‹ Contribution à l'étude des affections multiples des nerfs crâniens compliquant le zonaChapitre 21 sur 24 · L. AcHarD. à · texte numérisé non relu

L. AcHarD. à

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avait le bord de la langue couvert d’une éruption de boutons, Le lendemain matin, le médecin, qu’elle avait fait venir, constata l'existence d’une éruption analogue sur le voile du palais; elle raconte qu’elle lui a entendu prononcer le mot de zona. Elle se rappelle pourtant que les boutons empiétaïent un peu sur la moitié gauche du voile du palais et du bord libre de la langue.

Ils ont laissé, à leur suite, des ulcérations superficielles, qui ont mis un mois à disparaître. « Pendant pres de trois semaines, nous a-t-elle dit, ma langue était à vif. »

Dès le deuxième jour qui a suivi léciosion de ces boutons, les ganglions sous-maxiilaires se sont engorgés, à droite; cet engorgement était douloureux, il à persiste pendant plus de quinze jours. À ce propos, il importe d'ajouter que le jour mème de l'éruption une mouche de Milan avait été posée au-devant de l'oreille droite. On pourrait donc à la rigueur être tenté de mettre l’engorgement ganglionnaire sur le compte de la légère vésication qui s’est produite dans ces conditions ; m'est avis qu’il est apparu consécutivement à l’éruption zostériforme.

En fait d’autres manifestations concomitantes, je note de l’anorexie et un état saburral de la langue, mais sans troubles gastro-intestinaux bien nets, sans vomissements ni diarrhée ; il y avait, au contraire, de la constipation, état qui est habituel chez cette femme.

Je vous ai dit que dès le début de sa paralysie faciale, E... éprouvait une grande gène pour parler. La difficulté n’était pas moins grande pour manger ; les aliments introduits dans la bouche s'accumulaient entre les gencives et la joue, du côté droit. Au surplus, la déglutition s’effectuait normalement, En outre, E... s'était aperçcue d’une légère kyperacousie à droite, mais sans qu’elle eût de douleurs d'oreille proprement dites. Par moments, elle ressentait quelques légers élancements douloureux dans le côté droit de la figure.

Le traitement qu’on lui a fait suivre à cette époque a consisté dans l’application d’une mouche de Milan au-devant de l'oreille droite, ainsi que je vous l’ai dit déjà, en lavages de la bouche avec de l’eau boriquée, en applications du courant faradique

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sur le côté droit de la face, répétées tous les deux jours, en frictions avec l’alcoolat de Fioraventi, sur ce même côté, en purgations répétées ; la dernière en date a été prise le 7 octobre.

Jusqu’alors, la paralysie faciale droite s'était maintenue stationnaire el rien de nouveau n’était survenu ; le 7 octobre, sans cause apparente, le côté gauche de la face s’est paralysé à son tour. Par suite, la déviation des traits, en rapport avec l'hémiplégie faciale primitive, s’est effacée. Le visage est devenu immobile comme un masque. La difficulté pour parler a augmenté notablement.

Au bout de trois jours, les douleurs ont envahi le côté gauche de la face, principalement le front, la tempe, le devant de l'oreille, le bord libre du maxillaire inférieur. Elles affectaient le caractère lancinant ; plus violentes la nuit que le jour, elles empêchaient la malade de dormir. C'est alors que cette femme s’est décidée à venir nous consulter à la Salpétrière.

Avant de vous faire connaître les résultats de l'examen dont elle a fait l'objet ici, 7e tiens à relever un dernier détail, d'ordre étiologique ; il est relatif à l'intervention possible de l'élément à frigore.

Pendant son séjour en Bourgogne, cette femme couchait dans une chambre dont la fenêtre avait un de ses carreaux cassés.

Toutefois il en était ainsi depuis le commencement de son séjour, et elle affirme qu'à aucun moment elle n'a ressenti l’impression du froid. Le détail que je vous signale méritait cependant d’être relevé. La malade a été examinée une première fois à la Salpêtrière par M. Huet, chef du laboratoire d’électrothérapie, qui a constaté l'existence d’une paralysie faciale double des plus nettes. En raison du caractere diplégique de la paralysie, il n’y avait pas d’asymétrie du visage, ni au repos, ni quand la malade entr'ouvrait la bouche. Le visage était sans expression, comme figé. Toutes les rides, notamment celles du front, avaient disparu ; je vous rappelle à ce propos qu'on a dit dela paralysie faciale double qu'elle était le

meilleur des cosmétiques. La malade ne pouvait clore ses paupières qu’incomplètement et moins à droite qu’à gauche. Il existait de l’épiphora, mais quise manifestait ÉCRIRE RIOPEAUE la malade exposait son visage à l'air.

Lorsqu'elle parlait, elle articulait mal les mots, par suite de la paralysie des lèvres ; elle se plaignait tout particulièrement de la gêne qu’elle éprouvait de ce côté.

Elle ne pouvait déployer qu'une force très minime en soufflant. Elle éprouvait aussi une certaine gêne à ouvrir la bouche, mais cela paraissait tenir surtout aux douleurs provo quées, au-devant el au-dessous de l'oreille, par les mouvements qui se passent dans l'articulation tempo-maxillaire, lors de l’écartement des mâchoires.

La propulsion en avant de la langue se faisait également avec difficulté, mais sans la moindre déviation de la pointe.

Les mouvements de Ja luette et du voile du palais s’exéeuaient normalement ; il n’y avait pas non plus de troubles du deuxième temps de la déglutition.

L’acuité auditive était intacte des deux côtes ; à droite, il y avait encore un- peu d'hyperacousie pour les bruits tant soit peu violents, mais à cet égard on notait déja une amélioration manifeste. La malade se plaignait d’une certaine gêne de la respiration, qui paraissait tenir à la flaccidité des ailes du nez.

En fait de troubles sensitifs, la malade accusait une sensation d’engourdissement au niveau de la pointe de la langue, et un émoussement dela sensibilité gustative. Elle racontait, par exemple, qu'ayant introduit un bonbon dans sa bouche, la veille, elle n’en avait perçu le goût sucré qu'à quelques centi- -mêtres de la pointe.

L'examen de la sensibilité de la face a donné lieu aux constatations suivantes : des deux côtés, la sensibilité objective était normale ; la malade se plaignait de ressentir des élancements douloureux au niveau de l'angle de la mâchoire, de chaque côté ; à ce niveau, la pression était légèrement douloureuse. ;

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L'examen électrique a révélé un degré assez prononcéde R.D, à droite. De ce côté, l'excitation du nerf facial, de ses branches et des muscles qu’elles innervent, pratiquée avec des courants aussi forts que la malade pouvait les supporter (90 centimètres d'écartement des bobines ) ne provoquait pas de contractions ; avec ces mêmes intensités de courant, on obtenait de fortes contractions du temporal au masseter. Au contraire, l’excitabilité galvanique des muscles innervés par le facial, à droite, était exagérée ; les premières contractions étaient obtenues avec des intensités de courant comprises entre un demi et un m. a.; elles étaient extrêmement torpides et N. E. C. était L. P. F. C.

À gauche l’excitabilité faradique des muscles de la face était

bien conservée ; leur excitabilité galvanique était normale au

point de vue qualificatif et au point de vue quantitatif. Il y a lieu de faire remarquer qu'à l’époque où fut pratiqué ce premier examen électrique, la paralysie faciale, à gauche, ne datait que de six jours ; on ne pouvait donc se prononcer sur l’absence de R. D. N’empêche que la conservation des réactions électriques de ce côté autorisait à prédire que la paralysie faciale serait légère, à gauche.

L'évolution ultérieure du cas a confirmé cette prédictiou. Le 24 octobre, c’est-a-dire quinze jours après le début de la paralysie faciale gauche, M. Huet à constaté que de ce côlé lexcitabilité galvanique et faradique dü facial et des muscles qu’il inperve ne s'était pas modifiée sensiblement, sauf que dans l’élévateur commun et dans le frontal, P.F.C. se rapprochait davantage de N. F.C. Cependant, les contractions musculaires étaient assez vives, et l’excitabilité galvanique n'était pas exagéree.

Bref, à cette date, pas plus qu'avant, il n'y avait de R. D. à gauche. Aussi bien, de ce côté, la paralysie s’était un peu amendée; la tonicité des muscles était en voie de relevement. La malade parlait avec moins de difficulté, elle parvenait à effectuer l’occlusion presque complète des paupières, à gauche. Toutes les prévisions étaient donc en faveur d’une prompte guérison de la paralysie faciale gauche. Enfin, les douleurs que

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la malade ressentait dans le côté gauche de la face au moment de sa première visite à la Salpêtriere (12 octobre) avaient disparu en l’espace de quelques jours sans doute sous l’influence du traitement institué qui avait consisté dans Papplication du courant galvanique sur la face.

Cette amélioration de la paralysie faciale, à gauche, était plus prononcée encore, à la date du 30 octobre. La malade pouvait maintenant plisser le front, faire mouvoir sa joue, relever la commissure labiale, clore complètement les paupieres. A droite les choses se maintenaient èn situ ; aussi l'asymétrie était-elle redevenue tres nette. Le nez et la bouche se trouvaient de nouveau attirés vers la gauche.

Aujourd’hui, 11 décembre 1896, on constate l’état suivant : la paralysie faciale a entièrement disparu à gauche; de ce côté, tous les muscles se contractent normalement, et on ne. constate plus de modifications des réactions électriques.

A droite, la paralysie faciale subsiste presque complete ; la malade ferme incomplètement son œil droit ; la commissure labiale est attirée en haut et à gauche; à droite, le pli nasolabial est effacé ; l'aile du nez s’est affaissée.

L'examen électrique révèle que la R. D. subsiste presque aussi prononcée qu'au début de la maladie.

La sensibilité gustative est émoussée, au niveau du tiers antérieur de la moitié droite de la langue ; à part cela on ne constate pas d’autres troubles de la sensibilité.

L’hyperacousie s’est dissipée.

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