‹ Contribution à l'étude de la vulgarisation du sublimé et de ses dangersChapitre 25 sur 28 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'Antisepsie

Quel devra être l’antiseptique destiné à remplacer le sublimé. M. Guéniot disait en 1890 devant l’Académie : « Mais si, comme je le pense, le sublimé offre des dangers qui doivent en faire proscrire l'emploi dans la pratique ordinaire des sages-femmes, à quel autre microbicide conviendra-t-il de donner la préférence ? Question difficile, qui exigerait une nouvelle et importante discussion. »

Depuis 1890 une foule de travaux ont été publiés desquels il ressort que notre but doit être l’asepsie et non plus l’antisepsie. Les travaux du professeur Terrier et du professeur Longuet, pour en citer quelques-uns, nous ont montré les dangers de cette antisepsie aveugle qui frappe en même temps que les germes les cellules de l'organisme, au lieu de les protéger et d’exciter leur pouvoir microbicide qui seul peut donner des résultats vraimentutiles. Ils nous ont montré aussi le peu d'efficacité de tous ces antiseptiques ; pour cela il nous ont appris que pour agir l’antiseptique a surtout besoin de temps. Il ne suffit pas pour faire une antisepsie de mettre un point quelconque du corps au contact d’un antiseptique. Il faut que ce contact

soit suffisamment prolongé.

C’est ainsi, par exemple, qu'une solution à 1/1000 de sublimé demande un contact d’au moins deux heures pour tuer tous les microbes. Qu'une solution à 1/500 de sublimé demande un contact de deux:heures et demie pour détruire les spores charbonneuses ; mais ce n’est pas encore tout, dernièrement, en effet, un savant allemand est venu nous montrer que les spores charbonneuses sont encore vivantes et peuvent germer après un contact de quarante jours avec une solution à 1/500 de sublimé ; il suffisait de les laver pour les débarrasser du sublimé qui n'agissait qu'à la façon d'une matière empèchante. C'est pour tous ces faits qu'actuellement l'on ne croit plus ou de moins en moins à l’action des antiseptiques. En effet que peut faire notre solution de sublimé à 1/4000, même en présence d'acide tartrique, si nous sommes forcés, afin d'éviter l’intoxication, de réduire le temps de contact à quelques minutes.

Pour qu'un antiseptique agisse il faut qu'il soit à un titre suffisant, quil puisse être maintenu en contact assez longtemps, employé à une chaleur suffisante etil agira ou n'agira pas suivant le milieu.

Aussi pour savoir quel est l'antiseptique que l'on pourra permettre aux sages-femmes nous chercherons seulement parmi ceux qui ne sont pas toxiques, ou tellement peu que leur emploi n’expose à aucun danger.

Je ne présenterai que deux de ces antiseptiques :

La liqueur de Labarraque à 25 ou 30 pour 1000.

Le permanganate de potasse à 0,25 pour 1000.

Voici les avantages de la liqueur de Labarraque :

Antiseptique aussi puissant que le sublimé, possède une

odeur et un goût tout à fait particuliers, qui font qu'on

eh 2

ne doit pas redouter les absorplions par erreur ou pour se suicider.

C'est un désodorisant puissant.

D'un prix minime.

C'est un décolorant.

Pas toxique.

Pas caustique à la dose indiquée.

De plus on pourrait le remplacer par l'eau de JSavel qu'on rencontre partout et qu'on pourrait employer à 20 pour 1000 environ.

Le seul inconvénient c'est qu’il faille transporter un flacon; ce ne doit pas être là un argument suffisant pour en faire rejeter l'usage. J'ai eu l’occasion de voir les sagesfemmes en Allemagne, elles portaient bien leur flacon de lysol, et elles ne s’en plaignaient nullement.

Quant au permanganate de potasse, qui fut écarté par M. Budin parce qu'il était salissant, voici l'opinion du professeur Pouchet : « Une solution à o gr. 25 pour 1000 détruit au bout de trente minutes la virulence du staphylocoque, du streptocoque et du vibrion seplique sur des tissus secs ou imprégnés de matières albumineuses. C’est un antiseptique excellent dans les cas de traumatismes étendus, de plaies anfractueuses offrant de grandes surfaces d'absorption. 11 permet la désodorisation des lochies fétides et son emploi, en injections intra-utérines, donne d'excellents résultats dans les cas de rétention de caillots, membranes, débris de placenta. Son emploi bien conduit donne des effets qui surpassent les prévisions expérimentales. » à A

Je me contenterai de faire remarquer que l'emploi du

be

permanganate, comme on vient de le lire, est justement indiqué dans les cas où le sublimé est contre-indiqué de l'aveu de tous, c'est-à-dire dans les cas de rétention de caillots, membranes, débris de placenta.

Sa propriété colorante devrait au contraire en faire répandre l'emploi, car en effet elle permet de se rendre un compte beaucoup plus exact de l'état d’asepsie des mains que ne le permet le sublimé ; tout le monde sait en effet que pour qu'il adhère il faut un décapage en règle, ce qui est le temps essentiel de la stérilisation des mains.

De plus, comme tous les antiseptiques, il ne doit pas être employé sans mesure ; dès lors les taches quil occasionne soit aux mains, soit au linge en feraient spontanément limiter l'emploi aux cas où vraiment il serait indispensable.

Enfin je signalerai ici ce que M. le professeur Chantemesse nous disait dans son cours : « On arrive en faisant un mélange à parties égales d’une solution à 1 0/0 de permanganate de potasse et d'une solution à 1 0/0 d'acide chloridrique, on arrive, dis-je, ainsi à avoir une solution dont le pouvoir microbicide égalerait celui d’une solution à 5 0/00 de sublimé sans en présenter les dangers. »

En résumé : Le sublimé doit êlre proscrit comme antiseplique parce que :

4° Il existe une idiosyncrasie telle qu'il est impossible à qui que ce soit de pouvoir employer le sublimé sans faire courir un danger très grave à la malade. Ne connaissonsnous pas en effet les deux cas rapportés par Trousseau où un enfant de neuf ans et un jeune homme furent empoisonnés par des lavages d’yeux avec une solution faible de

sublimé.

PAT Ce Le à de

SR Ne

Un de mes maitres me disait encore dernièrement que chaque fois qu'il lui arrivait de plonger les mains dans une solution de sublimé, il avait immédiatement la diarrhée.

Sauvagnat, dans sa thèse, ne nous a-t-il pas montré qu'une intoxication mortelle était survenue :

10 fois après l'emploi d'une solution à 4 pour 5000

3 fois — 1 pour 4000

Comment oser encore se servir d’un (el antiseptique qui tue dans des conditions si différentes, si difficiles à préciser et partant à éviter.

Le sublimé devrait être rejeté de la pratique ordinaire des sages-femmes, parce qu'il expose à des dangers, aussi bien la malade que son entourage. En effet, il n’a ni odeur ni couleur propre, son goût est trop peu accusé, ce sont là trois défauts, quidevraient, à eux seuls, suffire pour empècher sa vulgarisation.

Rappellerais je l'histoire du chimiste Thénard, qui, pendant sont cours, ingéra, par inadvertance, un verre de sublimé au lieu du tradilionnel verre d’eau.

N'a-t-on pas vu le même fait se produire, avec ce jeune homme qui, pour se désallérer, croit boire un verre de chablis, quand en réalité, il buvait une solution de sublimé.

J'ai réuni trois cas de mort survenue à la suite de l'absorption volontaire d'une bouillie de sublimé, dans deux de ces cas il s'agissait de paquets destinés aux injections vaginales, dans l’autre cas de 30 grammes de sublimé pur. Chauffard a publié l'observation d’une femme qui succomba à la suite de l'absorption de 5 grammes de subiimé.

Je me souviens d'un autre cas:

Il y a trois ans, à Paris, une jeune fille de vingt ans, dans

une crise de neurasthénie, absorbe une bouillie faite avec deux paquets de Ogr.25 de sublimé. On put à temps faire rejeter le poison et laver l'estomac. Cette femme ne présenta qu’une diarrhée abondante et le lendemain une légère salivation ; après trois jours tout était normal.

J'ai résumé aussi brièvement qu'il m’a été possible ce sujet qui prêtait à tant de développements intéressants. Néanmoins j'espère avoir réussi à montrer que le sublimé est un antiseptique dangereux et que son emploi s’écarte de plus en plus du but que s'était proposé l'Académie de Médecine en accordant aux sages-femmes le droit de le prescrire.

En effet lorsqu'en 1890 l'Académie de Médecine demanda que l’on autorise les pharmaciens à délivrer du sublimé suivant une formule unique, sur l'ordonnance d’une sagefemme diplômée, l'Académie n'avait qu'un but: lutter contre l'infection puerpérale en donnant des armes aux sages-femmes. Comment les sages-femmes ont-elles employé ces armes nouvelles, il est difficile de répondre ; ce que l’on peut affirmer c’est qu'elles abusèrent de l’aulorisation accordée en prescrivant le sublimé à toute occasion en dehors même de la grossesse ; j'ose à peine parler de celles qui l'utilisent à la pratique des avortements. C’est donc ainsi en trompant l'attente de l’Académie que les sages-femmes, aidées par les pharmaciens, contribuèrent à cette vulgarisation, vulgarisation qui explique le mot du professeur Gilbert: « Le sublimé est un danger

social. »

ONF sh do Pal 4

Page 1