‹ Contribution à l'étude de la vulgarisation du sublimé et de ses dangersChapitre 10 sur 28 · TUE · texte numérisé non relu

TUE

À l'autopste l’on trouve:

Les muscles du sternum d’une couleur rouge-jambon.

L’intestin, surtout le gros intestin, est un peu dilaté.

La vessie est vide. |

L'utérus a la grosseur d’une petite orange.

Devant l’utérus on trouve 15 à 20 grammes d'un liquide citrin et louche, lequel est ensemencé sur gélose.

Dans le cul-de-sac postérieur. à peu près 10 grammes du même liquide ; ovaires normaux.

L’utérus ouvert, on trouve une endométrite puerpérale, avec fausses membranes siégeant surtout au niveau de l'insertion placentaire.

Rien dans les vaisseaux lymphatiques et les veines paramétrales.

Dans le rectum, 8 centimètres au-dessus de l’anus etremontant par VS iliaque, les côlons descendant, tranverse et ascendant, entérite dysentériforme avec fausses membranes et plusieurs ulcérations profondes.

Piqueté hémorragique de l'estomac.

Rate pesant 240 grammes.

Rien au cœur,

On a cultivé le sang du cœur droit, de la rate et du foie.

Diagnostic anatomique. — Endométrite pseudo-membraneuse puerpérale.

OEdème hypostatique des lobules inférieurs des deux poumons.

Dégénérescence parenchymateuse des reins et du foie.

Entérite dysentériforme du côlon, de VS iliaque et du rec-

tum.

PR es

Entérite folliculaire aiguë de la partie inférieure de l'intestin grêle.

Points hémorragiques disséminés dans la plèvre pulmonaire.

Dégénérescence graisseuse des muscles du corps.

Anémie généralisée.

Trois heures après la mort il y a 41°4 de température vaginale.

En présence des lésions du gros intestin et des reins, lésions caractéristiques d’une intoxication par le sublimé, on fit une enquête et on apprit qu'avant son entrée dans le service, on avait fait à cette femme plusieurs injections avec la liqueur de Van Swieten pure c'est-à-dire avec une solution de sublimé à 1 pour 1.000. Nous avons eu l'ordonnance entre les mains et

l'affirmation de la sage-femme ayant soigné la malade.

OBSERVATION IT (Inédite)

(Balthazard)

La dame X..., si l’on s’en rapporte aux renseignements fournis par l'enquête, a fait une fausse-couche le 8 février 1908. Le jour même, Mn° Z..., sage-femme a pratiqué une injection intra-utérine de sublimé dans la proportion de (25) vingt-cinq centigrammes de sublimé pour (150) cent cinquante grammes d'eau. Il est survenu rapidement un écoulement fétide des parties génitales. En même temps on observait, dès le 9 février (docteur C.) de la diarrhée, de l’anurie presque totale, une stomatite intense, une salivation abondante.

Aulopsie. — Le cadavre est celui d'une femme de trente à

quarante ans, un peu amaigrie

La putréfaction est commencée et se traduit par des taches verdâtres sur l’abdomen et sur le cou. Et même, après ouverture du cadavre, on constate quel’altération post mortem des viscères est beaucoup plus avancée que ne le laisserait supposer l'aspect extérieur du corps.

Aucune trace de violence ; un peu de spume sanguinolente sort par la bouche et le nez.

Il existe sur le ventré de nombreuses vergetures qui indiquent que la femme a eu déjà un ou plusieurs enfants. Les mamelons sont fortement pigmentés et la pression en fait sourdre du colostrum en abondance.

A l'ouverture du cadavre, on constate que le poumon droit est entièrement adhérent à la plévre pariétale par toute sa surface. Il existe dans les lobes inférieurs des deux poumons des foyers d’hépatisation, ayant le volume d’une mandarine, au niveau desquels les fragments prélevés ont une densité élevée, supérieure à celle de l’eau. Ce sont là des foyers de bronchopneumonie, qui évoluaient depuis plusieurs jours au moment de la mort.

Le cœur est dilaté dans toutes ses cavités, qui renferment des caillots agoniques fibrineux.

Pas de trace de péritonite.

L'estomac est à peu près vide. Le foie semble en état de dégénérescence graisseuse avancée ; la rate est grosse et pèse 280 grammes.

Pas de lésions intestinales.

Les reins présentent des altérations avancées dues à la putré faction et il n’est guère possible d’y étudier les lésions existantes avant la mort.

La vessie est vide et paraît normale.

Les annexes de l'utérus, trompes et ovaires ne présentent pas de lésions apparentes ; la putréfaction ne permet pas de reconnaître s’il existe un corps jaune dans un ovaire.

L'utérus n’est pas très volumineux. Les dimensions sont les

suivantes :

Extérieurement Intérieurement Longueur...... 10 Cm. 5 cm.

Carheur eee 8 cm. DÉC Épaisseur...... 4 cm. 5

La cavité utérine renferme des débris placentaires insérés sur sa face postérieure près de la corne gauche. Ces débris sont constitués par des cotylédons ramollis par place, putréfiés en partie, d'aspect sanieux et de coloration rouge brun foncé.

Le col est largement ouvert, laissant facilement passer l’extrémité de l'index ; il est fort peu saillant, si bien que les culsde-sac vaginaux sont peu prononcés. La muqueuse intérieure du col a une surface irrégulière due à la présence de cicatrices scléreuses.

Aucune lésion traumatique du col et de la muqueuse vaginale.

Les centres nerveux, cerveau, cervelet et bulbe sont intacts.

Discussion. — Si l’autopsie met surtout en évidence la rétention placentaire et l'infection utérine qu’elle a causée, avec septicémie et broncho-pneumonie consécutives, l’histoire clinique démontre l'existence d’une intoxicalion mercurielle, que confirmera au besoin l'analyse clinique des viscères et qui

a certainement favorisé, sinon causé, la terminaison fatale.

74 vus

Cette intoxication a succédé à une injection utérine de

sublimé faite par une sage-femme.

OBSERVATION III (Balthazard) (Inédite)

(Renseignements donnés par la mère de la victime.)

La dame X... nous apprend que sa fille avait eu un enfant en juillet 1906, encore vivant actuellement. Elle avait eu ses dernières règles à la fin du mois de mai et devait être enceinte de deux mois par suite le 20 juillet, date à laquelle une amie l’aurait fait avorter.

Cette dame X.. a appris que l'avortement fut fait à l’usine Z.. à Y... le 20 juillet à 3 heures de l’après-midi, dans les cabinets. Sa fille lui a avoué qu'elle avait perdu beaucoup de sang et de caillots.

Dès le soir la demoiselle X... rentra chez sa mère et présenta des douleurs à l’anus, avec des selles sanglantes et fréquentes. Le 21 au matin elle se plaignait de la gorge et de la bouche qui étaient tuméfiées ; la salive s’écoulait en abondance; les douleurs étaient assez violentes pour arracher des cris à la malade .

Jusqu'au moment de son entrée à l'hôpital, le 22 à 7 heures du soir, elle a de plus souffert de douleurs vives dans le ventre et a continué à perdre du sang liquide par le vagin.

A l'hôpital, elle fut placée au lit n° 15 de la salle Sainte- Monique et fut soignée par MM. Faisans. médecin des hôpitaux, et René Bénard, interne des hôpitaux. Ce dernier aurait déclaré

que la demoiselle X... était empoisonnée.

Pendant cinq à six jours, d’après la dame X..., qui est allée voir sa fille tous les jours, celle-ci n’a pas uriné; elle avait des selles sanglantes contenant des peaux. Elle eut ensuite des hémorragies nasales et buccales et se refroidit progressivement jusqu'à sa mort survenue le 3 août.

D'après les confidences que la fille fit à sa mère, l’avortement auraitété pratiqué à l’aide d’une longue sonde en os, au moyen de laquelle on injecta dans la matrice avec une poire de caoutchouc, une solution obtenue en dissolvant un paquet dun e poudre blanche dans un verre d’eau.

Grâce aux indications fournies par la demoiselle X... son frère, qui l’a remplacée dans son emploi à l'usine Z..., a trouvé dans le bureau de la comptabilité : 1° une poire en caoutchouc ; 2° deux longues sondes; 3° un flacon vide; 4° un paquet non utilisé de la poudre blanche.

Ces divers objets m'ont été apportés par la dame XACRESAaNnt le paquet de poudre qui avait été remis à l'hôpital à M. Bénard.

Examen des objets remis par la dame X...:

1° La poire de caoutchouc mesure 1 1 centimètres de hauteur et présente à son plus grand diamètre une circonférence de 21 centimètres. Elle se termine par un embout en ébonite percé d'un orifice central ayant un diamètre de 8 millimètres sur lequel on peut adapter commodément l’embout d'une canule, telle que celle décrite ci-dessous.

Cette poire de caoutchouc a une contenance d'environ 15o centimètres cubes.

Dans le cas où elle n’aurait pas été lavée après avoir servi à pratiquer une injection mercurielle, on pouvait penser retrou ver à l'intérieur des traces de sublimé. L'intérieur de la poire

a donc été lavé avec 100 centimètres cubes d’eau distllée ; mais

Rd

le liquide obtenu ne présensait pas les réactions des solutions de sels mercuriels (pas de précipité blanc avec l’ammoniaque, pas de précipité jaune avec la potasse, pas de précipité rouge avec l’iodure de potassium, pas de précipité noir avec le sulfhydrate d'ammoniaque, pas de dépôt blanchâtre sur la lame d’or. de la pile de Smithson).

2° Une sonde en gomme noire de 27 cmc. 4 et de 6 millimètres de diamètre ne paraît pas avoir servi. Il n’en est pas de même de la canule en os, sur laquelle on observe de nombreuses taches.

Cette canule est en deux pièces jointes par un raccord à vis; elle présente un épaulement et un embout qui s'adapte exactement sur l’orifice central de la poire. Elle mesure de l’épaulement à l'extrémité libre 22 cmc. 2 de longueur et le diamètre du renflement pris de cette extrémité ne dépasse pas 6 millimètres.

3° Un flacon vide dont l'étiquette a été grattée et qui provient de la pharmacie L... "Ce flacon paraît avoir renfermé des capsules ; il s'agissait probablement d'un médicament réputé abortif, tel que l’apiol.

Les taches relevées sur la canule, de coloration rouge brun, paraissent à l'œil nu être des taches de sang. Cependant, ül a été impossible d’obtenir les réactions de l’hémoglobine, probablement parce que celle-ci a été altérée par son contact avec la solution de sublimé. L'examen microscopique de ces taches ne permet de déceler aucun élément anatomique nettement reconnaissable.

Enquête à l'Hôtel-Dieu. — Le directeur de l’Hôtel-Dieu déclare que la demoiselle X... est entrée à l'Hôtel-Dieu le

22 juillet 1907, où elle a été reçue d’urgence par l'interne de

garde, M. Bénard, qu’elle à été conduite salle Sainte-Monique lit n° 15, dans le service du Dr Faisans, et qu'elle a succombé le 3 août.

La feuille de décès porte le diagnostic du médecin traitant: « Néphrite aiguë ».

M. Bénard veut bien ajouter les renseignements suivants : « Je me souviens seulement très bien d’avoir reçu, étant de garde, un lundi de la fin de juillet, une femme de vingt-deux ans Je crois, venue en ambulance avec un mot de M. le Dr B... réclamant son admission pour intoxication mercurielle. Mise dans mon service, cette femme me confia qu’elle s'était fait le samedi, avant-veille, une injection intra-utérine d’une dose de x. de sublimé, dont son médecin aurait dit qu’elle avait mis dans la valeur d’un verre d’eau ce qui convient à un litre. Au personnel du service elle confia, à ce qu’on me dit, que l'injection avait éte faite par une sage-femme, parce que ses règles étaient suspendues depuis six semaines. Elle reçut deux jours après des paquets analogues à ceux dont elle s’était servie ; ils furent remis à l’interne en pharmacie du service ; c'étaient, il m'en souvient, des paquets sans aucune indication extérieure de sublimé ,1 gramme. »

Elle était entrée avec une glossite et une stomatite intense, elle a présenté tous les symptômes de l’intoxication aiguë par le sublimé. Pendant les quarante-huit premières heures de son séjour à l'hôpital elle présenta de l'anurie.

La mort survint au bout de huit jours dans l’hypotermie,

Aulopsie, — Les reins étaient énormes, ils mesuraient 17 cen— timètres, ils étaient triplés de volume, blancs et comme lavés.

Dans l'utérus on voyait des foyers de nécrose, notamment

au niveau de la corne gauche.

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