‹ Contribution à l'étude des affections cardio-vasculaires consécutives aux traumatismes non pénétrants et à l'effort violentChapitre 16 sur 20 · RAT ES · texte numérisé non relu

RAT ES

Deux belles observations viennoises de 1934 et 1935 dominent encore cette question.

Berczsoôck [72], chez un ouvrier de 35 ans dont la tête a oi une tuyauterie métallique, observe quelques minutes plus tard une tension artérielle à 250 mm. Hg de maxima. Le malade a pu ici après s'être relevé traverser une cour, et c’est alors qu’il a ressenti une céphalée violente et a été hospitalisé sur-le-champ. Cette nouvelle hypertension artérielle s'établit d'une manière durable, mais tous les examens, rénaux en particulier, s'avèrent normaux.

Une observation analogue est relatée par Wrrssmann. Un sujet de 43 ans est atteint par un ballon d'entraînement de 14 kilos à la région occipitale. Depuis ce choc, il présente des céphalées continues. Une tension artérielle à 235/140 est alors mise en évidence et là encore l’exploration rénale s'avère normale, de même que le fond d'œil et la ponction lombaire [78].

‘Parmi les cas les plus récents et les plus dignes d'intérêt, citons celui de MM. Auprer, Tapper et Rasmussen [711 qui suivaient un sujet du point de vue cardio-vasculaire depuis un certain temps. La tension arté-

rielle du i* novembre 1945 se situait‘à 14/7 chez cet homme de 53 ans. Le 8 novembre, au cours d’un déménsgsement, un lit métallique glisse et atteint le malade à la région pariéto-occipitale gauche. Des douleurs continues s’ensuivent alors, et, le 14, la tension artérielle est passée à 22/12. Dès lors, celle-ci demeure pratiquement à ce niveau, et le 13 août 1948 apparut une crise d’angor à la suite d’un effort. Au cours de cette évolution, fond d'œil, rein, électro-encéphalogramme même sont demeurés normaux.

Il nous paraît alors intéressant, à la suite de ces observations, d’inscrire la nôtre.

C... Roger, article 117, 50 ans, est examiné à l’occasion d’une expertise (1950).

Aucun antécédent héréditaire ni colatéral et l’on ne relève, en particulier dans les antécédents personnels, jamais d’atteinte rénale. En 1931, le sujet est reconnu apte au P. N. En 1932, la tension artérielle est à 13 de maxima. Le 27 juillet 1932, accident d'aviation en service commandé et le malade est hospitalisé cinq mois à Montpellier. Le diagnostic de sortie résume : « Contusions multiples des membres, du thorax et de la tête avec, en particulier, fracture complète de l'extrémité supérieure de l’humérus droit, au voisinage du col chirurgical, avec éclatement de la tête et bascule définitive. Réduction très difficile obtenue après plusieurs tentatives, » -

En 1933, à la suite de cet accident, le malade est admis à l’hôpital militaire de Bourbonne-les-Baïins ; outre les séquelles de l’accident, il présente aussi quelques céphalées et troubles de la vue. On découvre alors une tension artérielle dont la maxima se situe à 24 centimètres de mercure. Un régime alimentaire sévère est alors appliqué pendant la durée de cette hospitalisation.

En 1935, lors d’une visite périodique à l’hôpital militaire d'instruction Desgenettes, le malade est classé inapte au vol pour hypertension, il est d’ailleurs rayé l’année suivante du P. N. De 1935 à 1950, le chiffre maximum de la tension artérielle se situe entre 19 et 22, mais la tension artérielle est bien tolérée. De 1943 à 1945, on note des troubles de la vue et une furonculose tenace. En décembre 1947, thrombose de la veine temporale inférieure de la rétine de l’œil gauche :

ang. Ve RE

rétablissement de la circulation au bout de trois mois avec néovaisseaux. Retour È ‘à l’acuité de 10/10 en juin 1948.

En juin 1948, thrombose totale de la veine centrale de la rétine de l'œil do

ayant entraîné une perte de la vue réduite à la perception lumineuse. Cet état

demeure définitif. Le malade est alors hospitalisé à Marseille, du 3 au 26 novembre 1948. La tension artérielle varie de 18/11 à 23/12. Traitément au tétranium effectué. Jamais au cours de la longue carrière hypertensive de ce malade on ne

note ni céphalées, ni vertiges, ni troubles particuliers.

Le 26 juin 1950, l'examen pratiqué montre l’apex battant dans le cinquième ; E. I. C. gauche, l’auscultation s'avère normale, la tension artérielle est à 19/11. En outre le signe du lacet est positif et, à la radioscopie, on note une aorte légèrement augmentée de volume. Les examens pulmonaire et neurologique sont normaux ; seules, la langue est saburrale et la denture en mauvais état. Le complet rénal montre une azotémie à 0 gr. 55 par litre, il n’y a dans les urines ni sucre, ni albumine. À l'examen ophtalmologique, T. A. C. R. à 90 et le fond d'œil à droite montre une image de thrombose ancienne, tandis qu'à gauche il y a rétablissement de la circulation avec vaisseaux néoformés et petites hémorragies. Signe de croisement + +.

On revoit le malade le 29 août, la tension artérielle est . de 23/15. Le 13 octobre, tension artérielle à 20/13. Le 11 janvier 1951, tension artérielle 23,5/15,5. I1 n’y a toujours que des signes tant fonctionnels que visuels. Mêmes signes radioscopiques.

Décès le 28 juin 1951.

Pour ce malade, déjà pensionné à 40 %, la Commission de Réforme avait proposé 65 % pour les troubles oculaires et 35 % pour l’H. T. A.

Il est à remarquer dans cette observation que le sujet est l’un des plus jeunes malades frappés d’hypertension artérielle traumatique.

Comment cette hypertension peut-elle survenir ? L'on ne peut évidement donner réponse à cette question. Cependant il est intéressant de considérer la manière dont survient le traumatisme, et, d'autre part, d'examiner les hypothèses en faveur du mécanisme générateur des troubles.

La plupart des hypertensions semblent provenir, lors d’un traumatisme cranien, d’un mécanisme de contre-coup. Au-niveau de la base du cerveau se trouvent en effet des centres participant à la régulation de la pression artérielle, et il est très possible qu’un véritable coup de boutoir du liquide céphalo-rachidien puisse provoquer des lésions. Trois ordres de fait militent en faveur de cette hypothèse.

1° L’on connaît d’abord quelques travaux expérimentaux. En 1932, Drxon et HELLER [73 bis] instituent chez le chien une hypertension artérielle élevée, d’une durée de quatorze mois, par l’injection de kaolin au niveau des troisième et quatrième ventricules et des espaces cérébelleux. Horr et UrRBACH provoquent l’augmentation de la pression artérielle chez le chien par des lésions provoquées de la base du cerveau.

2° Par ailleurs, une autopsie de WELTManN [79] réalisée chez un jeune sujet présentant une hypertension artérielle avait montré la présence d’un projectile dans le noyau coudé.

3° Un ensemble de preuves et de comparaisons cliniques nombreuses permet surtout d'affirmer l'atteinte de la base de l’encéphale. DE GENNES [73] observe une hypertension aiguë au cours d’une hémorragie protubérentielle. WEBER [77] assiste à des épisodes hypertensifs

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ER à ne Ra d’ une Hypertension ar riel 6 d'un blast injury. Se : 4

ann ani et Rasmussex. W. Raas affechite d’ 2e une rem quable étude sur cette question à propos d’une hypertension artériel | passagère chez une jeune femme de 31 ans accidentée [75]. De

Cependant, si l’on peut avoir quelques présomptions quant au méca- nisme de création d’une hypertension artérielle traumatique, dans line rance où nous nous trouvons des causes de cette maladie, il est évident que la plus grande prudence s'impose alors pour admettre celle-ci.

Toutefois, le problème va revêtir deux aspects qui s'opposent. assez vivement.

L'aspect médical doit demeurer réservé. Il est malheureusement

impossible d’affirmer en toute certitude l'intégrité de reins ou de vais-. de

seaux qui n’ont pu être examinés histologiquement.

L'aspect médico-légal au contraire doit être résolu par l’affirmative grâce à une bienveillante présomption lorsque sont réunis les éléments qui suivent : |

1° Le jeune âge du sujet peut permettre dans une certaine mesure d'éliminer l’athérosclérose bien que nous ayons déjà vu parfois l’extrême précocité de celui-ei. Iei donc l'examen du fond d’œil pue un intérêt particulier. 4

2° On doit exiger la notion d’une intégrité fonctionnelle rénale appréciée par les moyens les plus usuels. |

3° Le traumatisme cranien a dû être d’une importance indéniable.

4° Il faut aussi la notion d’une tension artérielle normale antérieurement au traumatisme.

5° Enfin l'hypertension artérielle doit faire son apparition et être constatée dans un délai assez court, de deux à six mois au maximum, et. bien entendu avec absence de toute cause nouvelle, survenue depuis comme une néphrite aiguë par exemple.

Toutes conditions sont malaisées à mettre en évidence dans le cas que nous rapportons, mais nous soulignons ici que de telles occurrences se rencontreront de plus en plus avec le développement des examens systématiques et de la médecine préventive à laquelle l'Armée s’est habituée depuis plusieurs dizaines d’années.

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