‹ Contribution à l'Étude des Abcès de la RateChapitre 13 sur 42 · OBSERVATION XIV. — ALBERT · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV. — ALBERT

Un cas d’abcès de la rate des pays chauds à pus stérile.

Cur..., 17 ans, jardinier dans un faubourg de Philippeville. Père et mère en bonne santé, deux frères morts jeunes, trois vivants. Comme antécédents personnels, on relève de nombreuses atteintes de malaria. Cest le seul trouble qu’il accuse ; dans l'intervalle des périodes d’accès, il jouit d’une santé parfaite ; les dernières fièvres, celles ayant précédé sa maladie actuelle, remontent au mois de janvier dernier, elles ont duré une huitaine de jours et n’ont présenté rien de notable.

Quatre mois plus tard, vers le 10 mai, il a été envahi de nouveau par les fièvres. Elles ont procédé d’une manière irrégulière, sans type défini, cela pendant un laps de deux semaines, puis, brusquement, le malade a été pris dans le flanc gauche d’une douleur extrêmement vive, lui arrachant des cris, s’exagérant pendant la respiration et principalement l'inspiration ; cette douleur attribuée au point de côté splénique habituel au cours des accès, ne s’est pas calmée les jours suivants ; au contraire, elle est devenue plus vive, et, chaque soir, elle subissait une exacerbation qui privait le malade de sommeil, La fièvre tombait le matin pour revenir le soir.

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Ce sont ces douleurs et cette fièvre persistante qui l’ont décidé à entrer à l’hôpital.

Examen du malade, le 10 juin 1900. — Jeune homme

anémié ; figure exprimant l’anxiété et la douleur. I

attire immédiatement l’atiention vers le flanc gauche. L'examen de la région montre aussitôt à trois travers de doigt au-dessous des fausses côtes et dans le flanc, une tuméfaction arrondie. La palpation permit de reconnaître de la fluctuation ; la tumeur se limite assez bien, elle a les dimensions d’une orange, la peau est mobile au-dessus d’elle, elle semble faire corps avec la rate ; celle-ci très hypertrophiée descend jusqu’à l’ombilic. Cette tumeur est manifestement un abcès.

L'ouverture est décidée, elle est faite au bistouri, après anesthésie à la cocaïne.

Aussitôt les muscles abdominaux incisés, le pus sort en quantité ; c’est un pus bien lié, blanc verdâtre, sans grumeaux ; des ensemencements sont pratiqués dans les milieux de culture usuels.

L’index introduit par la plaie opératoire pénètre dans une cavité de la dimension d’une grosse orange, cavité dont le fond est constitué par la rate et les parois par les muscles abdominaux ; il n’existe à un examen rapide de la surface splénique, aucune ouverture donnant accès vers l’intérieur de l’organe, et nous croyons un moment que l’abcès est extra-splénique, et situé entre la rate et la paroi abdominale, maïs il nous est donné de découvrir une fente où le doigt peut s’engager et nous pénétrons de la sorte dans une poche située en plein tissu splénique ; il n’est pas possible de se renseigner sur l’étendue de cette poche en raison de sa profondeur et du rapprochement des parois de Ia fente qui enserrent le doigt et gènent son exploration.

Il est sorti environ 150 grammes de pus.

A la suite de cette ouverture, le malade s’est trouvé soulagé. Le lendemain et les trois jours suivants, la fièvre s’est maintenue le soir aux environs de 39°, puis elle est tombée et le malade est entré en convalscence. Il a contracté une pneumonie qui a bien évolué et, deux mois après son entrée à l'hôpital, il sortait complètement rétabli.

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