DE L'HYPERTENSION ARTÉRIELLE TRAUMATIQUE
Si les lésions cardiaques d’origine traumatique sont bien connues du point de vue clinique et anatomo-pathologique, par contre l'hypertension artérielle traumatique voit son étude entravée par de nombreuses difficultés. Tout d’abord affirmer le rôle d’un traumatisme dans la genèse d’une hypertension artérielle essentielle ne peut être qu’une hypothèse, tant que la pathogénie de cette affection ne nous sera pas mieux connue. De plus les observations de cette maladie sont rarement rencontrées (il en existerait quinze mondiales, selon AUDIER, TADDEr et RASMUSSEN) et les contrôles anatomo-pathologiques n’ont jamais été pratiqués.
L'hypertension artérielle d’origine traumatique constitue donc un chapitre assez déshérité de la pathologie traumatique viscérale. Cependant il est intéressant, à l’occasion d’un cas de cette maladie observé en surexpertise, d'examiner et de présenter les données actuellement acquises dans ce domaine.
En premier lieu, la clinique montre deux aspects différents de cette question. Un traumatisme a pu survenir chez un sujet assez âgé en général, et présentant déjà une hypertension artérielle. Dans ce cas, l’évolution de la maladie se trouve généralement hâtée et des complications graves peuvent apparaître immédiatement.
Il est beaucoup plus délicat, pour le médecin-expert, d'établir chez un adulte jeune, victime d’un traumatisme cranien, l’imputabilité de la maladie à ce traumatisme seul. Chez ce sujet en effet, à peine affecté sur le coup par l'accident, l’on peut assister peu à peu à l’apparition de troubles généraux, céphalées, palpitations, et la prise de la tension artérielle révèle une maxima au chiffre élevée. Dans d’autres cas, un accidenté transporté à l’hôpital présente une augmentation journalière progressive de la tension artérielle alors que, bien entendu, l’on peut éliminer formellement tout phénomène d’hypertension intracranienne.
STERN [64], en 1930, rapporte le premier une observation d’hypertension vraisemblablement d’origine traumatique chez un cheminot jusquelà en bonne santé. Ce sujet avait glissé d’un marchepied et sa tête avait heurté le sol, maïs il s'était relevé sans difficulté et immédiatement remis au travail. Peu à peu apparurent des céphalées et des palpitations. La tension artérielle fut alors prise : 17/10, maïs l’on ne releva ni hypertrophie cardiaque, ni athérome, ni atteinte rénale. La maladie fut attribuée à l'accident et le Tribunal accorda au malade droit à pension.