OBSERVATION IX
Diarrhée réfiexe symptômatique d’un abaissement de l’utérus avec retroversion (hôpital de la Pitié). — (Dumontpallier).
La nommée M..., f:mme d’un employé du chemin de fer d'Orléans, était affectée de diarrhée depuis plusieurs mois.
Elle faisait remarquer que le besoin d’aller à la garde-robe ne se manifesiait que dans le jour, à partir du moment où elle se levait, jusqu’au moment ou elle se mettait au lit. Aucune des causes habituelles ne paraissaient expliquer ce flux abdominal, mais la malade se plaignait dans le bas-ventre. M. Dumontpallier constata qu’il existait un abaissement de l'utérus avec rétroversion. La déviation utérine avait-elle une part dans la fréquence des garde-robes diarrhéiques et cette déviation déterminait-elle des accidents réflexes du côté de l'intestin ? Un anneau pessaire est appliqué, la diarrhée cesse le jour même de l’application de l’anneau et ne s’est pas reproduite depuis cette époque.
Nous voyons, d’après les observations que nous avons rapportées, comment les troubles intestinaux sont intimement liés à l’affection utérine. On se trouve presque constamment en présence de troubles analogues à ceux décrits dans ces observations : ils sont absolument sous l'influence de la
maladie utérine; ils en suivent les phases. Améliore-t-on l’état pathologique de l’utérus, les troubles intestinaux cessent ; y a-t-il une nouvelle poussée, l'intestin s’en ressent. Ni cause mécanique ni congestion à invoquer. Dans certains cas, léretentissement de l’irritation utérine sur la muqueuse rectale est parfois si brusque, qu’il est impossible de reconnaître aux troubles qu’on voit apparaître une cause autre que Paction NOT ONCR
Ces troubles fonctionnels du rectum qui sont parfois si étroitement liés à la maladie utérine, comme le montrent nos observations, peuvent devenir dès lors un élément de diagnostic. Nous allons terminer cette étude par quelques considérations à ce sujet.
Dans le diagnostic de ces affections, les troubles généraux doivent entrer en ligne de compte ; ils sont quelquefois les seuls indices qui puissent mettre sur la voie d’une lésion utérine encore silencieuse. Or, nous rappelant ce que nous avons établi au sujet de la fréquence des troubles intestinaux dans les maladies de la matrice, nous serons moins exposés à incriminer l'intestin, et notre attention sera attirée du côté de l'utérus. Combien de femmes, en effet, rapportent à l’intestin les symptômes d’une maladie dont la matrice est le siège. Car, comme le dit Courty: « Que de fois les maladies utérines,au lieu d’'accuser leur présence par une expression phénoménale propre à attirer lattention, semblent au contraire dissimuler et peuvent rester un temps plusou moins long, à l’état latent, par suite de l’absence complète de lobscurité ou de lPinférioriorité relative des symptômes locaux ; le cri de l'organe souffrant ne vient pas alors de l’utérus, mais de tout l’organisme. C’est une conséquence de l'influence exercée, toujours par là matrice, sur l’économie et des réactions sympathiques, qui sont réveillées par les altérations, en apparence les plus
ne insignifiantes, dans la manière de vivre de cet organe ; e’est enfin la justification de ce fameux adage :
Propter solum uterum muli id est quod est.
C'est exagéré, nous en convenons ; mais il n’en est pas moins vrai que, par la multiplicité de leurs symptômes, les affections utérines sont parfois d’un diagnostic difficile, et qu’on doit se rappeler, au lit des malades, les troubles auxquels elles donnent lieu et la fréquence de ces troubles. La symptômatologie intestinale doit, d'après nous, occuper une des premières places ; elle devient un élément de diagnostic sérieux, puisque nous avons établi l'apparition de ces troubles dès que l'organe utérin est en souffrance. ;
Si, en présence de ces phénomènes de voisinage, on songe à les rapporter à leur véritables cause, c’est-à-dire à l’action réfiexe, on ne sera point surpris de leur apparition, sachant qu’une simple irritation utérine a pu les faire naître ; on songera alors à interroger l'utérus, alors même qu'il paraîtrait indemme, et l’on trouvera là, le plus souvent, une affection qui, pour être silencieuse, n’en a pas moins donné lieu aux sympathies pathologiques en présence desquelles on se trouve.
La conduite serait tout autre, si l’on n’attribuait les accidents qu’à une cause mécanique. Car, du moment qu’on n'aurait pas un utérus profondément atteint, notablement hypertrophié, ou déplacé ou excessivement congestionné, on ne saurait accuser la matrice d’avoir produit des troubles intestinaux et, alors, on se croirait autorisé à incriminer l'intestin seuletäa agir en conséquence. Or, en pareille circonstance, tout traitement direct de l'intestin resterait sans résultats ; la constipation, la diarrhée résisteraient à cette médication. Elles sembleraient s’amender, mais pour reparaître bientôt avec non moins d'intensité, car la cause n’auraitpasété supprimée. On les verrait se reproduire sous la même influence réflexe et pour combattre
= 99e efficacement ces accidents il faudra tout d'abord faire disparaître la cause qui les a fait naître.
Nous ne sommes pas étonnés de lire dans Aran : « Sans avoir autant d'importance que la constipation et sans nécessiter comme elle les soins de tous les instants et aussi persévérants, les troubles de la sécrétion urinaire ne sont pas cependant à négliger. » Nous le voyons : pour Aran, les troubles intestinaux sont persévérants, et demandent des soins assidus; ceci tient à la cause qui les a produits et qui agit, en dépit de tous les traitements auxquels on soumet l'intestin. Il faut attaquer la cause elle-même, diriger sa médication du côté de l'utérus, améliorer l'affection utérine, faire disparaîtreles causes qui ont déterminé laction réflexe; telle est, selon nous, la. conduite à tenir, et alors seulement on verra disparaître les accidents qui n'auront plus leur raison d’être
En effet, nous arrivons à cette conclusion toute naturelle : la maladie utérine à donné lieu à ces troubles; ilfaut donc faire disparaître la cause, et les effets cesseront; en un mot, il faut diriger son traitement du côté de l'utérus.