HISTORIQUE
Pendants de longs siècles, les auteurs semblent n’'avoir pas considéré comme très intéressante la question des abcès froids des parois thoraciques ; c'est à peine si l'on signale leur présence dans cette région. On donne à cet état morbide les mêmes caractères qu'à toute collection purulente, sans s'inquiéter du point de départ de la maladie et de son étiologie réelle.
Boyer,dans son 7rarté des maladies chruroicales paru en 1821, dit, au chapitre des abcès du tissu cellulaire de la plèvre (Tome vi, page 330), que le tissu cellulaire qui unit la plèvre aux muscles intercostaux peut devenir quelquefois le siège d'un engorgement qui se termine par suppuration. Après une assez longue discussion au sujet de l’ouverture possible de l’abcès dans la cavité pleurale, 1l ajoute : « A l'ouverture de ces abcès, on trouve quelquefois une ou plusieurs côtes cariées, on attribue cette lésion des côtes au trop long séjour du pus et à son action sur le périoste ; mais 1l est plus probable
0e qu’alors les côtes ont été primitivement affectées, et que leur carie a été la cause et non l'effet de la suppuration. » Boyer conseille le traitement alors usité dans tous les cas de carie.
En 1829, Menière, ancien interne de l’Hôtel-Dieu de Paris, ayant eu l’occasion d’observer plusieurs cas d’abcès froids des parois du thorax, fit, dans les Archives générales de médecine, une communication. (1829, Tome xx1, page 381, et 1830, Tome xx, page 59. Observations et réflexions sur les abcès chroniques qui se développent sur le trajel des côtes.) Sans donner comme cause sinon spéciale du moins assez générale de ces abcès, une lésion osseuse, cet auteur publie des observations qui paraissent se rattacher à des lésions des côtes ; témoin cette observation prise dans le service de Dupuytren, dans laquelle l’autopsie démontra, sur la huitième côte, l'absence du périoste, des rugosités dans l'étendue d’un demi-pouce, de l’épaississement et de l'infiltration purulente du périoste environnant, enfin un ramollissement de la plèvre correspondante, dans une étendue de quatre à cinq lignes, ramollissement ayant donné lieu à des adhérences celluleuses anciennement organisées. L'auteur paraît avoir voulu signaler la fréquence de ces abcès sans trop se préoccuper de leur mode de formation.
Pendant la période de temps qui s’écoula entre 1830 et 1849, les auteurs rattachent la présence de ces abcès à une pleurésie plus ou moins ancienne. Parise, dans un mémoire publié dans les Archives générales de médecine de 1849 (De l'ostéophyte costale pleurétique ou recherches sur une aliération particulière des côtes dans la pleu-
BAPE des résie), rapporte un nombre respectable d'observations qui sembleraient militer en faveur de son opinion. Il attribue les transformations que subissent les côtes au rayonnement inflammatoire de la pleurite. Nélaton, dans son ouvrage intitulé : Æ/éments de pathologie chiruroicale, dit, en parlant des abcès froids du thorax : « Il n’est pas rare de voir se développer dans les parois de la poitrine des abcès froids idiopathiques. Ceux-ci ne présentent rien de particulier dans cette région, nous ne nous y arrêterons donc pas. » S’occupant alors, dans un paragraphe spécial, des abcès symptomatiques de la carie des côtes, 1l les diviseen trois classes : 1° Les abcès extérieurs aux côtes et aux muscles intercostaux. « Ceuxci, dit-il, ne présentent rien de particulier, ils offrent tous les caractères des abcès froids qu'on remarque dans les autres régions du corps et ils doivent être vidés de la même manière que les autres par la ponction ou par. l'incision. »; 2° Ceux dans lesquels le pus fuse entre les deux muscles intercostaux correspondants et vient se frayer un passage entre les feuillets fibreux que forme la gaine de ces muscles et donner lieu à une collection purulente dans le point où les muscles intercostaux externes viennent à manquer ; 3° Ceux où le pus se réunit en foyer dans le tissu cellulaire sous-pleural ; il conseille contre ces lésions la cautérisation, la rugination et la résection. Après lui, Vidal de Cassis, dans son 7yaité de pathologie externe ef de médecine opératoire, semble se rapprocher de l'opinion ancienne qui attribue la priorité de l1 lésion non à la côte mais à une suppuration prolongée produite par la fonte des organes voisins. Îl reconnaît, malgré cela, l'importance de la lésion primitive de l'os,
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et dit : « Le plus souvent, quand on dit qu'il y a abcès froid, il y a altération de l'os et c’est de lui que vient la suppuration. C’est alors qu’on doit craindre surtout de voir le pus se porter vers la cavité pectorale, car ce pus est tout d’abord en contact avec la plèvre. »
Avant cette époque, une théorie nouvelle s'était fait jour avec l'appui de la médecine militaire qui crut, après de nombreuses observations d’abcès froids des parois thoraciques sans présence de pleurésie récente ou ancienne, devoir rattacher l’existence de ces abcès au frottement des cuirs et buffleteries qui entrent dans l’équipement du soldat. Beurdy, dans sa thèse inaugurale, faite sous l'inspiration du baron Larrey, soutint cette opinion. Sédillot, dans une communication à la Société de chirurgie, donna comme point de départ àces phlegmasies une cause toute mécanique.
C'est à peu de temps de là que parut le mémoire de Leplat, agrégé du Val-de-Grâce, mémoire publié dans les Archives de médecine de 1865 (Des abcès de voisinage dans la pleurésie, pathogénie et étude clinique des abcès des parois thoraciques.) Dans ce mémoire, Leplat reprend un des côtés de l’opinion ancienne et se demande pourquoi, puisqu'on admet qu’une lésion des organes voisins de la plèvre peut, par propagation, communiquer son inflammation à la plèvre, la réciproque n'existerait pas; il donne à ce sujet une série d'observations qui lui paraissent concluantes.
Cette théorie fut combattue, quelques années plus tard, par Choné (Thèse de Paris, 1873 : Æfude sur une variêté d'abcès froids thoraciques.) Dans ce travail fait sous l'inspiration de M. le professeur Gaujot, Choné re-
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connaît à chacune des théories une part de vérité, mais il croit qu’on pourrait ouvrir une autre classe renfermant les abcès dus à une périostite externe des os sous-jacents. Pour lui, le périoste ne suppure pas, mais son épaississement, agissant comme corps étranger, amènerait la fonte purulente du tissu cellulaire avoisinant. C’est ce que M. le professeur Gaujot appelle la périostite phlegmoneuse simple.
Cette théorie fut admise par M. Duplay, qui s’en affirma partisan dans une leçon faite à l'hôpital Saint- Louis et relatée dans la Gazefte hebdomadaire de 1876. Il divise les abcès des parois thoraciques en trois classes : 1° abcès froids ordinaires occasionnés par la fonte des ganglions lymphatiques de l’aisselle ; 2° abcès froids périostiques ; 3° abcès ossiffluents. Ce fut à l’occasion de cette leçon que M. le professeur Verneuil écrivit dans le Progrès médical de 1876 une lettre à M. Duplay, dans laquelle il admet les abcès froids, les abcès ossifluents, les abcès sympathiques des affections profondes de la plèvre et des poumons, mais en niant la présence des abcès périostiques tels que les entend M. Duplay. Pour M. Verneuil, le point de départ des abcès froids des parois thoraciques est, dans ce cas, dans l’inflammation de la bourse séreuse localisée dans la région intermédiaire entre le petit pectoral qui recouvre les troisième, quatrième et cinquième côtes, le grand dentelé qui étend latéralement ses digitations depuis la dixième côte jusqu’à la première, le grand droit de l'abdomen qui couvre en bas et en avant les cartilages des cinquième, sixième et septième côtes, le grand oblique qui
LATE tapisse la portion osseuse des huit dernières côtes. C’est cette disposition et cette opinion que Vesseaux soutint dans sa thèse inaugurale (Paris 1879, Contribution à l'étude des abcès froids idiopathiques des parois du thorax). ‘Pour M. Verneuil, ce serait un véritable hygroma de cette bourse séreuse qu’il faudrait considérer comme point de départ de ces abcès.
Dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, M. le professeur Paulet, dans un remarquable article sur les côtes, conclut au sujet des abcès froids des parois du thorax, avec Choné :
1° Que parmi les diverses variétés d’abcès thoraciques, il en est une dont le point de départ est une périostite phlegmoneuse simple à marche subaiguë ;
2° Que les deux causes invoquées, l’une par Larrey, l’autre par Leplat, ne sont pas efficientes mais déterminantes ;
3° Que la périostite costale se développe chez un sujet, prédisposé par de mauvaises conditions hygiéniques, sous l'influence de ces causes.
Si nous résumons cet historique en quelques mots, nous verrons que les abcès des parois thoraciques sont attribués, dans l’état actuel de la science :
1° À des lésions des côtes, carie, nécrose, etc., et cela par tous les chirurgiens ; les uns n’invoquant que cette cause, les autres la considérant comme rare ;
2° À une périostite externe (Gaujot, Choné, Paulet et Duplay) ;
3° Suivant Leplat, Legrand, etc., les lésions pleuropulmonaires pourraient fréquemment les déterminer ;
4° D'après Verneuil et Vesseaux, les bourses séreuses
D de intra-musculaires de la paroi thoracique pourraient, en s'enflammant, devenir le siège de ces abcès.
Il est bien entendu que nous ne nous sommes occupé que des abcès profonds. Les collections purulentes ayant leur origine dans les ganglions de l’aisselle, les gommes tuberculeuses du tissu cellulaire sous-cutané ne doivent pas rentrer dans le cadre de nos études.
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