La morphologie expérimentale et la tératologie
On pourra regretter l’absence d’expérimentation dans notre travail. Nous ne sous-estimons pas la valeur de cette critique. Jusqu'à présent, nous étions mal équipé et mal préparé pour entreprendre de telles recherches. Maintenant, mieux armé, grâce à nos premières observations, nous pourrons sans doute aborder avec profit la morphologie expérimentale. D'ailleurs, l’étude des faits, telle que nous Pavons conduite, nous a amené à constater l'influence des facteurs externes sur la morphologie. Les cas tératologiques sont, en effet, des expériences faites par la nature. A.-P. DE CANDOLE constatait que l’on appelle monstruosité « tout ce qui sort de l’état habituel des êtres. Sur ce nombre, il en est qui sont des retours de la nature vers l’ordre symétrique. Ainsi, (...) si les six ovules du Marronnier, ou du Chêne, venaient pour une cause accidentelle à être fécondés au même instant, nous pourrions trouver, un jour, des marrons ou des glands à six graines. Nous dirions que c’est monstruosité, tandis que c’est le marron, ou le gland monosperme, qui en est une. C’est par l'observation de certaines monstruosités qu’on est parvenu à déméler la vraie nature de certains organes avortés (étamine d’Antirrhinum linaria cornet des Ancolies et des Renoncules, avec étamines à moitié transformées en cornet, Orchidées, Anémones, aigrette des Composées, etc.) »
VAN TiEGHEM écrivait après lui : « L'étude des monstruosités de la fleur est particulièrement instructive quand la métamorphose des organes,
c’est-à-dire leur retour à l’état primitif, s'étend jusqu'aux ovules et aux placentas, dont elle éclaire l’origine et manifeste la vraie nature. »
Plus récemment, PLANTEFOL pense que, « dans la fleur comme sur la tige, les agencements normaux, équilibrés, des pièces florales ne sont pas vraiment révélateurs des liens qui existent entre ces pièces. Ce sont, dit-il, les cas tératulogiques, c’est-à-dire normaux à un facteur près, parfois à plus d’un facteur, et moins utilisables alors, qui sont le mieux révélateurs de l’organisation florale. »
Les résultats acquis récemment en morphologie expérimentale par GavauDan et Mile DEeBrAUXx, reposant sur les cultures d’organes en milieu aseptique, ceux de certains chercheurs soviétiques s’appuyant plus spécialement sur les modifications obtenues en faisant varier l’éclairement à certains stades de la jeune plantule, ceux de P. CHouaRD, portant plus spécialement sur la néoténie expérimentale, indiquent une voie de recherches fort intéressante.
Mais, soulignons-le, la tératologie, à elle seule, est également insuffisante pour l’explication des formes végétales ; les conclusions auxquelles nous aboutirons pour les Primulacées sont un exemple des précautions à prendre pour l'interprétation des cas anormaux.