OBSERVATION VII
(Personnelle).
Pseudo-kyste du sillon naso-génien (?)
Mme [L... Gabrielle, 50 ans. ù
Vers le 25 novembre 1936, la malade s’est aperçue qu'elle présentait une petite tumeur du sillon naso-génien gauche, coïncidant avec une petite douleur de la gencive et de la joue. Ù
Elle est allée consulter vers le 1€ décembre, dans le service de Stomatologie de l'Hôpital des Enfants-Malades. Le stomatologiste a extrait deux racines : l’incisive latérale supérieure gauche et la canine supérieure gauche. Ces deux dents avaient été sciées il y a une douzaine d’années pour la mise en bouche d’un appareil de prothèse. ; ;
Des radiographies dentaires ont été faites avant et après l'extraction des racines. Elles ont été absolument négatives.
Le 19 décembre 1936, nous avons vu pour la première fois cette malade dans le service de Laryngologie de l'Hôpital des Enfants-Malades.
Elle présentait alors une petite tumeur du sillon naso-génien gauche de la grosseur d’une noisette, adhérente à la peau, sans coloration spéciale de celle-ci, de consistance pâteuse. :
Nous ne revoyons la malade que le 26 décembre 1936 dans le service de Laryngologie de l'Hôpital Saint-Louis, car elle avait dû quitter Paris momentanément pour raisons de famille. re
La tumeur a augmenté de volume. On se trouve maintenant en présence d’une tumeur ayant le volume et la forme d’une amande, très adhérente à la péau qui a, du reste, pris une coloration rougeâtre. Cette coloration semble provenir ‘de l’inflammation de la tumeur sous-jacente dont la consistance est plus molle.
Fig. 12. thai (Collection personnelle). ù Pseudo-kyste naso-génien avant la cure chirurgicale.
Fig. 14. £ Fig, 15.
(Collection personnelle). Pseudo-kyste naso-génien après la cure chirurgicale.
La tumeur elle-même est mobile sur les plans profonds. La palpation en est douloureuse. Cette tumeur siège dans le sillon naso-génien gauche qu’elle comble et. qu'elle déforme.
Le 30 décembre 1936, après anesthésie locale par infiltration à la novocaïne à un pour 200, nous pratiquons l'intervention avec le Docteur DEMALDENT, ASSIstant du Service. Nous incisons dans le sillon naso- génien sache: Nous y découvrons une petite tumeur très adhérente à la peau et d’où s'écoule un liquide séropurulent. La tumeur à un aspect vaguement kystique. Mais son clivage est extrèmement difficile et certaines parties doivent être extirpées à la curette. La limite inférieure de la tumeur semble assez bas située : vers l’extrémité supérieure de la fossette myrtiforme.
En raison de l’adhérence de la tumeur à la peau nous sommes ne l'obligation de pratiquer une petite résection. cutanée. Après la mise en place d’une mèche de drainage, nous faisons une suture à la soie. o =
Le 2 janvier 1937, le Docteur Demarnenr enlève les soies et fait un pansement à plat.
Le 4 janvier, la malade présente une infiltration de la région naso-génienne. Nous écartons les lèvres de l'extrémité inférieure de la plaie et nous en faisons sortir une certaine quantité de liquide séro-sanguinolent. Par cette ouverture, nous introduisons un faisceau de crins.
Les jours suivants, nous enlevons ce drainage et tout rentre dans l’ordre. Les photographies que nous reproduisons ici montrent l’état de la malade avant et après l'intervention.
Compte-rendu anatomo-pathologique.
Au cours de l'intervention que nous venons de décrire, nous avons prélevé quatre fragments qui ont ensuite fixés dans le liquide de Bouin.
À partir de ces fragments, nous avons fait préparer des coupes que M. le Professeur agrégé HuGuEnIN a eu l'extrême obligeance de bien vouloir examiner.
La première coupe est prélevée au niveau d’un fragment passant par la peau. Elle montre une peau sub-normale dans ses couches superficielles ; mais dont ‘le derme s'épaissit progressivement de telle sorte que, dans la partie profonde, adjacente à la cavité, se trouvent d’épais trousseaux cellulaires, formés de substance collagène ou hyaline.
La modification de la substance fondamentale dans ces régions porte d’ailleurs aussi sur la substance élastique qui, en certains points, apparaît sous forme de filaments extrêmement denses et sans orientation précise, soit d’élastine soit d’élacine.
Dès les régions superficielles du derme et à mesure que l’on s’avance en profondeur, on rencontre, en outre, des infiltrats cellulaires surtout systématisés à l'entour des glandes sébacées et davantage encore des glandes sudoripares. Ces infiltrats sont formés, en petite partie, par des polynucléaires ; mais surtout, par des éléments lymphoïdes ou histiocytaires. |
Sans aucune modification tissulaire nouvelle, la coupe s’arrête et ne paraît intéresser aucun revêtement identifiable qui répondrait à la périphérie d’un kyste.
La deuxième coupe comporte plusieurs segments profonds puisqu'on y identifie du tissu graisseux et musculaire.
Les lésions sont des lésions inflammatoires sub-aiguës : les capillaires congestifs présentent d'importantes lésions d'endothelitté et à l’entour le tissu conjonctif est dissocié par un œdème diffus. Outre les cellules fixées qui se pré-
L'ASPECT DU SILLON NASO-GÉNIEN ” 45 sentent sous l'aspect de fibrocytes, d’histiocytes, se trouve une abondante infiltration de polynucléaires, neutrophiles pour la plupart, assez peu altérés, et surtout de plasmocytes volumineux, sans corps de Rüssel. Nulle part on ne retrouve dans les régions de surface d’éléments qui PAR d'identifier une paroi de kyste.
La troisième coupe qui a été prise à la partie profonde d la cavité est constituée par une nappe conjonctive avec des fragments de muscle strié.
Dans sa partie la plus profonde, il existe une sclérose collagène avec de multiples névromes et des lésions vasculaires.
Dans sà partie superficielle, une infiltration inflammatoire comparable à celte que nous avons décrite mais moins intense.
La limite proximale, celle qui doit répondre à la surface de la cavité, est constituée par le même tissu sans aucune modification architecturale du conjonctif qui puisse figurer une sorte de membrane, sans débris d’endothélium identifiable. ;
La seule chose qui indique la surface de la cavité est, par place, un petit exsudat fibrineux ou œdémateux et la présence de globules rouges.
La surface n’est d’ailleurs pas régulière mais comme Pésoele par des trousseaux conjonctifs irréguliers qui, en certains points, font saillie, séparés d’autres par des sortes de vallonnements.
La quatrième coupe prélevée dans la profondeur, montre un aspect absolument comparable au précédent.
En résumé :
La lésion profonde est une réaction inflammatoire subaigüe, peu sppurauve: particulièrement riche en plasmocytes.
Comme les lésions inflammatoires s’étalent jusque dans les portions superficielles du derme, on trouve là l’explication patente des phénomènes cliniques d’adhérence à la peau.
Les lésions vasculaires et nerveuses, la sclérose profonde sont des indices certains de l’ancienneté des lésions.
Quant à la cavité elle-même, on augure, d’après ce que l’on retrouve à la surface, qu’elle contenait un liquide œdémato-fibrineux et du sang.
En ce qui concerne la nature de cette câvité, ni l’existence de cellules rappelant
‘un revêtement ni une disposition, parallèle à la surface, de trousseaux conjonctifs ne permettent de conclure à l'existence d’un kyste vrai.
Tout au contraire plaide à l'encontre. En outre, l'existence, dans la partie profonde de la première coupe, de nappes épaisses de substance fondamentale altérée, en partie hyaline, les modifications de la substance élastique, souvent en métamorphisme élacinique, plaident en faveur d’une altération de cette substance fondamentale qui paraît DS plus importante que l’infiltration inflammatoire.
Pour cela, on serait tenté de penser qu’elle serait primitive, et, partant, de
. considérer cette lésion comme un pseudo-kyste par altération de la substance fondamentale, la réaction inflammatoire étant secondaire.
Cette lésion serait comparable aux pseudo-kystes synoviaux du poignet, aux hygromas pré-rotuliens, aux bourses dites séreuses du coude.