OBSERVATIONS
Nous avons cru bon, avant de terminer, de rapporter aussi succinctement que possible les observations, les plus typiques que nous avons pu trouver dans la littérature médicale.
Courtaux (Thèse Paris, 1871) présente quatre observations particulièrement intéressantes.
La 1" observation a trait à une malade de 18 ans, qui à son entrée à l'hôpital de Lourcine, le 18 mai 1869, présentait sur la grande lèvre gauche un chancre induré typique et des papules muqueuses confluentes sur les grandes lèvres et sur la face supérointerne des cuisses. Depuis environ 45 jours, la malade souffrait de céphalalgie et d’insomnie, et des accès de fièvre quotidiens se manifestaient vers cinq heures après midi et duraient deux heures environ. Dans ces derniers jours, la malade à remarqué qu’elle avait une faim continuelle et une soif intense. Mêmes symptômes les jours suivants : mais plus accentués : courbature générale, boulimie, soif vive, fièvre quotidienne, irrégulière, sueurs pro-
fuses : la rate est normale. Jusque vers le 20 juillet, persistance de la fièvre qui est tantôt intermittente, tantôt continue, s’élevant parfois jusqu’à 39°8 : on note des érosions amygdaliennes, de la céphalée, de l’insomnie nocturne, et pendant quelques jours au contraire de la somnolence continue, un abattement profond, une asthénie très accusée, de l’irrégularité et de la faiblesse du pouls. Ce n’est que vers la fin de juillet qu'une amélioration se manifeste sous l'influence du traitement diathésique.
La 2° observation concerne une malade de 23 ans qui éprouvait depuis un mois des malaises, de la céphalalgie en même temps qu’elle avait remarqué l'apparition de petits boutons sur la petite lèvre droite. Elle entre le 5 février 1869 dans le service de M. Fournier, à l'hôpital de Lourcine, où l’on constate des accidents secondaires typiques. Le traitement antisyphilitique est constitué. Le 28 février au soir, on note l’apparition d’une fièvre assez élevée (39°2 —- pouls 104), qui persiste pendant plusieurs jours et s'accompagne de céphalalgie continue, avec légère rémission matutinale (38°3). Le 4 mars amélioration rapide : la malade quitte l'hôpital le 43 avril sans nouvel accès fébrile et guérie de ces accidents.
La 3° observation est celle d’une jeune domestique de 18 ans, qui entre le 12 janvier 1869 à l'hôpital de Lourcine, pour une syphilis dont le début remonte à 15 jours. Le 1° février, la malade se plaint de malaise général, de courbature, d’insomnie ; en même temps on note l'apparition sur l’abdomen de quelques petites taches rosées et la fièvre s’installe dans la soirée avec boulimie, soif très vive, céphalée très intense. Cet état persiste jusqu'au 23 février avec les mêmes symptômes : le 8 février on note une épistaxis abondante. Le traitement spécifique est institué dès le 7 février (4 pilule de protoiodure de 0,05 Hg.). Vers le 18 février, la fièvre diminue et la vhute dela température se
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produit définitivement le 23 février en même temps que la roséole s’efface. La malade sort guérie le 15 mars.
Dans la 4° observation enfin, il est question d’une couturière de 25 ans qui entre à l'hôpital de Lourcine le 25 mai 4861 avec un chancre multiple à la vulve. Vers le 8 juin, se déclarent les premiers phénomènes de la période secondaire : céphalée, papules rosées disséminées sur l'abdomen, croûtes du cuir chevelu, boulimie. Le 14 juin apparaissent d’autres phénomènes assez particuliers : algidité des extrémités qui sont recouvertes de sueurs profuses, courbature générale, sensation de fatigue dans tous les membres, arthralgies au niveau des genoux, insomnie, céphalée intense, vertiges, élourdissements, La malade apprend d'autre part que depuis 8 jours environ elle éprouve tous les soirs de 6 à 9 heures un accès de fièvre assez violent. Le 14 juin au soir on l’observe à ce point de vue et on constate en effet une température axillaire de 38°4 avec pouls à 120. Le 15 juin, la fièvre persiste et la diarrhée s’installe. Du 15 au 25 juin même état, et on est avant tout frappé à ce moment de la coïncidence d’un appétit des plus voraces avec phénomènes fébriles très accentués et un état de prostration presque typhoïde et de l’état de la langue qui, pendant toute cette période, est restée humide, nette, sans le moindre enduit saburral.
A dater du 26 la boulimie diminue, puis disparait en même temps que les autres symptômes s’atténuent et que la fièvre tombe définitivement.
Un traitement antisyphilitique avait été institué dès le début, mais la femme avoua, lors de sa sortie, n'avoir jamais pris aucune des pilules ni des potions prescrites.
En résumé, dans ces quatre observations nous retrouvons les symptômes fondamentaux de la typhose syphilitique : adynamie, prostration souvent extrême,
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céphalée violente, troubles digestifs, diarrhée, fièvre assez élevée présentant souvent le type continu mais sans discordance avec le pouls qui reste assez fréquent, etenfin modification fréquente du volume de la rate.
Dans la thèse de Monier (Bordeaux, 1872) nous avons pu relever également quelques observations analogues.
Le 4°" cas rapporté a trait à une malade de 21 ans, qui dans la soirée du 27 décembre, fut prise brusquement de frissons répétés avec température axillaire à 39° et pouls régulier à 95. La malade présente un état de prostration et de faiblesse extrêmes et se plaint de douleurs de tête violentes surtout localisées à la région frontale. Interrogée, elle déclare que depuis 5 ou 6 jours elle mangeait avec moins d’appétit et se sentait très lasse. Le foie et la rate ne sont pas modifiés de volume.
Le 28 décembre, même état encore plus accentué : température 38°%5, sueurs*profuses, céphalée violente, langue sale, nausées, inappétence absolue. Sur l’abdomen pas de taches lenticulaires, pas de ballonnement du ventre, pas de gargouillement ni de douleurs dans la fosse iliaque droite, constipation, pas d’épistaxis. Pourtant en présence de ces symptômes on pense avoir affaire à un embarras gastrique fébrile ou même à une fièvre typhoïde : le soir de ce même jour la céphalée était encore plus intense, l’inappétence absolue, la température axillaire était à 39°3, le pouls entre 90 et 100.
Le 29 décembre en découvrant l’abdomen on aperçoit de petites taches rosées, s’effaçant sous le doigt et ressemblant absolument à des taches lenticulaires.
Le 30 décembre, même état, mais la langue est moins sale (un purgatif avait provoqué deux selles), et en examinant l’abdomen on constate que les taches sont plus nombreuses et ne
s’effacent plus sous la pression du doigt ; de plus on aperçoit sur la cuisse droite deux grosses papules d’un | rouge vineux. Ce dernier fait, l'augmentation des taches rosées et leur transformation papuleuse fait songer à la syphilis : les aines sont alors examinées et on trouve dans l'aine gauche deux ganglions indolores et roulant sous le doigt. La céphalée persiste, la température se maintient à 39°.
Le 31 décembre, les taches ayant augmenté de largeur et ayant envahi le thorax et les cuisses en même temps qu’elles présentent une teinte cuivrée caractéristique on pose le diagnostic de syphilis, mais on ne retrouve pas de trace de chancre : il existe seulement quelques ulcérations sans caractères bien nets au niveau des organes génitaux externes.
Le soir l’éruption est généralisée sur tout le corps, la tempérarature est de 394, mais la céphalée diminue et le 1° janvier tous les symptômes y compris la fièvre ont complètement disparu (sauf l’éruption). Le traitement est alors institué : protoiodure Hg 0 gr. 05, iodure de potassium 1 gr. Au bout de 15 jours de traitement la roséole disparaît complètement.
La 2° observation concerne ure malade de 20 ans, qui depuis un mois ressentait tous les soirs des maux de tête assez violents. Elle entre à Saint-André le 28 mars. Elle apprend que le 25 février elle présenta de la fièvre en même temps qu’une éruption se montrait sur le cou et sur la face : vers le 15 mars inappétence, courbature. Le jour de son entrée la malade a un facies abattu et le thermomètre marque 39°5. Le lendemain on pouvait croire à la fièvre typhoïde à la période d'état : on constatait en effet sur l'abdomen une éruption rosée, lenticulaire, mais cependant formée de papules plus volumineuses et plus colorées. La coexistence de plaques muqueuses au niveau des lèvres fait alors songer à la nature syphilitique de l’éruption : la langue est blanche, saburrale, il existe de l’adénopathie généra-
lisée, mais la rate est normale. Le traitement spécifique est alors institué : au bout de 18 jours tous les symptômes étaient disparus et la température était redevenue normale.
Dans une 3° observation, il s’agit d’une femme de 25 ans, brocheuse, qui présentait à son entrée à l'hôpital Saint-André le 24 mai une éruption papuleuse localisée à la marge de l'anus, au périnée et à la partie interne des cuisses. Un traitement hydrargyrique est institué. Le 10 juin la malade est abattue, se plaint d'inappétence, de malaises, de céphalée, la température monte jusqu'à 40°2 le matin, à 405 le soir, pouls à 120. Les jours suivants même état avec céphalée plus intense. Le 15 juin les symptômes s’amendent, la température tombe à 38° et le 22 la lièvre disparait complètement : la malade sort guérie : sous l’in- Îluence du mercure il y avait eu cessation rapide des accidents.
Une 4° observation enfin a trait à un journalier qui entre le 5 avril à l'hôpital Saint-André pour de violents maux de tête survenus depuis 8 jours : il éprouve des vertiges, présente des vomissements, de la diarrhée, des épistaxis, une température de 40°. La langue est blanche, sale ; pas de ballonnement du ventre, ais fosse iliaque droite douloureuse.
Le malade présente une éruption presque confluente de taches rosées, assez larges, peu saillantes, étendues à tout le ventre, et disparaissant sous le doigt pour reparaître ensuite. L'état du malade parait être celui d’un #yphique. La confluence des taches fait chercher, et on trouve à la racine de la verge une cicatrice surmontant une plaque indurée et présentant l'apparence d’un chancre récent. Il existe des ganglions inguinaux, indolores, roulant sous le doigt: sur les piliers on découvre deux plaques ainsi qu’à la commissure des lèvres.
Le 6 avril la température descend à 39° puis remonte à 40° le 7 avril el atteint 40°2 le 9. Malgré cette fièvre plus d’abattement.
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