‹ Contribution à l'Étude des abcès froids périostiques du thoraxChapitre 20 sur 27 · OBSERVATION HI · texte numérisé non relu

OBSERVATION HI

Communiquée par M. Panné, interne des hôpitaux.

La nommée B..…., Estelle, àgée de 17 ans, demoiselle de magasin, entre le 4 mars 1864, salle Sainte-Catherine, lit n° 49, dans le service de clinique du professeur Gosselin, suppléé par M. Terrillon.

Sa mère est atteinte de bronchite chronique : son père bien portant : deux de ses frères sont morts en bas âge de méningite, un autre frère de 9 ans a une santé très mauvaise.

Dans son enfance elle a eu des glandes au cou, des gour- : mes, des maux d’yeux : à 5 ans, rougeole qui n’a pas eu de complications. — Depuis, sa santé a été fréquemment troublée par des bronchites, des palpitations, de l’anémie, des points

de côté, mais elle n’a jamais eu de pleurésie. “euil

Elle est demoiselle de magasin, reste toute la journée debout, vit dans une boutique où l'air et la lumière n’ont pas droit d'entrée, enfin est mal nourrie.

Depuis un an et demi elle a été plus particulièrement souffrante; elle est mal réglée, a tantôt des retards, tantôt des pertes abondantes et prolongées, et dans l'intervalle des flueurs blanches. — Enfin elle ressent d'une facon intermittente des douleurs dans le bas ventre et dans le côté gauche. cu :

Depuis trois mois ce point de côté a augmenté et s’est installé en permanence, en se localisant à la partie latérale et moyenne du côté gauche. j

Bientôt en ce point apparaissait un gonflement très douloureux, qui acquit à la longue les dimensions qu'il possède

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aujourd'hui; un péu plus tard, il y a quatre semaines, une autre grosseur débutait en bas et en avant de la première.

Une toux plus tenace que d'habitude avait commencé depuis le début de la première grosseur : la malade avait graduellement perdu l'appétit, maigri et pâli encore plus. — Aussi un médecin qu’elle consulta en ville lui conseilla-t-il d'entrer de suite à l'hôpital.

A son entrée, elle présente l'aspect général de la tuberculose : mince et blonde, elle est d’une grande pàleur ; son visage est amaigri, ses lèvres et ses paupières décolorées. — Sa poitrine laisse voir les côtes en relief; les dépressions sus et sous-claviculaires sont très prononcées.

Sur le côté gauche du thorax, à la partie moyenne, le long de la ligne axillaire, et en arrière du sein de 5 ou 6 centimètres on trouve une grosseur volumineuse, allongée obli- ‘quement selon le trajet des côtes. — La peau qui la recouvre est normale; la sensation de fluctuation qu'on y trouve est fort nette; elle est peu douloureuse à la pression, non réductible, même partiellement, et non influencée par les secous-

ses de toux.

à Au-dessous, et un peu en avant, une seconde grosseur atteint le volume d'une noix dont elle a la forme :elle est fluctuante, non réductible, recouverte par une peau rouge, et très douloureuse à la pression.

L'examen des poumons démontre nettement qu'ils sont atteints par la tuberculose : aux sommets matité très nette, à gauche surtout, augmentation des vibrations ; à l’auscultation en avant, ràles sous-crépitants moyens et souffle tubaire à droite ; à gauche, craquements humides et léger souffle. — Les signes sont de même nature en arrière, mais moins accentués : quelques ràles sibilants et sous-crépitants dans le reste du poumon, — Il n’y a pas de signes de pleurésie ni à droite, ni à gauche.

La jeune fille ne présente sur le reste du corps aucune autre lésion appréciable ; le diagnostie d’abcès froid périostique est porté.

9 mars. — Une double ponction aspiratrice est faite : de la grande poche on retire une centaine de grammes de pus, jaunâtre, mais mal lié; de la petite, 30 grammes à peine; c'est donc bien deux abcès froids, et de plus, l'examen mieroscopique, en y révélant la présence de bacilles, démontre leur origine tuberculeuse. — L'opération est remise à quelque temps de là, vu l’état de faiblesse de la malade, et on la soumet à un régime forlifiant (vin de quinquina, huile de foie de morue, viandes saignantes).

19 mars. — L'opération, comme toujours, consiste dans l'ouverture de la poche, avec grattage consciencieux de la paroi: au niveau de l’abcès supérieur, on trouve la côte dénudée, enflammée, à surface irrégulière ; mais cette lésion parait être assez superficielle, et le rugination n’a besoin d'enlever que 2? ou 3 millimètres de substance osseuse pour faire apparaitre une surface de bon aspect. — Le bord inférieur et supérieur de cette côte sont mis à nu aussi, mais la poche ne les contourne pas pour devenir sous-costale, ces prolongements légers sont grattés et ruginés avec soin. — Au niveau de l’abcès inférieur, la côte est saine et recouverte d’un périoste qui semble respecté dans sa partie profonde. — Les deux cavités sont débarrassées le plus complètement possible de la membrane d’enveloppe qui est mise de côté pour être examinée au microscope. — Le pansement de la plaie consiste en ligature de quelques petites artérioies, cautérisation avec une solution phéniquée au dixième, drains, suture de la peau et pansement méthodique de Lister.

Les fragments de membrane examinés au laboratoire du service de la clinique sont de nature tuberculeuse: on y trouve des follicules tuberculeux.

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Les pansements ultérieurs sont faits avec grand soin: la sécrétion purulente par le drain continue à être abondante, malgré les fréquentes injections détersives phéniquées.

La fièvre traumatique n’est pas lrès intense: mais elle se continue après 6 à 8 jours par des accès de fièvre survenant chaque soir, el élevant la température du corps à 38° 5: le matin, la température est normale.

La malade maigrit encore et ne recouvre pas l'appétit. Elle est soumise au régime de la poudre de viande (100 grammes par jour, dans le rhum). — En même temps des crayons d'iodoforme sont introduits journellement dans les fistules qui sont restées après l'enlèvement des drains. — Sous leur influence la sécrétion diminue de plus en plus, et le crayon d'iodoforme, qui dans les premiers jours s’enfoncait de 7 à & centimètres dans la fistule supérieure, a besoin d'être réduit de plus en plus.

Cependant, ce n’est pas avant la fin du mois d'avril, c'està-dire un mois et demi après l'opération, que la cicatrice est complètement formée et la sécrétion tarie.

mai. — La malade s’est peu à peu rétablie: elle sort tous les jours dans le jardin, elle tousse moins, elle a repris quel ques couleurs et engraisse: enfin les signes d’auscultation du poumon sont devenus beaucoup plus favorables, et le dernier examen qu’on a fait à la fin du mois de mai montre que le souffle caverneux du sommet droit a disparu; que les râles sont rares el moins gros, et que quelques craquements seuls subsistent.

A ce moment on est obligé d'’inciser un nouveau petit abcès formé à la partie supérieur de la grande cicatrice, et qui guérit très rapidement.

Dans les premiers jours de juin la malade sort, considérablement améliorée dans son état général, et guérie au moins temporairement de ses abcès froids.

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