort, qui survient le 19 juillet 1903.

À l’autopste [210]. Deux cavernes à parois fibreuses occupent le sommet du poumon gauche l’une d'elles contient encore un exsudat noirâtre et cruenté ; elles sont entourées de bandes fibreuses ; ailleurs, on constate de l'emphysème et des tubercules calcifiés. Le poumon droit présente de nombreux tubercules au sommet et un emphysème considérable à la base. Le foie et les reins sont atteints de dégénérescence graisseuse.

Formes ulcérceuses

O8sERvVATION XIII (M. Boinet)

Pierre P..., 65 ans. Sa femme est morte tuberculeuse il y a trois ans, et lui-même tousse el crache depuis plus de vingt ans. Il est tombé dans une grande misère et arrive à l'Hôtel-Dieu dans un état lamentable. Il souffre d’une diarrhée continue, tousse et crache toute la nuit, n’a aucun appétit et a à peine la force de se soulever sur son lit. A l'auscultation, on trouve un souffle à tintbre caverneux aux deux sommets, avec gargouillements après la toux. Crachats abondants, verdâtres, ne présentant pas l’aspect nummulaire, conteuant le bacille de Koch. Il meurt cachectisé huit jours après son admission, 19 décembre 1904.

À l’autopsie [418]. On trouve dans la moitié supérieure du poumon. gauche une série de cavernes entourées de tractus fibreux et de tubercules miliaires. Il existe aussi à la base des tubercules en voie de ramollissement. Le poumon droit présente, au niveau de sa base supérieure, une caverne du volume d’une mandarine et une infiltration de tubercules miliaires. Son lobe inférieur est infiltré en

Deror

masse de tubercules jeunes. L'orifice tricuspide est dilaté. Le foie est atrophié, graisseux.

OgsenvarTion XIV (M. Boinet)

Clément B..., 58 ans, ancien ouvrier des quais, de haute stature, autrefois très vigoureux ; alcoolique; a eu des fièvres intermittentes en Algérie, une pleurésie à frigore, il y a dix ans. Depuis celle dernière maladie, il est sujet à des bronchiles répétées, mais n’a jamais eu d'hémoptysies. Lorsqu'il entre à l'Hôtel-Dieu, il est très amaigri, présente de la matité aux deux sommets, et à l’auscultation des signes cavitaires. Il meurt après deux mois de séjour dans le service, le 19 décembre 1904.

À l'autopsie [439]. On constate une caverne au sommet du poumon droit ainsi que des cavernules disséminées dans les lobes supérieurs et moyens. Le poumon gauche présente une caverne à son sommet, une infiltration de lubercules dans ses deux tiers inférieurs et des tractus fibreux à sa base ; comme dans la plupart des cas précédents, le foie est atrophié, graisseux, et les reins sont en état de dégénérescence graisseuse.

OBsErvaTION XV (M. Boiner)

Honoré G..., 68 ans, ancien mécanicien, entre à | Hôtel-Dieu, très amaigri. Il tousse depuis plusieurs années et a craché toute sa vie: celte particularité, qu’il juge inhérente à sa profession, ne l’a jamais iuquiélé. Depuis trois mois cependant, la loux est devenue plus fréquente et il a remarqué dans ses crachats quelques filets de

sang, il a souffert, en outre, de la misère. On constate, à l'examen de son appareil respiraloire, de la matité aux sommets, du souffle avec gargouillement après la toux. Il s'améliore au début de son séjour à l'hôpital; mais, quatre mois après son entrée, il est pris. d'une diarrhée profuse, et meurt dans le marasme. |

Aulopsie. Au sommet du poumon droit, caverne volumineuse

et tubercules calcifiés. Le poumon gauche est infiltré de tubercules caséeux et de cavernes. Athérome aorlique, plaques laiteuses péricardiques sur la paroi antérieure du ventricule droit. Insuffisance tricuspidienne. Foie rétracté, petit, graisseux. Reins sclérosés.

RE Tee

OBsERvaTION XVI (M. Boiner)

Pierre M..., 57 ans, ancien ouvrier boulanger, alcoolique, fièvre typhoïde à 28 ans, entre à l'hôpilal pour des troubles gastro-intestinaux ; son abdomen est volumineux, ascitique, mais il est aussi très amaigri et lousse continuellement. L'examen clinique enregistre des signes de cirrhose du foie, mais la présence de râles et de gargouillements au sommet du poumon fait poser des réserves au sujet de la coexistence probable d’une phymie. Le malade meurt rapidement après une crise de diarrhée profuse.

À l’autopsie. On constate des signes de cirrhose de Laënnec : foie petit, clouté rate volumineuse, le poumon droit, dont les deux tiers inférieurs sont infiltrés de tubercules en voie de ramollissement est creusé d'une vasle caverne à son sommet. Le poumon gauche est moins atleint, on y constate cependant plusieurs cavernes entourées de zones d’emphysème aréolaire. Le cœur droit est hypertrophié.

OEsERvATION XVII (M. Borner)

Prosper M..., 56 ans, relieur, très amaigri, et présentant tous les signes de l’addisonnisme, meurt le 10 janvier 1904. Les signes d’auscullalion qu'il présentait élaient ceux d’un cavitaire à Ja troisième période, et lorsqu'il entra dans le service son état était si précaire qu’il mourut le soir même. :

À lautopsie [329]. Le poumon gauche présente une caverne grosse comme une noix, localisée à son sommet et une infiltration du tubercules caséfiées sur tout le reste de l'organe. Des cavernes de même volume existent aussi au sommet du poumon droit, sur son bord antérieur et vers sa base. Ce poumon est infiltré dans toute sa hauteur de tubercules, de tractus fibreux abondants, et il est recouvert d'une plèvre épaissie. Le cœur est petit, l'orifice tricuspide dilaté. Le foie et les reins sont atteints de dégénérescence graisseuse. Les capsules surrénales sont sclérosées, bosselées, sans tubercules appréciables.

nn en

OgsErvaTION XVIII (M. Boinet)

Jean-Baptiste B..., âgé de 59 ans, meurtàl'Hôtel-Dieu, après un séjour de plusieurs mois Il présentait des signes de hacillose avancée, et le diagnostic chez lui ne laissait aucun doute.

A l’autopsie. On constate une symphyse complète des deux plèvres qui sont fibreuses et épaissies, une caverne volumineuse à la partie supérieure du poumon droit, dont la base est criblée de tubercules ; des cavernes au poumon gauche.

OgservaTioN XIX (M. Boinet)

Emile V.., 56 ans, garçon restaurateur, a eu une pleurésie à l’âge de 40 ans et depuis il tousse et crache chroniquement. Il a dû cesser tout travail l’année deinière, et depuis cette époque, il va d'un service de médecine à l'autre. Quand il rentre à l'Hôtel-Dieu, il est très amaigri et souffre surtout de la dysphagie produite par des accidents laryngés. À l'examen de son appareil respiratoire, on constale de la matité des deux côtés, du gargouillement au sommet du poumon droit. Son état général est encore suffisant, il peut se lever et descend dans la cour. La dysphagie augmente progressivement ; il s'y ajoute du spasme de la glotie, la cachexie survient alors rapidement et il meurt le 10 septembre 1908.

À l'autopsie [224]. Le poumondroit est scléreux et présente à son sommet huit cavernes dont le volume oscille entre les dimensions d'une noix et celles d'une mandarine. Le poumon gauche est emphysémateux, une civernule existe à sa partie moyenne.

OBsERVATION XX (M. Boinet) |

Alphonse B.., 57 ans, cuisinier, arrive à l'Hôtel-Dieu en proie à une dyspnée violente, il est malade depuis plusieurs mois, et son affection a débuté par une pleurésie ; depuis, il n’a jamais cessé de tousser ; à deux reprisesila eu des hémoptysies. Enfia,il était depuis un mois dans un garni, sans nourrilure etsaus soins. On remarque à la percussion de la matité aux deux sommets ; à l’auscultation la

ee

poitrine est encombrée de râles dont quelques-uns ont un timbre caverneux. Malgré une médication énergique, il expire le soir de son arrivée.

À l’autopsie. Le poumon gauche présente uneinfiltration de masses caséeuses dans toute la hauteur de son lobe supérieur et quelques cavernules localisées au sommet.

Le lobe inférieur est splénisé et infiltré de tubercules plus jeunes. Le poumon droit esl fibreux, rétracté, recouvert d’un épaississement pleural considérable. Son lobe supérieurest creusé de cavernes, dont le volume varie entre celui d'un pois et celui d’une noix. Vers la partie inférieure et exlerne du poumon se trouve une vaste caverne, affaissée, rétractée, en partie oblitérée par un tractus fibreux.

Formes pleurétiques

Au cours d'une tuberculose chronique

OBsERvaTIoN XXI (M. Boinet)

Philippe M..., 6o ans, alcoolique, d’un tempérament jadis robuste, n’accuse comme maladie antérieure qu'une pneumonie à droite à l'âge de 4o ans; il est malade depuis un an seulement, et son affection a débuté par un pea de toux, de l'oppression noclurne et de Ja dyspnée d'effort. Il y a deux mois qu'il s’est aperçu ique son abdomen augmentait de volume ; depuis lors il n'a plus d'appétit, tousse davantage, la dyspnée est devenue intense. L'ascite est cependant peu abondante, mais on trouve au sommet gauche de la matité, un souffle à timbre cavitaire: du côté droit, de la matité, du silence respiratoire, de la diminution des vibrations. Il meurt avant qu on ait pu le ponctionner, 29 mai 1908.

À l'autopsie [185]. Le poumon gauche, splénisé dans toule sa hauteur, présente, à son sommet, deux cavernes et quelques tubercules ramollis; on remarque près d’eux d’autres tubercules calcifiés et entourés de tissu scléreux. Le poumon droit est couvert d’adhérences scléreuses qui en rendent l'extraction difficile, il est congeslionné et présente une caverne à son sommet. Le foie pelit, enveloppé d'une capsule dure, fibreuse, épaissie, est alleint de dégénérescence graisseuse massive ; il est parcouru par des tractus

A ere

fibreux. Les reins sont volumineux, graisseux, jaunâtres. La plèvre droite contient un litre environ de liquide.

Au cours d’une tuberculose aiguë

OBsERvaTION XXII (M. Boinet)

Marius P..., 73 ans, entre dans le service avec tous les signes classiques d’un épanchement pleurétique du côté droit, il n’est malade que depuis un mois et n'avoue aucune maladie antérieure. Une ponction permet de retirer un litre de liquide hémorragique, il n’en éprouve aucun soulagement el meurt une semaine après.

A l’autopsie [7]. Le poumon gauche est congestionné, rouge vineux, infiltré par une énorme quanlilé de tubercules miliaires. Le poumon droit est le siège d’une infiltration granulique considérable, prédominant à la base. La plèvre droite coulient environ 200-cc. de liquide hémorragique. Symphyse cardiaque complète, myocarde mou, de couleur feuille morte, aorte athéromateuse. Infarctus ancien au niveau du rein et de la rate.

OgservaTiON XXIII (M. Boinet)

Prosper G..., 56 ans, succombe rapidement aux progrès d’une tuberculose généralisée. Sa maigreur extrême, son teint blafard, une diarrhée profuse, indiquaient la nature de son affection.

A lautopsie. On trouve, enkysté dans la plèvre gauche très épaissie et qui lui forn.e une sorte de coque fibreuse, un épanchement de 600 grammes environ de liquide Le poumon gauche, réduit au liers de son volume normal, est transformé en un tissu compact traversé en tous les sens par des bandes fibreuses, émanant de la plèvie épaissie. Il est infiltré, en outre, de tubercules jeunes el de granulations miliaires. Le poumon droit offre la même infiltration généralisée de lubercules. L'intestin grêle présente des ulcérations transversales. Les antes inteslinales sont agglutinées par de fausses membranes qui baignent dans un liquide purulent. Les ganglions mésentériques sont volumineux et quelques-uns même caséeux.

Page 1