OBSERVATION II
Observation tirée de la clinique médicale de M. le professeur Potain. Hôpital de la Charité. Semaine medicale, 27 mai 1896,
page 209.
Je fus appelé autrefois à l'hôpital Necker par Desormeaux qui avait dans son service une jeune fille chez laquelle existait, au niveau de l’épigastre, une tumeur très résistante, fort douloureuse, et qui paraissait causer une grande gêne à cette jeune personne, dont la santé gènérale était cependant très florissante. Desormeaux avait fait une première ponction qui n'avait donné aucun résultat, et comme on était au début de la méthode aspiratrice, on me pria de venir.
Je crus, pour ma part, à une tumeur du foie, à un kyste hydatique notamment, d'autant qu’on pouvait suivre le rebord de cet organe au de là des limites de la tumeur; et pensant que l'instrument n’avait pas, la première fois, assez profondément pénétré, je fis une seconde ponction, qui fut également négative. Mon collègue, estimant que ce cas difficile relevait plutôt de la médecine que de la chirurgie, la malade fut transférée dans mon service. Je dois avouer que je fis une troisième ponction sans plus de résultat que précédemment.
J'en cherchai la raison, et après une exploration minutieuse, je constatai que la paroi abdominale tout entière
NOONEE
était en état de forte tension, que les mouvements du diaphragme se faisaient peu sentir, qu’il existait enfin, en raison d’une douleur siégant au niveau des vertèbres lombaires, une ensellure particulière de cette région.
Je supposai dès lors que la tumeur pouvait n'être que la consèquence d’une contracture des muscles de la paroi ayant déterminé un déplacement du foie, et je soumis la malade au chloroforme : la tumeur disparut, le foie rentra dans sa loge; mais, l'effet de la chloroformisation s’atténuaut progressivement, le foie se déplaça de nouveau, reconstituant la tumeur. En raison de la perte de tonicité et du déplacement des muscles droits antérieurs de l’abdomen, de la contracture des muscles obliques, transverses, et du diaphragme, il se produisait un soulèvement avec projection en avant de la partie supérieure de la
paroi abdominale, soulèvement d’autant plus facile que la
paroi est à ce niveau presque exclusivement défendue par
les muscles, laponévrose faisant défaut: la contraction énergique du diaphragme chassait ensuite le foie, qui venait se loger dans la poche ainsi formée.