OBSERVATIONS ANTÉRIEURES
OBSERVATION I
K.., 22 ans, ouvrier agricole arménien, toujours en bonne santé, de constitution robuste jusqu’en février 1932. Des maladies diverses, puis ensuite de l'inquiétude, de l’anxiété
bruyante, des idées de suicide apparaissent à cette époque et déterminent l’internement le’ 3 août 1932.
A son entrée, le malade est déprimé, découragé, se croit menacé d’une mort prochaine, résiste à l’examen et au traitement ; quelques raptus anxieux au cours desquels il ébauche des tentatives de suicide par précipitation ou automutilation. Il se plaint de céphalées et de douleurs lombaires. L'examen clinique ne révèle aucune maladie organique caractérisée. On note seulement une odeur acétonique de l’haleine. Les examens de laboratoire donnent pour les urines :
— absence d’albumines ;
— traces de sucre ;
— présence extrêmement importante d’acétone et de corps cétoniques ;
— absence de cellules épithéliales ;
— pH 7,2.
Pour le sang :
— urée : 0,80 ;
— réserve alcaline : 51.
BW négatif.
Le traitement suivant est institué :
Régime déchloruré, diurétiques, alcalins (citrate de soude : 4 gr.; bicarbonate de soude : 20 gr.).
Deux jours après le début de ce traitement, on constate déjà une légère amélioration de l’état mental qui va s’accentuant les jours suivants : la dépression s’atténue, la confiance renaît, les idées hypochondriaques sont abandonnées. Parallèlement à cette amélioration psychique, on voit l’acétone disparaître dans l’urine, l’urée diminuer dans le sang (0,50).
or
Au bout de six semaines environ, le malade est capable dé travailler au jardin.
Après deux ou trois rechutes, où l’on voit réapparaître, très atténuée, l’anxiété du début, accompagnée de petits retours offensifs de l’acétonurie, il peut sortir en décembre 1932. |
Nous l’avons revu à plusieurs reprises, la dernière fois en décembre 1933 ; son état général est excellent, il n’a plus aucune idée hypochondriaque, se. comporte et travaille normalement.
OBSERVATION II
22 ans. S'’est surmenée physiquement et intellectuellement, ajoutant à son travail habituel d’infirmière, des gardes de nuit, la préparation d’un examen et aussi la participation aux réunions d’un groupement politique assez exalté. Elle a fait, la veille, une fugue, au cours d’un raptus anxieux, en sautant d’une fenêtre située au premier étage. Elle présentait, depuis quatre ou cinq jours, de l'agitation anxieuse avec confusion et onirisme intermittent.
À son entrée, le 5 décembre 1933, on constate un état toxi-infectieux, avec forte acétonurie, mais sans azotémie ni rétention chlorée. La réserve alcaline est à 54 p. 100.
Au point de vue mental: agitation, confusion, désorientation, onirisme à thèmes terrifiants ou professionnels. Les jours suivants, l’état toxi-infectieux s'aggrave au point qu’au troisième jour la fièvre atteint 40°. Les urines sont albumineuses, pauvres en chlorures, renferment du pus, des colibacilles ; par contre, l’acétone a disparu.
Dans le sang, l’urée monte à 1,05, le glucose à 1,12, le chlore plasmatique à 3,95, globulaire à 1,95 ; la réserve alcaline descend à 50.
A ce moment, l'agitation anxieuse du début fait place à une torpeur voisine du coma, la malade est affaiblie, anémiée, déshydratée ; le pouls est imperceptible : son état est jugé désespéré. Le traitement consiste essentiellement en cardiotoniques, diurétiques, insuline, alcalins. L'alimentation est constituée par du lait pris à la sonde et dont une partie est rejetée par les vomissements.
Vers le 25 décembre, la torpeur est remplacée par de l’agitation, puis la confusion diminue. En même temps, l’état
général s'améliore, la fièvre cesse, l’azotémie disparaît, le chlore du sang reprend un taux à peu près normal (3,69-1,77) et la réserve alcaline s'élève à 56. Au début de janvier, la confusion diminue encore sensiblement, mais des hallucinations auditives à teinte anxieuse reparaissent de temps à autre. Pendant tout le mois de janvier, l’état physique et mental reste stationnaire ou plutôt oscillant avec des réapparitions de la confusion, de l’anxiété et aussi de l’acidose
et de la rétention chlorée. Le 3, un régime déchloruré strict :
est institué. Dans les jours qui suivent, l’état mental s’améliore d’une façon beaucoup plus sensible et plus stable ; la malade peut sortir le 24 février. Sa confusion est alors dissipée ; elle conserve seulement une légère tendance à l’autisme et à la rêverie morbide qui assombrit un peu le pronostic éloigné.
OBSERVATION III
Mme G.., 37 ans, déjà internée un mois en 1920, pour un accès de dépression mélancolique rapidement dissipé. Elle présente à son entrée, le 3 février 1934, un état anxieux avec idées d’indignité, de mort imminente. Elle a fait, la veille, une tentative de suicide. On trouve chez elle une acétonurie considérable, une légère azotémie (0,57), un fort abaissement de la réserve alcaline (46) et une diminution du chlore sanguin (3,36 dans le plasma, 1,56 dans les globules). Les jours suivants, l’acétonurie et l’azotémie disparaissent, la réserve alcaline redevient normale (58), mais le chlore est retenu en excès dans le sang (3,94 et 1,84). Mise, le cinquième jour, au régime déchloruré strict, traitée par l'insuline, les alcalins, la malade s’est tout d’abord nettement améliorée mais l’anxiété a reparu. Cette rechute a coïncidé avec un nouvel abaissement de la réserve alcaline qui est tombée à 50. Au même moment, on notait, dans le liquide céphalorachidien, un taux élevé des chlorures et du chlore (7,23 et 4,54). Actuellement, tout tend à rentrer dans l’ordre.
OBSERVATION IV
Mme J.…, 40 ans. Après une émotion causée par la vue de son mari en état d'ivresse et par les violences subies à