CHAPITRE MI
TROUBLES FONCTIONNELS RÉFLEXES QUI SE MANIFESTENT DANS LA PARTIE INFÉRIEURE DE L'INTESTIN
Il nous paraît inutile d’insister pour établir l'existence de ces troubles fonctionnels ; dans le chapitre précédent, nous avons pu voir que la plupart des gynécologistes signalent l’influence des affections utérines sur la partie inférieure de l'intestin. Constipation, diarrhée, envies illusoires d’aller à la selle, ténesmes, telles sont les manifestations pathologiques qui sont liées aux affections utérines. Les femmes accusent ces troubles, on les constate, tout le monde est d'accord sur ce point ; mais à quelle cause rapporter ces troubles ? quelle est leur fréquence ? Telles sont les questions en litige. Nous voulons essayer d’y répondre.
Tout d’abord, que dire de leur fréquence ? Les troubles fonctionnels de l'intestin n'occupent pas, à notre avis, dans la symptômatologie des maladies utérines, le rang qui doit leur être assigné en raison de leur fréquence. Bien qu’on les ait signalés, on semble n’y avoir attaché qu’une importance tout à fait relative. En effet, soit qu’on n’interroge pas les malades, à ce point de vue, soit qu’on considère ces manifestations pathologiques comme négligeables, soit qu'on ne veuille pas saisir la relation de cause à effet, on laisse souvent de côté ces
troubles fonctionnels, comme ne jouant aucun rôle dans l’affection utérine dont on est uniquement préoccupé. Nous ne craignons pas de dire que Papparition de ces troubles est presque constante dans les maladies de la matrice. La cause productrice que nous invoquerons plus loin expliquera du reste cette fréquence, dont on ne’peut douter, lorsqu'on à interrogé dans ce sens un certain nombre de femmes atteintes d’affections utérines. Au contraire, quelques gynécologistes ne voient apparaître ses désordres fonctionnels que dans des maladies chroniques, ou dans des affections ayant entraîné le déplacement de la matrice. Nous croyons cependant pouvoir les signaler dans la généralité de ces maladies, même les plus bénignes. Nous sommes presque tentés de dire : « Pas de maladies de l’utérus, sans troubles intestinaux. » La plus petite altération pathologique peut leur donner naissance ; nous ne nous avançons pas trop, puisque, chez bon nombre de femmes, le phénomène dela menstruation est très souvent prèécédé, accompagné ou suivi de ces troubles dont nous parlons: constipation ou diarrhée.
Churchill, tout en signalant ces symptômes, se contente de nous dire qu’ils ne sont pas à négliger. Du côté du rectum, la diarrhée, le ténesme, les hémorroïdes, les garde-robes glaireuses ou sanguinolentes, la constipation surtout, la plus fréquente et la plus préjudiciable des complications de voisinage, qui entretient la congestion pelvienne si défavorable à la cure, sont des sources d'indications secondaires sans doute, mais qu’il ne faut pas négliger. »
Citons Courty : Son opinion viendra à l'appui de nos affirmations ; après avoir traité la question des troubles généraux, il consacre une étude spéciale aux troubles fonctionnels du rectum. Tandis que les autres gynécologistes s'étaient contentés de mentionner ces symptômes, Courty, dans son récent ouvrage
sur les Maladies des femmes, a cru devoir en faire une description particulière.
Résumons ce chapitre : (1) on doit interroger les altérations fonctionnelles des organes qui avoisinent l'utérus, d’autant mieux qu'il est rarement malade, sans qu’ils en éprouvent quelque retentissement.
Les altérations de fonctions du rectum sont de nouveaux symptômes à ajouter à ceux que présente le reste du tube digestif. Elles ne sont pas constantes, mais elles se manifestent souvent, même chez les femmes, qui ne souffrent d'aucune maladie utérine. Elles peuvent aller jusqu’à jouer le rôle de cause relativement à celle-ci, sinon pour la produire, au moins pour Pentretenir et la compliquer.
Un premier fait à noter, comme une preuve de l'influence réciproque exercée par les fonctions de lutérus sur celles du rectum, est le suivant : beaucoup de femmes, même habituellement constipées, sont prises de diarrhée au moment où elles vont avoir leurs règles, ou pendant la durée de l'écoulement menstruel.
Aran (2) n’a pas négligé cette observation, très juste, dont le médecin peut tirer parti dans quelques circonstances. Les femmes ne s'y trompent gucre; lorsqu'elles voient paraitre cette diarrhée, elles savent que leurs règles ne sont pas loin. Quoique n’ayant rien de morbide et ne réclamant aucun traitement, ce phénomène n’en mérite pas moins de fixer l'attention, comme étant prémonitoire de l’arrivée des menstrues et donnant la mesure de l’extension que prend la fluxion pelvienne chez certains malades.
Si nous voyons apparaître ces troubles dans le simple phë-
(1) CourTx. — Maladies des femmes (1883). (2) ARAN. — Traité des maladies des femmes,
En nomène physiologique de la menstruation, nous devons nous attendre à les voir se manifester avec bien plus de raison lorsqu’il s'agira d’un phénomène pathologique, quelque benin qu'il puisse être.
Courty ajoute : « Un autre fait aussi important, c’est l’habitude de la constipation. Elle est assez fréquente chez les femmes pour qu’on puisse la regarder, dans certains cas, non pas comme une conséquence ou une complication, mais, en réalité, Comme une cause de la maladie utérine. Il faut donc s'enquérir si la constipation était habituelle et à quel degré elle l'était avant l'apparition de la maladie. Il est des cas dans lesquels elle n’a ni augmenté, ni diminué, avant ou depuis son début; mais, dans beaucoup d’autres, elle a augmenté dans de telles proportions qu’elle contribue, à n’en pas douter, à entretenir ou à prolonger la congestion qu’elle détermine dans tout le bassin. »
On pourra nous objecter que la constipation est la règle chez presque toutes les femmes ; mais cette constipation n'existe pas sans cause; nous en trouverons la raison, la plupart du temps, dans une affection latente de la matrice, ou même dans une simple excitation utérine.Il en est de même de la diarrhée, . qui a souvent son point de départ dans le même organe.
Comment agit l'affection utérine dans la production de ces troubles? En un mot, à quelle cause les rapporter? C’est l'étude de cette question qui fera l’objet du chapitre suivant.
CÉRAPRENIRE Re