DIAGNOSTIC
Les fausses tumeurs présentent des caractères particuliers qui permettent de les distinguer des néoplasmes avec lesquels il est souvent facile de les confondre.
Pour les tumeurs d’origine nerveuse, il fauttenir un grand compte de l’état mental du sujet et des stigmates hystériques dont il peut 'être porteur.
Une grosseur brusquement apparue, qui n’occasionne pas de désordres sensibles chez celui qui la porte, qui disparait sous l'influence de la pression, d'un courant électrique ou d’un anesthésique, qui présente de la sonorité dans des zônes ordinairement mates, n'est certainement pas un néoplasme.
Mais plus facile est la confusion avec les fausses lumeurs, qui résultent de l'accumulation de gaz, solides ou liquides, dans des cavités naturelles, ou du déplacement des organes situés dans l’abdomen. Car ici les deux sortes de fausses tumeurs présentent des points communs, que nous retrou-
ÉrOB
vons dans leurs alternatives d'apparition et de disparition, dans les modifications de leur volume à la pression, et quelquefois dans le tympanisme, quand il s’agit de gaz. :
Ces caraclères sont à peu près au complet dans la distension gazeuse de l’estomac. Mais il est rare que dans ce cas, il n'existe pas un état pathologique concomitant, tel que : la sténose pylorique, la dilatation de l’estomac, la gastrite se traduisant par une sensation de pesanteur et de brülure au creux épigastrique, par des éructations, du pyrosis, des digestions pénibles.
S'ilexiste du liquide, il est facile de lé percevoir par leclapotement. Après s'être livré à ces investigations, si le diagnostic est encore hésitant, l’examen du contenu de l'estomac, retiré à l’aide des tubes de Faucher au Debove, tranchera la difficulté:
L’accumulation des matières fécales dans l’intestin est capable de produire une fausse tumeur variable dans sa forme; son volume et son siège, caractères suffisants pour faire méconnaître sa nature. La constipation est un symptôme dont il faut tenir un grand compte, dans la circonstance, mais si elle n’est pas absolue ou si elle n’a été que transitoire, elle ne nous est plus d’un aussi grand secours. Mieux vaut dans ce cas faire reposer le diagnostic sur l'examen de la tumeur. Celle-ci se trouve presque toujours sur le trajet du côlon dont le diamètre transversal est augmenté. Elle est rare-
Loges
ment unique, présente une surface inégale et bosselée, et la percussion pratiquée ‘dans la région ne révèle pas le son tympanique qu’elle donnerait si la tumeur était constituée uniquement par des gaz. Elle ne sera de plus nullement modifiée par l’anesthésie du sujet.
La rétention d'urine peut occasionner des-erreurs d'autant plus faciles à commettre qu’elle ne néces-
site pas l'arrêt complet de la miction, L’obser-
vation: VII nous montre combien le diagnostic se fit attendre.
Pour les cas de ce genre, si les renseignements fournis par: le malade sont insuffisants, et si l’on conçoit quelques doutes sur la nature de la tumeur, 1] faut avoir recours au cathétérisme. Le cas est. plus embarrassant, si l'on se trouve en présence d’une. congestion utérine (Obs. VI). La tumeur est profonde, molle, fugace, sonore même, si l’intestin distendu par des gaz est placé devant. Mais il est deux grands signes qui permettront cependant d'éviter la confusion, ce sont : la diminution ou la: disparition de la tumeur, au moment des règles, et son invariabilité lorsque le sujet est soumis à l’aetion du chloroforme.
Les déplacements. d'organes sont. plus faciles à reconnaitre, pourvu que l’on ÿ pense. Si la parot. abdominale ne permet pas de percevoir: pari le palper la forme de. l'organe déplacé, il faut chercher à la place qu’il devrait normalement:oceuper. La-percussion y révèle non plus de la matité, mais
une sonorité très accentuée. De plus s’il s’agit du rein, la palpation bi-manuelle pratiquée suivant le procédé du professeur Guyon dénote l’absence de ce viscère de sa loge habituelle. Il faudra tenir également compte du traumatisme ou de l'effort qui pourra n'avoir pas été étranger an déplacement de l'organe (Obs. IV et V).
Enfin, :il est des cas où le diagnostic est à peu près impossible. C’est ainsi que, la vésicule biliaire distendue a été prise pour de l’ascite, pour un rein, pour un cancer, et la confusion n’a été reconnue qu'après la ponction ou l’autopsie. Des faits de ce genre sont relatés dans la clinique de M. le professeur Potain, et dans le manuel de M. le professeur Dieulafoy. Et Da Costa raconte que des chirurgiens américains, recherchant une tumeur de l’épigastre, tombèrent sur l'estomac. Ils furent avertis par l’échappementdes gaz, et refermèrent aussitôt la plaie (Obs. XIV).