‹ Contribution à l'étude de la vaccinothérapieChapitre 9 sur 34 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous nous excusons de ne pouvoir, dans la rédaction de cette thèse, noter toutes les observations prises durant plusieurs mois dans le service de notre maître, le Docteur RICHARD,

Nous regrettons de n’avoir pu poursuivre plus avant les recherches et l’expérimentation dans l’étude si captivante de la vaccinothérapie.

Nous avons dû, enfin, limiter l’ensemble de notre thèse qui a été très rapidement rédigée à la suite du début des hostilités et de notre mobilisation.

Notre corporation, considérée à l’heure actuelle comme une branche spécialisée de la médecine, au même titre que l’'Oto-Rhino-Laryngologie, l’Ophtalmologie (pour parler de spécialisations de la même région) ou la Gynécologie, etc., n’a pas toujours joui de ce privilège moral.

Légions sont encore les personnes qui ne font aucune différence entre le dentiste, le chirurgien-dentiste, le mécaniciendentiste et le stomatologiste, surtout entre chirurgien-dentiste et stomatologiste.

Pour eux, l’ère héroïque des « arracheurs de dents » n’est pas close.

Ils ont, sans doute, toujours dans leur esprit la vision d’un champ de foire, d’une place publique de quelque petite ville de province, où, au beau milieu des volailles et des ruminants, trône sur une estrade écarlate et branlante un magicien emplumé, qui attire l'attention par des gesticulations, un tambour ou une grosse-caisse.

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Peut-être ont-ils devant les yeux quelques croquis célèbres, «Le Baume d’Acier » ou autre, qu’ils auront vus en quelque boutique ou sur les quais en passant les mains dans les poches, col relevè, à la tombée de la nuit d’une fraîche aprèsmidi de fin d'automne.

Peut-être ont-ils eu à souffrir d’un confrère maladroit, impatient, débutant ou trop nerveux.

Néanmoins, ils considèrent que l’on a fait quelques progrès en la matière, puisque les anesthésies locales sont apparues. La méthode ne consiste plus à mettre « Extractions sans douleur >» sur une pancarte, et à faire jouer la grosse-caisse au moment où la dent arrachée de son alvéole (ou cassée dans le maxillaire), le malade pousse un cri strident et jure ses grands dieux qu’on ne l’y prendra plus, dû-t-il en souffrir le martyr.

Ils se plaisent même à dire que leur dentiste est très doux et patient.

Et puis le progrès n’est-il pas là?

L'installation électrique, automatique, ripolinée, dans une pièce qui rendrait jalouse une salle d'opérations, n’est-elle pas considérée par le patient comme un «grand progrès en chirurgie dentaire » !.… « Pensez donc, mon cher, il travaille bien, et a une si belle installation! »

C’est une référence.

Donc le public est d'accord pour reconnaître un progrès incontestable en matière de pratique stomatologique courante et de prothèse dentaire. Il dit lui-même que «l’on n’arrache pas autant que dans le temps », que les méthodes modernes permettent de soigner sans douleur, et en désespoir de cause, d'extraire sans faire faire la grimace!

Mais, comme nous le disions plus haut, bien souvent — ce n’est pas une règle générale, heureusement — la diserimination n’est pas faite entre le stomatologiste et le dentiste.

Il nous paraît essentiel et de vérité première que le stomatologiste ait une formation médicale générale avant de se lancer dans sa spécialisation.

Il faut un bagage médico-chirurgical d’ensemble avant d'aborder les points particuliers.

Nous sommes avant tout des médecins, puis des médecins spécialisés. C’est ce que le public doit savoir.

Puis nous devons lui apprendre, à ce public, que l’orga-

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nisme n’est pas un jeu de patience à fragments indépendants détachables. I! forme un tout indivisible, et il ne doit pas y avoir de séparation arbitraire entre le système buccal et le restant de l’organisme. Le tube digestif est un long « tuyau » fait de dilatations et de rétrécissements successifs, plus ou moins replié et filtrant, dont le début est la bouche et la fin l'anus.

Il faut donc concevoir qu’une lésion d’une partie quelconque de ce tube peut avoir une répercussion proche ou lointaine sur un fragment dudit appareil.

Si l’on considère que ce «tuyau >» ne forme pas une pièce autonome dans l’être humaïn, mais qu’il existe, appendues à ses parois, des «annexes > en correspondance directe ou indirecte avec d’autres systèmes de l’organisme, on conçoit qu’une lésion siégeant en n’importe quel point, puisse influer sur l’état général. Et vice-versa, une affection de l’état général aura sa répercussion sur la cavité buccale.

Ne citons que quelques exemples — Le diabète n’est-il pas parfois diagnostiqué par le stoma-

tologiste averti, en présence d’une pyorrhée qui présente certains caractères, s’associant à d’autres petits ou grands signes dont on n’avait eu cure jusqu'alors?

— Ne sont-elles pas légions les stomatites, premier symptôme d’une intoxication générale?

— Et ce vieil adage « Tout enfant coûte une dent à sa mère », ne signe-t-il pas les méfaits de la décalcification lors d’une grossesse ?

— Et la maladie coloniale, la sprue, n’est-elle souvent pas diagnosticable que par ses aphtes buccaux?

D’autre part, une mauvaise hygiène buccale, du pus dégluti, l'absence de dents qui fera subir à l’estomac le travail que les maxillaires n’auront pu faire, tout cela n’agira-t-il pas sur le tube digestif? Ne sont-elles pas nombreuses les entérites, les gastrites d’origine dentaire ou paradentaire ?

Et dans certains pays, ne pratique-t-on pas l’extraction totale des dents pour une infection rhumatismale généralisée ?

Puisque nous savons que l’être est «un » et non un puzzle, pourquoi ne pas appliquer à la cavité buccale dans ses infections propres, dans les complications dentaires infectieuses, dans les accidents aigus ou chroniques ayant pour point

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de départ la bouche, des thérapeutiques analogues à celles de tout autre point du corps.

C’est même plus là qu'ailleurs qu’il faudra les appliquer, car la bouche — avec quelques autres cavités naturelles — n'est-elle pas le palais des microbes qui y végètent et s’y développent dans des conditions exceptionnellement bonnes, si l'hygiène buccale laisse à désirer.

Les interstices interdentaires comblés de débris alimentaires, qui ignorent la brosse à dent, sont autant de forteresses en activité débordante qui ne demandent qu’à prendre l’offensive, si l'adversaire (le terrain) s’y prête.

Le stomatologiste étant avant tout un médecin, la bouche faisant partie intégrante de l’organisme, renversons et brisons les idoles : traitons les infections buccales comme nous traitons les infections générales, n’ignorons pas les découvertes pasteuriennes et celles des savants modernes.

Sachons manier, aussi bien que le bistouri et le davier, la chimiothérapie, la sérothérapie et surtout la vaccinothérapie.

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