CHAPITRE VI
De certaines anomalies de constitution des parois abdominales.
donnant lieu à la projection en masse des viscères en certains points et pouvant simuler des hernies ou des éventrations.
A côté de la variété de hernies ventrales dont nous venons de parler, il nous à paru intéressant de rappeler certaines anomalies de constitution de la paroi de l’abdomen ; anomalies consistant dans une absence plus ou moins complète des parois musculaires de l’abdomen, sur une étendue plus ou moins grande.
Ces anomalies paraissent dues à un arrêt de développement d’origine congénitale, qu’il soit intervenu ou non pendant la vie intra-utérine un traumatisme ayant pu jouer un rôle, comme dans le cas du D' Chaplin que nous reproduisons ici.
Voici ce que dit à ce sujet Macready : « La faiblesse congénitale des parois abdominales en dehors des lignes semi-lunaires est une anomalie excessivement rare. Le
roue
défaut congénital de la paroi abdominale peut bien résulter dans une certaine mesure d’une vraie hernie, cas de Ghaplain. »
Dans certains cas, ces éventrations ne sont pas dues à uue absence partielle des parois abdominales, mais bien plutôt à un affaiblissement des muscles de la paroi qui se laissent distendre. Mais dans les observations que nous donnons 101, il s’agit bien de cas d’origine congénitale dans lesquels la paroi musculaire semble soit avoir été absente totalement soit n’avoir été représentée que par une aponévrose.
Avec le D' Chaplin il est permis de se demander si, comme cela a été avancé par Cruveilher pour certaines hernies diaphragmatiques congénitales, de se demander si la projection en masse des viscères abdominaux refoulant devant eux une paroi abdominale en voie de dévelop pement ne pourrait pas être la cause bien plutôt que la conséquence d’un arrêt dans ce développement.
De nouvelles recherches et observations viendront peutêtre un jour éclairer cette question encore confuse.
OBSERVATION I
(Dr Chaplin, Macready, In the Lancet, 15 novembre 1890.)
La mère du sujet observé étant au cinquième mois de la grossesse montait un escalier derrière un homme ivre, quand celui-ci roula, l’entraîna dans sa chute au bas de l’escalier. L'enfant néanmoins naquit à terme avec une légère anomalie du cœur et un pied équinet une absence partielle des muscles abdominaux. Actuellement (1890) il a dix-sept ans et travaille chez un imprimeur. Quand l'abdomen est au repos mêine dans la station debout, on ne voit rien d'anormal, Qu'il fasse un effort quelconque, une tu-
pt ur
meur apparaît dans chaque flanc : la tumeur du côté droit est plus volumineuse, elle occupe l'espace compris entre l’arc costal et la crête iliaque depuis la colonne vertébrale jusqu’à la ligne semilunaire du Spiegel. Cette tumeur est molasse et sé projette d'1 doigt 1/2 à 2 doigts de la paroi abdominale.
La tumeur du côté gauche est circulaire, tandis que celle de droite est ovalaire. La substance musculaire de la paroi abdominale au niveau des tumeurs semble faire défaut à ce point que, lorsque l’on saisit entre les doigts et le pouce la paroi du flanc, on a la sensa tion que cette paroi est une membrane.
Si l'abdomen est soigneusement examiné pendant le repos, on perçoit sur le pourtour des aires occupées par les tumeurs, des bords épais limitant ces aires et donnant l’impression qu’un ou plusieurs plans de la paroi abdominale manquent à ce niveau. Le segment externe (antérieur) du pourtour de la tumeur du côté droit correspondrait à une ligne verticale abaissée de l'extrémité de la 12° côte. Cette ligne marquerait aussi la limite la plus externe (postérieure) de la tumeur du côté droit. Le défaut de paroi s'étend en arrière jusquu bord de la masse sacro-lombaire.
OBSERVATION II
(Homer Gage, New-York méd. journ., 14 décembre 1889.)
Une tumeur analogue à celle décrite par le D' Chaplin et apparaissant pendant la toux a été observée sur une jeune fille de dixsept ans, du côté gauche de la poitrine elle paraissait dépendre d'une absence de cinq côtes.
OBSERVATION III
(Monro, Essay on crural hernie.)
Deux tumeurs réductibles du volume d’une tête d’enfant exis taient chez un enfant de six mois, juste au-dessous des fausses côtes Les reins qui étaient contenus dans ces tumeurs sortaient de la cavité abdominale par des ouvertures d’une largeur cousidéra-
—— Vo
ble. Probablement absence ou simplement faiblesse par défaut ou
arrêt de développement de la paroi à ce niveau.
OBSERVATION IV
(Martin, Annals of surgery, July 1890.)
Chez un petit garçon de neuf ans existait du côté gauche entre la crête iliaque et la dernière côte, une tumeur réductible du volume de 9 pouces à 9 pouces 1/2 et qui n’était autre qu’une hernie à travers une ouverture de la paroi due très probablement à une absence congénitale des muscles à ce niveau.
OBSERVATION V (personnelle.)
Un homme âgé de quatre-vingt-trois ans, observé en mai 1896, à l'hôpital de la Croix-Rousse, dans le service de M. le docteur Jaboulay. Lorsque cet homme est dans la station verticale, c’est à peine si l'on remarque un ventre légèrement globuleux et proéminent. Si nous le faisons placer dans le décubitus dorsal et que nous lui disons de faire un effort pour relever son buste, voici ce que nous remarquons : de chaque côté de ses muscles grands droits de l’abdomen, contractés et tendus, apparaît une tumeur volumineuse, s'étendant en hauteur de l’arcade fémorale à une ligne transversale passant à 2 centimètres au-dessus de l’ombilic. Chacune de ces tumeurs, de la forme d’un ovoïde allongé, remplit en largeur l'espace compris entre les bords externes des muscles droits, et l’arcade fémorale en dehors et en bas. Au-dessus de la crête iliaque, elle ne dépasse pas en dehors une ligne parallèle à l'axe du corps et passant par l’épineiliaque antéro-supérieure. Ces tumeurs se projettent à 3 centimètres én avant du plan des muscles droits. Dès que le sujet cesse de faire effort, tout rentre dans l’ordre et l’on ne trouve plus sur les côtés des muscles droits qu'une paroi flasque et d'aspect ridé.
Si nous ch:rchons à pincer cctte paroi entre deux doigts, on a la sensation, comme dans le cas du D' Chaplin (Obs. I), qu’un
A en
ou plusieurs plans de la paroi museulo-aponévrotique font défaut à ce niveau ou tout au moins sont réduits à une mince toile aponévrotique.
Interrogeons-nous ce vieillard sur ses antécédents, il nous raconte qu'il a toujours été bien portant jusqu’à cet âge avancé, où il est entré à l'hôpital pour une affection urinaire. Il nous dit qu’il a toujours vu ainsi que maintenant son ventre, qui ne l’a, du reste jamais géné. Il n’a pas été réformé et a fait huit ans de service militaire en Afrique. Il est teinturier de son état, veuf et a eu deux enfants, grands aujourd’hui et dont aucun n’est hernieux.
Nous pensons qu’il s’agit, dans ce cas, d’un défaut ou d’un arrêt de développement de la paroi musculo-aponévrotique de l'abdomen; par conséquent, d’une anomalie congénitale dont l’étiologie exacte nous échappe. Aussi est-ce là un cas fort intéressant et que nous avons tenu à signaler, espérant que d’autres seront observés et publiés, et fournir ainsi matière à une étude plus approfondie de ces sortes d'anomalies.