CHAPITRE II
TROUBLES GÉNÉRAUX, RÉFLEXES, AUXQUELS DONNENT LIEU LES AFFECTIONS UTÉRINES
Nous devons signaler l’action générale réflexe de l'utérus sur l’économie tout entière, pour arriver graduellement au point spécial qui nous occupe. Etablir les sympathies nombreuses auxquelles donnent naissance les affections utérines, ce sera, en quelque sorte, faire entrevoir l'existence de celles que nous voulons étudier ; nous pourrons aussi montrer l’analogie entre ces phénomènes réflexes et ceux qui intéressent la partie inférieure de l'intestin. Nous pourrons également en tirer cette conclusion : mêmes effets, même cause. C’est le but que nous nous proposons.
Les affections utérines retentissent pour ainsi dire sur tout l'organisme et c’est ce qui parfois rend leur diagnostic difficile. Connaître ces manifestations, les analyser, remonter à leur source, expliquer leur mode de production, tel doit être le souci du médecin qui ne veut pas s’exposer à commettre de palpables méprises ; car, comme le dit Lisfranc : « par leur état presque latent, par la grande variété de leurs symptômes, si souvent fugaces et passagers, par les sympathies nombreuses qu’elles exercent sur toute l’économie, et enfin par les modifications profondes et par la mobilité incroyable qu’elles
impriment au système nerveux, les maladies de l'utérus exposent le médecin à commettre de nombreuses et fréquentes erreurs de diagnostic.
» Et ce qu’il y a de plus remarquable dans ces faits, qui ont été signalés au monde savant, c’est que les causes les plus légères, les parties de l'organisme qu’on penserait être les moins réflexogènes, peuvent donner lieu, par leur irritation, à des phénomènes réflexes d’une gravité quelquefois extrême. (1). »
Ordinairement, dit Valleix, on voit survenir ces troubles digestifs, si fréquemment liés aux maladies utérines. L’appétit diminue; il y a parfois du dégoût pour les aliments, des goûts bizarres ; il survient des douleurs d'estomac, des symptômes d’entéralgies; en un mot, ces phénomènes qui accompagnent la lencorrhée. |
Il est de la plus haute importance, ajoute-t-il, de noter les troubles sympathiques, car ils sont quelquefois prédominants et cachent en quelque sorte le mal local. Il faut savoir descendre de ces symptômes éloignés à la localisation utérine. »
Citons encore Churchill (2) : il n’est pas moins explicite que Lisfranc et Valleix : « Il est impossible de trop insister sur l'influence que les maladies de la matrice ou des ovaires exercent sur la santé générale. En fait, on peut dire que, chez les femmes, le système utérin, pendant sa période d'activité, est le véritable centre de la vie. L’accomplissement régulier de ces fonctions fortifie, sans aucun doute, la santé générale des individus : mais il est aussi très positif que le moindre trouble de ces fonctions, arrivant à l’âge où elles sont dans toute leur activité, devient on ne peut plus nuisible, et qu'il existe la
(1) FoRFER, — Thèse (1882, Paris).
(2) CaurCHILL. — Traité pratique des maladies de femmes (1874).
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sympathie la plus intime entre la matrice et toutes les parties de l’organisme : lappareil digestif, l'appareil circulatoire, le système nerveux etc.
Emmet, (1) dans son récent ouvrage sur la Pratique des maladies des femmes, rapporte également aux affections utérines : 1° des désordres nerveux réflexes et 2° des troubles fonctionnels réflexes. Il nous explique ensuite pourquoi telle affection utérine donne lieu à des manifestations sympathiques tout autres que celles développées par telle autre affection utérine. Les désordres cérébraux, les troubles nerveux réflexes seraient l'apanage des jeunes filles, qui, au moment de la puberté, auraient été soumises à un travail intellectuel exagéré : il incrimine fortement le surmenage.
« La femme, ajoute-t-il, qui à été élevée à maintenir ses émotions à un degré convenable de discipline, et chez laquelle elles ont été tenues en échec par une occupation saine du corps et de l'esprit, néchappe pas nécessairement à tout degré de trouble, mais elle sera plus exposée à souffrir de certains symptômes réflexes qu’on peut directement reporter à Paction du plexus solaire. :
L'estomac sympathise fréquemment par action réflexe, comme le montrent les nausées, les troubles de la digestion et les maux de tête dyspeptiques. L'action du foie devient irrégulière, les intestins sont constamment distendus par une accumulation de gaz, et parfois il y a de la diarrhée. Il n’est pas un organe dans le corps qui ne puisse sympathiser avec un état maladif des organes de la génération. »
Nous occupant des sympathies utérines, nous ne saurions passer sous silence quelques exemples de réflexes utérins, que
(1) Emmer. — La pratique des maladies des femmes (1887)
nous trouvons signalés dans la thèse de M. Lichtwitz. (1){Ces faits nous montrerons jusqu’ou s'étend l'influence de l'utérus. Nous citons textuellement : «Il existe une relation intime, chez la » femme principalement, entre les organes génitaux et les » muqueuses des voies respiratoires supérieures et des organes » des sens.
» Quand à ce qui concerne les fosses nasales, onrencontre très » souvent chez des femmes bien portantes, au moment des » régles, une congestion du tissu caverneux des fosses nasales » occasionnant même parfois des hémorragies assez impor- » tantes pour qu'on leur ait donné le nom « d’épistaxis » supplémentaires », dénomination qui n’est juste que lorsque » lesépistaxis remplacent complétement le flux utérin. Souvent » on voit survenir des saignements de nez à la période de » puberté, chez les enfants des deux sexes.
» M. John Mackenzie, dans son travail sur Pirritation des » organes sexuels comme moment étiologique dans la produc- » tion des affections nasales, dit avoir vu des affections » nasales s’aggraver pendant la menstruation ou par suite » d’une excitation sexuelle quelconque. Il a aussi observé que » les affections utérines et ovariennes ont une grande influence » dans Phistoire clinique des inflammations nasales et que ces » dernières résistent pendant qu’on ne traite pas les premières. » Il explique ces faits ou par une action réflexe, ou par le lien » qui attache les uns aux autres plusieurs ou tous les tissus » érectiles du corps.
» Il existe aussi, ajoute M. Lichwitz, des rapports entre les » organes sexuels et le larynx, tant à l’état physiologigue qu’à » l’état pathologique. M. Bayer, dans une communication faite » au Congrès international de Londres, en 1881, rapporte les
(1) LicaTrwirz. — Thèse de Bordeaux 1887.
» Cas de Landry et de Martineau dans lesquels des flexions et » des versions de l’utérus étaient la cause d’aphonie ou de » toux incessante.
« Les affections auriculaires sont également influencées par » les maladies utérines. M. Weber-Liel dit que: «des affections » utérines et même des fonctions normales dans la vie » sexuelle de la femme peuvent exercer une influence nuisible » sur les maladies d'oreilles existantes.
Après avoir brièvement signalé les principales réactions auxquelles donnent lieu dans l'organisme les affections utérines, nous allons, ces prémisses posées, étudier tout spécialement les troubles fonctionnels qui frappent la partie inférieure de l'intestin. L'étude de ces symptômes offre, il nous semble, quelque intérêt. Après leur avoir assigné une cause autre que la cause mécanique, nous montrerons comment ils peuvent aider au diagnostic des affections utérines : Faire ranger les troubles fonctionnels du rectum au nombre des symptômes fréquents des maladies utérines, les présenter comme dûs à Paction réfiexe, tel sera l’objet du chapitre suivant. La plupart des auteurs que nous avons cités, sans attacher la même importance que nous à ces troubles, nhésitent pas à les signaler et même à les ranger au nombre des phénomènes dûs aux nombreuses sympathies utérines.
Nous voulons, en un mot, montrer la place que ces symptômes doivent occuper dans la pathologie des affections utérines.
Nous publions à la suite de ce chapitre une observation recueillie dans le service de M. le professeur Vergely : elle résume, pour ainsi dire à elle seule, l'influence générale réflexe qu’exerce l'utérus pathologique sur lorganisme.