OBSERVATIONS
OBSERVATION I (Personnelle).
Raoul V.…., Agé de 15 mois, est conduit à la consultation de l'hôpital Trousseau, le 9 janvier 1806,
Les renseignements fournis par les gens qui l’apportent, et ne sont point ses parents, sont à peu près nuls. Ils affirment cependant que l'enfant était très bien il y a un mois; depuis vingt jours, il aurait de la peine à respirer et à avaler. Vu par un médecin depuis quinze jours. Un mot du médecin porte le diagnostic d’abcès rétro-pharyngien.
Actuel. — Le petit malade attire de suite l’attention par des accès de suffocation répétés. A la simple inspection, on voit le côté droit de la région supérieure du cou extrêmement tuméfié et soulevé par une masse oblongue, dirigée en bas et en avant; cette tumeur soulève le bord antérieur du sterno-mastoïdien dans son tiers supérieur et va jusqu'à l'angle de la mâchoire en avant, son volume est au moins celui d’une mandarine. Autour il y a de l’œdème du cou, et la peau est un peu rouge. À la palpation, on constate la fluctuation des plus nettes et la douleur à la pression et dans les mouvements de la tête.
Par la bouche, rougeur de la gorge, tuméfaction irrégulière comme une très grosse noix sur le côté droit du fond du pharynx ; fluctuation et transmission du flot au dehors.
Incision par la voie externe, le long du bord antérieur du sterno-mastoïdien, au point déclive et fluctuant. Il s'écoule une jncroyable quantité de pus vert et très fétide.
L'abcès vidé, on ne sent plus rien dans le pharynx. Drainage, pansement iodoformé.
13 janvier. L'enfant va très bien, il ne souffre plus du tout, se nourrit bien et respire librement. Les pansements sont continués.
15 janvier. On raccourcit le drain.
Depuis on l’a enlevé, l'abcès s'est très rapidement comblé et, le 27 janvier, la guérison était complète
L'examen bactériologique du pus, recueilli dans une pipette stérile, a montré qu’il contenait des staphylocoques dorés et des staphylocoques blancs. (Lamelles. Cultures.)
OBSERVATION II (Personnelle).
Louis A..…., 3 ans 1/2, entré à l'hôpital Trousseau, le 9 janvier 1806. Pavillon des douteux, service de M. le docteur Comby.
Antécédents. — Cet enfant est né à terme, respirant mal; on a dû lui faire de la flagellation pendant une demi-heure. Elevé au sein jusqu’à 2 ans 1/2, cet enfant est très sujet aux spasmes glottiques, il aurait été pris d’accès de suffocation tous les quatre ou cinq mois. On le traitait par des potions calmantes.
Pas de rachitisme, l’enfant a eu la rougeole douze jours avant son entrée dans le service.
Le 4 janvier, il a été pris d’un accès de suffocation qui a duré cinq heures ; depuis lors, il en aurait eu une dizaine.
Etat actuel. — Le petit malade est pâle, les yeux un peu bouffis, il tire fortement, avec double dépression et saillie, des veines du cou. L'inspiration est sonore, allongée et très pénible, l'expiration est éteinté et sifflante, 42 expirations par minute; la voix est presque complètement éteinte.
On ne voit absolument rien qu'un peu de rougeur à l’examen de la gorge.
Traitement. — Bains sinapisèés, compresses chaudes autour du cou, vaporisations, : gramme d’antipyrine, valérianate d’ammoniaque 10 gouttes.
A 1 heure du matin, tirage extrême, cyanose, asphyxie menaçante. Tubage (1) d'urgence, grand lavage, potion avec du bromure de potassium, du chloral, de la belladonne. Les cultures de la gorge ne donnent pas de bacille diphtérique. 3
13 janvier. Détubage. Suffocation, obligation de retuber immédiatement.
15 janvier. Détubé, retubé d'urgence, menaces d’asphyxie, quelques râles bronchiques. Bain sinapisé.
16 janvier. Détubage. huile mentholée. Calmé relatif jusqu’au 17. Retubage d'urgence. |
19 janvier. Détubé, retubé immédiatement. On s’aperçoit d’une petite tuméfaction sur le côté gauche du cou, près de l’union de la trachée et du larynx. Cette tumeur semble profonde; elle n’est pas manifestement fluctuante
20 janvier. Œdème autour de la région tuméfiée, qui a un peu augmenté de volume, a franchi la ligne médiane en avant des
(1) Les tubages et détubages ont tous été faits par M. Bayeux interne du service. ù
Eee voies respiratoires et forme comme une seconde bosselure sur le côté droit. Fluctuation à peu près nette, peu de rougeur. À 11 heures 1/2, incision à gauche au point fluctuant, le plus bas possible ; issue d’une quantité de pus au moins triple de ce que le volume de l’abcès eut permis de supposer. On sent un prolongement de la poche en haut et en dedans vers la paroi latérale du pharynx. Drainage, pansement iodoformé.
21 janvier. Détubage ; on porte avec la seringue de Bayeux un peu d'huile cocaïnée. Cette fois l'enfant reste très bien sans tube.
La température, qui avait oscillé entre 39° et 40°, tombe à 37° le 23 janvier, pour y rester. La voix, un peu voilée d’abord, revient peu à peu. L'état général se relève. |
Depuis, les pansements ont été continués et les suites ont été simples. Le 1er février, le malade sort guéri.
Examen bactériologique du pus. — Le pus de cet abcès contenait quelques staphylocoques dorés et du streptocoque virulent en abondance. L’inoculation du streptocoque à un lapin a donné un abcès à streptocoques.
Remarque. — En somme, dans cette observation, on voit qu'il s'agissait d’un abcès péripharyngien ayant fusé en bas et en avant, d'où les symptômes dyspnéiques graves, chez un sujet d’ailleurs nerveux. Le tubage ne faisait donc que combattre un symptôme et non la cause ; et, sans doute, les accidents respiratoires eussent cédé plus tôt, si l'on avait eu l'attention attirée plus vite vers cet abcès péripharyngien, qu'on avait méconnu.
OBSERVATION IIT (1)
Léonie D.…., âgée de 8 mois, entre le 12 octobre 1892, à l'hôpital Trousseau, salle Bouvier, n° 18. Service de M. le docteur Legroux.
L'enfant élevée au biberon, était devenue maussade depuis trois ou quatre jours, elle pleurait souvent et n’avait plus son entrain ordinaire. Dans la nuit du 11 au 12 octobre, elle fut prise d’un accès d’étouffement. La mère l’attribuant au croup, conduit l'enfant à l'hôpital le 12 octobre au matin; l’admission est faite d’urgence et la petite malade placée au pavillon d’iso-
lement de la diphtérie. Ce même jour, M. Legroux examinant l'enfant, remarque que la voix n’est pas éteinte et que la toux n'est pas rauque ; cependant il y a du tirage sous sternal assez intense.
A l’examen de la gorge, on ne trouve pas trace de fausses membranes, mais on constate une rougeur assez vive, et comme une saillie une légère proéminence en avant du fond du pharynx, surtout à gauche, entre l’amygdale gauche et la luetts. Au toucher, cette tuméfaction est molle et fluctuante, le doigt qui la presse perçoit nettement le choc en retour, et on ne sent pas à ce niveau la face antérieure dure et résistante des premières vertèbres cervicales comme au palper d’un pharynx sain.
D'autre part. sur le côté latéral gauche du cou, il existe une masse assez volumineuse faisant une saillie notable et bien nette.
(1) Nous devons cette observation et les suivantes à la bienveillance de M. le docteur Broca, notre maître.
ode
M. Legroux pense qu'il s’agit alors d’un abcès rétro-pharyngien.
M. Broca, appelé pour examiner l'enfant, partage cet avis et ouvre le matin même l’abcès avec un bistouri garni de diachylon à la partie inférieure de la lame. Il s'écoule un flot de pus verdâtre.
Cette incision est suivie de fréquents lavages de la bouche avec de l’eau boriquée chaude.
13 octobre. La dyspnée a complètement disparu et avec elle Le tirage sous-sternal.
Du 13 octobre jusqu’au 25, l’enfant va bien et ne présente rien de spécial. ,
25 octobre. Apparition d’abcès multiples, siégeant sur l’abdomen, sur les fesses, au cuir chevelu. Ces abcès sont largement ouverts et isolés, avec des pansements au collodion. La température qui jusque-là était restée normale, monte à 38° et à 38°2. À la suite, l’enfant commence à maigrir.
10 novembre. L’amaigrissement ne cesse de progresser depuis l'apparition des abcès, qui continuent à se former partout sous la peau. En même temps apparaît sur les jambes une éruption de pustules d’echtyma.
12 novembre. L'état général devient de plus en plus mauvais. La température est à 38°3. Diarrhée intense et rebelle.
14 novembre. Décès.
A utopsie.— Le 15 novembre, à l’autopsie, on ne trouve rien dans les viscères : pas d'abcès métastatiques, pas de tuberculose nulle part, pas de méningite. Les abcès siègent seulement sur la peau.
Du côté du pharynx examiné avec soin, tout semble complètement guéri.
(Cette observation a été recueillie par M. Louis