‹ Contribution à l'étude des albuminuries transitoires dans quelques maladies du système nerveuxChapitre 14 sur 16 · IX" EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

IX" EXPÉRIENCE

29 juin. — Chien d'arrêt d'un an, en très bon état de santé. Pas d'albumine dans les urines. On fait une incision aux parois abdominales, à 4 centimètres de la ligne [médiane, au niveau de l'extrémité antérieure du pénis.

Par les ouvertures ainsi pratiquées, on introduit l'index dans la cavité abdominale et on va à la recherche des uretères, au niveau de leur insertion sur la vessie. Les uretères saisis sont amenés au dehors par les deux ouvertures; on les coupe en travers et on place sur l'extrémité rénale une canule qui supporte une ampoule de verre.

On met à nu le cordon commun du pneumogastrique et du sympathique cervical gauche. Ce nerf est sectionné et excité de deux secondes en deux secondes par un courant induit

rhytmé. Chaque excitation dure une seconde. On continue les excitations pendant une demi Iieure.

Une heure et demie après le début de l'excitation, on recueille l'urine des deux ampoules. Ce liquide est en petite quantité' plus abondant à gauche qu'à droite. Epais et trouble, on le filtre et on l'analyse; on constate de l'albumine dans les urines de chaque ampoule, légèrement granuleuse.

Chaque uretère a donc donné passage à de l'urine albumineuse. Il n'est pas permis de croire que l'action nerveuse ne s'exerce que d'un côté. L'anurie empêche quelquefois de vérifier ce fait, c'est ce qui nous est arrivé dans une dixième expérience.

28 janvier. — Sur un lapin, il est fait une section du grand sympathique, le ganglion cervical inférieur est supprimé. Après l'opération, anurie immédiate par action réflexe du centre nerveux de la moelle.

3i janvier. — Mort du lapin, urine claire, sans mucus, abondante, alcaline, à odeur pénétrante.

Albumine en petite quantité dont la condition se trouvait réalisée par la dilatation du calibre des vaisseaux.

De ces diverses expériences, il résulte qu'en dehors de la fameuse épreuve de Cl. Bernard sur l'albuminurie d'origine bulbaire, trop connue pour que nous en parlions longuement ici, les lésions centrales peuvent produire l'albuminurie même lorsque l'animal est en apyrexie. Ainsi, ce n'est donc point toujours dans les régions lombaire et dorsale qu'il faut rechercher la cause de ce symptôme. Est-elle transitoire? en pareille occurrence, on ne saurait le dire puisque

l'animal meurt souvent de ses blessures lorsqu'apparaît ce symptôme qui n'a point été cause des accidents nerveux qui sont survenus avant lui.

Les lésions de la moelle, des racines antérieures ou postérieures entraînent l'albuminurie, mais les lésions périphériques (section des sciatiques) ou les sections des nerfs rénaux, comme l'avaient déjà vu P. Bert et Ranvier, n'entraînent pas communément l'albuminurie. Nous n'^avons pas pu examiner les effets des sections du grand splanchnique. ^ L'albuminurie peut accompagner les lésions du grand sympathique. Dans ces cas, nous n'avons jamais constaté de lésion du cœur droit, comme le voudrait Falkenstein, ou d'altération du sang; c'est à peine si les reins ont quelquefois un peu de congestion.

Les battements des artères^ les pulsations sont affaiblies, mais les tracés présentent une circulation plus rapide jointe quelquefois à une diminution de pression.

Il y a donc à la fois, troubles dans la circulation et la pression artérielle sans qu'il y ait besoin d'une altération des parois vasculaires comme l'athérome que l'on rencontre si souvent chez l'homme.

Nous devons ajouter que l'albumine a toujours été . en faible quantité, mais que quelquefois elle a eu quelque tendance à la rétractilité, comme nous l'avons vu dans la IX^ expérience que nous avons mentionnée et où l'urine fut albumineuse des deux côtés, après l'excitation du grand sympathique gauche.

Ainsi donc, les expériences que nous avons relatées,

jointes à nos observations cliniques, montrent que le système nerveux peut ainsi entraîner l'albuminurie. Mais quelle est la nature de cette albuminurie, quel est son mécanisme. Est-elle dyscrasique ou mécanique ? Ses qualités spéciales, l'examen du sang, les réactions particulières à cette albumine, son alternance avec l'acide urique et l'azoturie plaident en faveur de la dyscrasie. Ses intermittences, au contraire, permettent de la considérer comme une albumine dépendant d'une action excito-motrice partie, non de la périphérie, mais des régions nerveuses centrales (expérience sur la section des nerfs rénaux, sur la section des nerfs sciatiques).

Quant à déterminer la nature de ce trouble circulatoire, la question est des plus délicates, toutefois, nous avons vu l'albuminurie coïncider, dans quelques cas, avec l'accélération du pouls et peut-être une diminution de pression sanguine. Ceci nous rapproche des conditions pathogéniques de l'albuminurie, admises par Stokvis, par Rûneberg et Charcot.

Somme toute, on peut admettre jusqu'à un certain point quecette albuminurie n'apas une origine inflammatoire ; elle ne dépend pas des dégénérescènces du rein que 1 absence de symptômes rénaux rend peu vraisemblables, mais de phénomènes excitomoteurs qui livrent à la circulation des albumines mal comburées.

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