‹ Contribution à l'étude des affections susceptibles de modifier l'aspect du sillon naso-génienChapitre 89 sur 147 · OBSERVATION XXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVI

(Personnelle).

Ostéophlegmon naso-génien.

M. X..., 30 ans environ, se présente, à la onto du Docteur L..., que nous

remplacions à ce moment. Il se plaint de violentes douleurs faciales et dentaires ainsi que d’une tuméfaction naso-génienne. Les douleurs au niveau de la dent ont commencé il y a une dizaine de jours ; quant aux douleurs faciales, elles ne

sont apparues que depuis deux jours.

-À l'examen de la face, on constate une tuméfaction qui occupe le sillon nasogénien gauche et qui empiète un peu sur la joue gauche. Elle remote jusqu'à l’angle interne de l’œil, la paupière inférieure est légèrement œdématiée. La peau a pris une coloration rosée qui contraste avec le” teint, habituellement pâle, du malade, Le maximum d'intensité de cette coloration se trouve au niveau du sillon naso-génien, à un centimètre environ de la partie la plus externe de l’aile du nez. La palpation est extrêmement douloureuse. Elle ne révèle pas de sensation de fluctuation. |

L'examen endo-nasal, que nous pratiquons avec le plus de douceur be ne nous révèle qu’une déviation du septum nasal n'ayant aucune relation avec les phénomènes actuels. Les cornets inférieur et moyen sont normaux.

L’examen buccal nous montre une dentition en mauvais état et, notamment,

‘ uné carie au niveau de la canine supérieure g gauche. Cette dent est extrêmement sensible au choc et la douleur, à ce niveau, a interdit toute alimentation au malade depuis la veille, En regard de cette même dent, le sillon gingivo- jugal est comblé.

Le malade n’a pas pris sa température. 7

Etant donné les résultats de cet examen, nous faisons admettre le malade à l'Hôpital de C..

Sous ArRone générale au mélange de ScaLercH, nous pratiquons l’avulsion de la canine supérieure gauche. Nous curettons prudemment l’alvéole et, avecune sonde ténotome de ScnwARTzE, nous explorons doucement la cavité alvéolaire : nous tombons sur un point nécrosé au niveau de la paroi antérieure de l’alvéole ; ce point s'effondre sous la seule pression de l'instrument et la sonde pénètre dans une cavité purulente qui commence à se vider par cet orifice.

Le soir, le malade accuse une température de 3907 qui descend, le lendemain matin, à 3705.

De jour en jour, au fur et à mesure que l’évacuation se produit. nous assistons

à la régression des phénomènes de tuméfaction. Le dixième jour, la malade te DE complètement guéri.

b) L’ostéomyélite.

Avant tout, il convient de s’entendre sur le terme d’ostéomyélite.

Certains auteurs décrivent l’ostéomyélite comme urie lésion infectieuse des os, d’origine habituellement staphylococcique, ce qui permit à Pasreur de lui donner le nom de « furoncle de l’os », prédominant au niveau de la moelle osseuse et aboutissant à la suppuration. Dans ce cas, le siège initial est la région juxta-épiphysaire des os longs qui constitue, pendant la croissance, un lieu de moindre résistance où se développent de préférence, et parfois à la faveur d’ un traumatisme les microbes apportés par voie sanguine.

C’est cette conception que semble en avoir M. le Professeur agrégé ParciBerr quand il écrit, dans son Précis de Bactériologie médicale :

«Le staphylocoque peut passer dans le sang et déterminer des « septicémies.. Chez ladolescent de 10 à 17 ans la septicémie se « localise sur les os, réalisant l’ostéomyélite. » |

Si l’on admet cette conception de l’ ostéomyélite, 1l faut Alors convenir que, déjà rare à la mandibule, elle est tout à fait exceptionnelle

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au maxillaire supérieur et, dans ce cas, elle coexiste avec d’autres localisations ostéomyélitiques.

Pour d’autres auteurs, l’ostéomyélite semble n’être que l’inflammation de l’os d’origine infectieuse : tout simplement l’ostéite. C’est bien cette dernière conception que semblent en avoir LANNE- LONGUE et AcHaRrD quand Tixrer et PAïEL écrivent : € LANNELONGUE et Acnarp, dans une série, de recherchés mi- «crobiologiques, montrèrent qu’à côté du staphylococcus aureus, « agent le plus ordinaire de l’ostéomyélite, il faut considérer l’albus, «le citreus, le streptocoque pyogène, le pneumocoque, le bacille «d’Eberth comme capables de produire la maladie. » \ LEexormanD semble avoir parfaitement bien vu cette divergence d'opinion puisqu'il écrit : :

. « La fréquence de l’ostéomyélite des mâchoires a été appréciée Ctrès différemment par les auteurs et tous ne sont pas d’accord sur «les cas qu’il faut ranger sous cette dénomination. Si on limite l’os- « téomyélite des maxillaires aux seuls cas survenant en même temps «que d’autres localisations ostéomyélitiques, au ‘cours d’une infec- «tion générale et sans porte d’entrée au niveau des maxillaires ou des « dents, l'affection est des plus rares : la statistique de FRôuNER, qui «porte sur 545 cas d’ostéomyélite avec 661 localisations, ne renferme «que deux exemples d’ostéomyélite des mâchoires. Depenporr n’en «a relevé que 30 cas dans la littérature. »

« Mais si, donnant au terme d’ostéomyélite un sens moins strict, on « l’applique à toute inflammation franche, aiguë du tissu osseux, la «maladie devient fréquente. »

Personnellement, nous conserverons ce deuxième sens au mot ostéomyélite. Car, s’il est moins précis, il nous semble être devenu classique. Prise dans ce sens, l’ostéomyélite du maxillaire supérieur semble reconnaître pour cause la plus fréquente des lésions dentaires et, notamment, la carie dentaire. C’est ce qui permit à RuPre d'écrire :

«La pathologie inflammatoire de la mâchoire supérieure est dominée par les infections d’origine dentaire. »

C’est ce qu’ont également bien démontré MM. ALoxso et Roczra, dans un article récemment paru dansla Revue de Laryngologie dans lequel ils ont passé en revue les différents phénomènes capables de déclancher une ostéomyélite aiguë du maxillaire supérieur : ils ont montré que, pour une part considérable, ce sont les affections

dentaires qui interviennent :

19 les caries dentaires produisant une monoarthrite, 20 les ulcérations de la muqueuse qui sont une cause rare, 30 la pyorrhée qui est également. une cause rare, :

49 l’obturation d’un canal dentaire sans déstuécrion préalable suffisante, 4e

50 les infections dentaires noù drainées,

6° les petits traumatismes répétés (c’est une cause rare s’observant chez les tailleurs et les couturières qui traumatisent leurs dents en s’en servant pour couper les fils),

70 L’avulsion d’une dent avec PR par le caillot d’une alvéole mfectée.

En résumé, la grande cause d’ostéomyélite réside dans la monoarthrite apicale suppurée. Mais, pour que cette monoarthrite, au lieu * de déclancher un ostéophlegmon comme nous l’avons montré précédemment, soit capable de déclancher une ostéomyélite, il faut que l'infection diffuse dans le maxillaire et touche la moelle osseuse. Ce n’est qu’au prix de conditions spéciales qu’elle peut le faire : soit hypervirulence du germe pathogène en cause, soit hyporésistance du milieu local ou de l’état général. C’est l’hypervirulence du germe pathogène qui, le plus souvent dominèra dans l’ostéomyélite de l’adulte et c’est l’hyporésistance du milieu local ou de l’état général qui interviendra dans l’ostéomyélite du nourrisson.

L’OSTÉOMYÉLITE DE L’ADULTE

Non seulement il y a suppuration (cette suppuration pouvant, comme dans l’ostéophlegmon, tuméfier le sillon naso-génien et s’y creuser une issue quand l’ostéomyélite a pour point de départ une monoarthrite apicale de la canine supérieure) mais encore il y a nécrose osseuse et le séquestre peut être constitué par une grande partie de la branche montante du maxillaire supérieur parfois même par la totalité de cette branche montante.

Cette ostéomyélite peut être plus ou moins étendue, depuis l’ostéomyélite localisée au rebord alvéolaire et n’intéressant done pas le sillon naso-génien jusqu’à la panostéite de WassmunD, dépassant alors de beaucoup les limites du sillon.

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