A QUELLE CAUSE DOIT-ON RAPPORTER CES TROUBLES FONCTIONNELS
Avant d'entreprendre ce travail, il nous paraissait rationnel et facile tout à la fois d'attribuer les troubles fonctionnels de l'intestin à une cause mécanique : hypertrophie de Putérus, déplacements, etc. etc. Mais cette explication ne nous a plus suffi, lorsque, nous livrant à des enquêtes minutieuses, il nous a été donné d'établir que ces troubles fonctionnels existaient dans ces affections utérines où on ne pouvait nullement incriminer cette cause mécanique. Que vient faire cette raison, par exemple, dans le phénomène de la menstruation, et cependant nous avons déjà établi que, chez bon nombre de femmes, lapparition des règles amenait ces désordres; il en est de même de la métrite aiguë et chronique : dans l’une, l’hypertrophie est tout à fait insignifiante et, dans l’autre, insuffisante aussi pour agir directement par compression sur l'intestin. On peut encoreadmettrel’extension de lacongestion, de l’inflammation utérines aux organes voisins de lPutérus. Cette théorie a prévalu pendant longtemps et l’inflammation jouait le grand rôle dans toutes ces affections. Il y a du vrai dans cette explication ; mais, tout en admettant sa propagation et même son influence, nous nous réservons de montrer comment la conges-
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tion agit dans la production des troubles fonctionnels que nous étudions.
Ne pouvant nous rallier aux raisons alléguées, nous devions chercher une autre cause. Nous l’avons trouvée dans l’action réflexe qui doit s'exercer et s'exerce de l’utérus sur Pintestin. Exposons donc les raisons qui militent en faveur de cette théorie.
Tout d’abord, bien des gynécologistes, sans s'expliquer davantage, classent ces troubles fonctionnels au nombre des sympathies, qui ont leur point de départ dans la matrice.
De plus, l’action réfiexe peut et doit s'exercer entre l’utérus et le rectum; les éléments nécessaires y sont, et la moindre circonstance peut mettre cette action en jeu. Nous avons dit que ces deux organes avaient, au niveau de la quatrième vertébre lombaire, un cenire moteur commun qui, par lintermédiaire du plexus hypogastrique, établissait une union étroite entre eux et les rendait tributaires l’un de l’autre. Donc, lerectum qui a des rapports anatomiques et physiologiques si intimes avec l'utérus ne saurait échapper à l'influence générale réflexe qu’exerce la matrice. N’attribue-t-on pas à bon droit à l’action réflexe les nombreux troubles dyspeptiques qui apparaissent dans les maladies utérines ? Les vomissements dans la grossesse, les modifications des mammelles, les troubles nerveux de toutes sortes sont bien rapportés à des actes réflexes ! N’est-il donc pas naturel d'attribuer à la même cause des effets analogues se produisant dans les mêmes circonstances et à la même occasion ? Le tube digestif étant incontestablement soumis à cette influence réflexe, pourquoi donc cette position de l'intestin qui nous occupe y serait-elle soustraite ? L'acte réflexe s’exerçant de l'utérus sur le rectum, vu leurs connexions nerveuses, se comprend mieux quel’acte réflexe qui réagitsur les mammelles,
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sur le larynx, sur les fosses nasales, même sur l'estomac et sur leitoie:
Du reste, nous n’avonsété amenés à admettre l’action réflexe
que parce qu'aucune autre cause ne pouvait être invoquée pour expliquer la diarrhée ou la constipation qui apparaissent même au début des affections utérines. Ces troubles fonctionnels surviennent parfois dès le début de Paffection, alors que toute cause mécanique est insuffisante à les expliquer, puisqu’elle n’existe pas. Une simple irritation utérine suffit pour déterminer l’action réflexe, et il semble même que lutérus est d'autant plus impressionnable qu’il est moins atteint. Au début d’une maladie utérine, il est dans toute son activité nerveuse; sa sensibilité n’est pas émoussée, il enregistre le moindre choc; la plus petite lésion, la plus petite irritation produit un ébranlement dans son innervation encore intacte; peu à peu, au contraire, sous Pinfluence de la maladie et des modifications de structure, sa sensibilité, son irritabilité s'émousse, s’habitue aux chocs et ne réagit plus avec la même intensité. Il n’est donc pas étonnant qu’une affection utérine, passant presque inaperçue, donne lieu parfois à des troubles appréciables. «Cela tient, dit Courty, à ce que l’utérus a de nombreuses sympathies dans l’économie, à ce que la plupart du temps une altération de cet organe, insignifiante en apparence, se fait ressentir par un retentissement local ou général hors de toute proportion avec elle-même, excite des troubles divers dans les organes du voisinage, des altérations fonctionnelles plus ou moins graves dans les principaux appareils de l'économie, enfin une réaction dont l'intensité dépasse celle de la cause qui l'a mise en jeu. Le plus souvent, les accidents sympathiques ou symptômatiques généraux l’emportent sur les accidents locaux. »
C’est ce qui arrive souvent pour l'intestin. Les troubles intestinaux dominent la scéne, tout le mal semble venir de là ; d’où
erreur de diagnostic possible contre laquelle tous les gynécologistes recommandent de se tenir en garde. La lésion utérine donne lieu à ces désordres et ne semble pas les expliquer, si on ne veut se retrancher derrière l’action réflexe qu’une simple irritation utérine à pu mettre en jeu.
Nous avons vu que les troubles fonctionnels de l'intestin n’étaient pas toujours en rapport avec la lésion utérine ; en un mot, les effets surpassent souvent la cause. Comment expliquer ces phénomènes, si ce n’est en les rapportant à un acte réflexe dont on formule ainsi la loi d'intensité : « La réaction, du moment qu’elle se produit, est toujours plus considérable que l'excitation, quelque faible qu’elle soit. »
Nous trouvons également dans Jaccoud (1),ces troubles rapportés à l’action réflexe. La constipation réflexe entre dans sa classification : « Elle ne saurait être mise hors de doute et l’on verra même que s’il existe fréquemment une lésion matérielle, soit des centres nerveux, soit des organes glandulaires, qui rendent compte des désordres observés soit du côté de la contractilité intestinale, soit du côté de la sécrétion, le plus souvent il est impossible de constater une altération quelconque, et la constipation ne peut être expliquée que par une action réflexe. Du reste, l'intestin est un des organes où les actions réflexes sont des plus évidentes. Les mouvements physiologiques qu’il exécute pour {la progression du bol alimentaire, les diverses sécrétions qui se produisent à sa surface sont sous la dépendance des pouvoirs réflexes. Si cette action ne peut être niée, lorsque l'impression se produit sur la surface interne de l'intestin, de même, elle ne peut l’être lorsque celle-ci a lieu au dehors de l'intestin, sur le péritoine par exemple, ou bien sur un autre point du corps. Du reste,
(1) Jaccoup», Dictionnaire (Tome IX, page 126.)
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ajoute-t-il, les faits pathologiques prouvent ‘d’une manière si évidente ce que j'avance, qu’il est impossible de nier aujourd'hui Pexistence d’une constipation réflexe. — (L. Martineau.) »