OBSERVATION IV
Communiquée par M. Besson, externe des hôpitaux.
Le nommé N.…., Pierre, âgé de 32 ans, entre le 6 février 1884, salle Sainie-Vierge, lit n°6, dans le service de M. le professeur Gosselin, suppléé par M. Terrillon.
Parents bien portants, non tuberculeux. — Dans sa jeunesse, santé faible. — Maux d’yeux. — Convulsions à l’âge de 4 ans, à la suile desquelles, dit-il il, a conservé un strabisme interne convergent de l'œil gauche.
Dans son pays‘il a travaillé dans une fabrique de sucre : son métier était très pénible; de plus il était mal nourri et abusait de l'alcool.
Il y à cinq ans, il eut un abcès au niveau de la partie inférieure et latérale de la poitrine, à gauche; il se développa lentement, et devint gros comme le poing; il ne s’accompagnait d'aucune réaction inflammatoire ; il le fit ouvrir : une masse de pus s'écoula, et continua à couler pendant très longtemps par un trajet fistuleux puisque ce n’est que trois ans après que tout écoulement se tarit.
Il y à trois ans, il eut au bras gauche un abcès développé de la même facon, que l’on ouvrit, et qui finit par guérir lui aussi, en laissant une cicatrice irrégulière.
I y à deux ans il quitta son pays, vint à Paris, où il gagna péniblement sa vie comme homme de peine, mal nourri, sSurmené, sa santé s’affaiblit encore ; il commença à tousser, ses forces diminuèrent, et il commença à maigrir beaucoup.
La série d’abcès froids continuait ; il en eut un volumineux à la cuisse droite, un autre sur la partie moyenne du sternum, et un autre enfin, sur le côté gauche du thorax, plus important pour lequel il entre à l'hôpital.
Il commenca à se montrer il y a trois mois, devint bientôt gros comme le poing el s’ouvrit enfin en laissant écouler une
masse de pus, et en laissant ure large fistule. Celle-ci siège sur le côté gauche du thorax, sur le trajet de la ligne axillaire, au niveau de la neuvième côte. Elle est entourée d'une peau rouge et amincie.
On y introduit une soude et on constate que sur une élendue de 3 à 4 centimètres dans tous les sens la peau est décollée. — L'instrument ne rencontre pas de point de dénudation osseuse, mais on peut l'engager dans un orifice qui parail s’enfoncer dans le thorax, le faire pénétrer profondément, el lui faire décrire des mouvements dans tous les sens comme s'il était dans une vaste poche. — Elle parait avoir 15 ou 16
centimètres de hauteur, — à chaque mouvement de toux, il
sort par la fistule du pus mêlé à de l'air.
L'apparence en somme est la même que s'il y avait une pleurésie purulente ouverte à l'extérieur.
Le côté gauche de la poitrine n'est pas rétracté, les côtes ‘ont le même mouvement d'expansion qu’à droite; la mensuration donne même mesure à droite et à gauche. Dans toute la moitié inférieure du thorax, à gauche, les vibrations
thoraciques sont supprimées; la matité de même est com-
plète en arrière, et il y a une sonorité tympanique au niveau de la fistule. — Enfin, dans la même zône, il y a silence respiratoire complet. LE
Toute la moitié inférieure et gauche de la poitrine parait . donc occupée par une vaste poche purulente.
Le reste du poumon est malade : aux sommets, matité en avant et en arrière, avec craquements, ràles sous-crépitanis, souffle caverneux à droite, et râles sibilants disséminés dans le reste des poumons. |
Les poumons sont donc profondément altérés par la tuberculose, ce qui s'accorde bien avec l'aspect intérieur du malade qui est très maigre, à ongles hyppocratiques et a une expectoration purulente nummulaire. — Il raconte que tous
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les soirs il a des frissons et de la fièvre, que sa voix a commencé à s'enrouer depuis deux mois, qu’il a perdu l'appétit, qu'il a de la diarrhée incoercible. — Il n’a rien eu qui ressemblät à une pleurésie et n'a jamais eu de vomique.
Sur le reste du corps on trouve les cicatrices des anciens abcès. — Ce malade est donc un phthsique avancé. — La vaste collection qu'il porte du côté gauche, précédée de la série non interrompue des abcès froids, doit donc être rapportée vraisemblablement a un abcès froid péricostal: Ce fut l'opinion de M. Terrillon.
n’y avait pas à songer à une intervention : la phthisie suivit son cours, et le malade mourut 45 jours après son entrée à l'hôpital.
Il était intéressant de vérifier l’état anatomique de la poche purulente. ;
L'autopsie montre que c'était bien un abcès périostique : en dehors du poumon gauche qui, ainsi que le droit, était semé de tubercules et creusé de cavernes, séparé de lui par un épaississement considérable de la plèvre, la poche occupait une vaste surface de la partie inférieure du thorax; son étendue transversale était de 16 centimètres et la verticale de 13. — La surface interne était granuleuse, irrégulière, friable, elle ne portait pas trace de cloisonnements. — Une côte en un point était le siège d’une érosion large et peu profonde, et immédiatement au-dessous se trouvait l’orifice interne du canal très court que le pus avait suivi pour parvenir à la poche extérieure : celle-ci était limitée en dedans par le périoste et une pseudo-membrane granuleuse, en dehors par la peau dont la face profonde était ulcérée.