INTRODUCTION
Une femme perd-elle en blanc, rouge ou vert ; souffret-elle dans le ventre, immédiatement elle s'adresse au pharmacien, ou bien à une de ces nombreuses sages-femmes qui soignent les affections des femmes. C’est toujours le même traitement, on la met aux injections de sublimé. Je me rappelle le cas suivant : une dame vient consulter ; depuis trois mois elle souffre beaucoup au niveau des organes génitaux, la douleur est si grande qu’elle marche avec difficulté, et elle ajoute que ses pertes sont plus abondantes qu'au moment où elle a commencé le traitement. En examinant celte malade on voit un érythème des plus marqués au niveau de toute la vulve et même envahissant un peu la partie supérieure des cuisses. Interrogée sur le
traitement suivi, elle raconte que, sur les conseils d’une
sage-femme, elle se fait deux fois par jour depuis trois mois une injection vaginale avec une solution de sublimé à 1 pour 4.000. Cet érythème disparut après cinq ou six jours d'injections quotidiennes de sérum physiologique.
Je voudrais rappeler comment il se fait qu'une substante aussi dangereuse et sans effet thérapeutique utile dans l'immense majorité des cas, s’est ainsi vulgarisée et je voudrais en montrer les dangers en publiant quelques observations. |
Déjà en 1901, le Dr Sauvagnat, dans sa thèse de Paris sur les intoxications mortelles par le sublimé et la responsabilité médico-légale, avait groupé 37 cas mortels d'intoxications consécutives à des injections vaginales ou intra-utérines. Dans son travail, Sauvagnat insiste surtout sur les symptômes, l'anatomie pathologique et la physiologie de ces intoxications. J'ai pensé qu'il était inutile dès lors de faire un chapitre spécial pour ces parties déjà traitées. Je me suis donc limité à retracer l'historique de cette question en me bornant à rapprocher ces trois dates 1881, 1890, 1901. J'ai ensuite groupé les cas d’intoxications mortelles ou graves, consécutives à des injections vaginales et intra-utérines que j'ai pu réunir. J'y ai joint des observations dans lesquelles la mort est résultée de l'absorplion par la voie buccale de la substance toxique, afin de montrer qu'il n’est pas sans danger de répandre
ainsi le sublimé et d’en vulgariser l'emploi.