PRONOSTIC ET TRAITEMENT
L'albuminurie transitoire, telle que nous l'avons envisagée, ne modifie guère l'allure générale de la maladie sur laquelle elle peut se greffer. Elle n'a pas habituellement de symptôme qui lui soit propre. Il n'y a pas d'œdème, pas de fatigue des sens, pas d'altération cardiaque. Certains sujets débilités peuvent avoir, pendant longtemps, l'urine albumineuse à certaines heures, sans troubles bien appréciables dans leurs fonctions. Néanmoins, dans quelques cas, il peut y avoir de la lassitude lombaire, des vertiges, des sensations de mouches volantes. Aussi, ne peuton pas suivre le docteur Catelan dans la voie où il s'est engagé dans sa thèse inaugurale (Paris, 1872).
Il croit que ce symptôme, quand il n'acquiert pas une intensité capable de modifier la texture du rein, est plus favorable que nuisible et que le supprimer serait exposer le malade à des accidents nerveux.
On ne peut pas envisager l'albuminurie transitoire comme l'accès de goutte ou la crise épileptique. Ce n'est pas une décharge qui diminuera la tension nerveuse, car c'est peut être le signe d'une altération rénale en voie de se former. On ne doit pas oublier, en effet, que l'albuminurie momentanée peut devenir une albuminurie-néphrite (9, Sainte-Marguerite, i. Saint- Vincent). Ce n'est pas là question indifférente non seulement pour le malade, mais encore, dans certaines. circonstances particulièrement délicates.
Pour ne parler que de la question médico-légale, il y a dans ces faits un côté embarrassant pour les Compagnies d'assurances. Le docteur John Mûnn, assistant médical director d'une Compagnie, a trouvé chez ses administrés 12 0/0 d'albuminuriques sur 200 sujets, et La Celle de Chateaubourg 72 0/0 sur 701 ,0n peut donc se demander si l'apparition dans l'urine d'une faible quantité d'albumine doit toujours être un empêchement rédhibitoire à l'obtention d'une assurance. Sans doute, devant l'existence des œdèmes, de la fatigue cardiaque et des divers symptômes urémiques, la question ne saurait être gênante. Mais, si l'albuminurie est transitoire, si les symptômes généraux sont nuls et la cause passagère, il est permis de se demander si les Compagnies ne devraient pas se contenter d'ajourner de semblables sujets jusqu'à l'époque où la disparition complète de l'albumi-
nurie les garantirait contre toute éventualité fâcheuse.
Aussi, doit-on traiter de tels malades. Tout ce qui peut calmer l'irritabilité du système nerveux doit être employé. Il faut, comme toujours, tenir compte de la nature inhérente à chaque forme de la maladie, de la constitution de chaque malade.
Le traitement doit : i» viser les altérations dyscrasiques, 2° parer aux troubles mécaniques. Malgré l'avis d'Œrstett, nous avons vu que le régime influence la manière d'être de nos malades. Le malade surveillera sa digestion, s'abstiendra de liqueurs fortes et, dans une certaine mesure, des excitants, tels que le thé et le café. Il est nécessaire de réagir contre certains états débiles. Les viandes de boucherie sont donc nécessaires dans l'alimentation de certains sujets anémiés, nerveux, dont il faut enrichir le sang en vertu du principe « sanguis moderator nervorum ». La diète lactée n'est pas nécessaire, mais le lait agit à la fois comme diurétique et comme aliment et peut produire d'excellents effets.
Soucieux des expériences de Semmola, il faut restreindre l'emploi des féculents.
Pour toute boisson, un vin rouge léger, du bordeaux ; les vins blancs sont contre indiqués.
Il faut user, contre le vertige et les souffrances de l'estomac, de certains toniques, de l'arsenic, du fer, des stimulants diffusibles comme l'éther amilvalérianique qui est un excitant en tant qu'éther et un calmant comme dérivé de la valériane.
Si nous partons de cette idée, que nous croyons avoir démontrée, que les albumines transitoires sont
des albumines mal comburées, tout notre but sera de faciliter leur oxydation. Aussi, Taudra-t-il conseiller les inhalations d'oxygène, l'habitation au bord de la mer dont l'air excitant favorise les combustions. C'est dans une intention semblable que M. Teissier donne les alcalins, tout en se refusant à les ordonnera haute dose. Il préfère les eaux alcahnes légères (eau de Vais no 3, de Fougues) à l'eau plus forte de Vichy.
20 Le traitement doit aussi être mécanique. Il faut régulariser la circulation par les purgatifs, les bains, les douches, l'électricité.
Les purgatifs (purgatifs salins, prises de rhubarbe) ont donné de bons résultats (observation de M. Ch... no I, St-Lazare).
Les douches réveilleront le fonctionnement de la peau. Cependant, l'usage devra en être modéré, car il est certains cas où leur emploi pourra entraîner de fâcheux résultats ( i ) . ♦
(i) Observation due à l'obligeance de M. le docteur Couette.
— Chez le malade de l'observ. i3, atteint d'albuminurie transitoire, le traitement institué a été le suivant : au début, douches générales en pluie et jet brisé en insistant à la fin avec le plein jet sur la colonne vertébrale, mais avec une demi pression seulement, c'est-à-dire une atmosphère environ. Plus tard, le jet a été précédé d'une douche épigastrique de quelques secondes, le tout durant environ 40 secondes.
21 douches seulement ont été prises. Les analyses des urines ont été faites du 2 3 avril au 7 mai. Le traitement a subi quelques interruptions. Il en est résulté que pendant qu'il n'y avait, avant la douche, qu'une faible quantité d'albumine dans l'urine (deux fois même cette quantité étant inappréciable), après la douche, au contraire, la quantité d'albumine a toujours été très appréciable et bien plus marquée qu'avant la douche.
Les frictions sèches, les injections de pilocarpine entretiennent au besoin la sueur chez les malades qui l'ont vu disparaître.
L'exercice sera aussi limité. On a vu que le malade de l'observation n" i3 atteint d'albuminurie passagère dut accompHr sa période d'instruction militaire dans la réserve. A son retour, la quantité d'albumine contenue dans ses urines avait augmenté.
Enfin, les courants constants ont d'heureux eflPetsi
On peut donc espérer la guérison lorsque l'albuminurique suit scrupuleusement ces indications ; le symptôme reparaît à de plus longs intervalles et finit souvent par disparaître. D'autre part, le traitement des aflFections nerveuses d'origine centrale ou périphérique agit contre la cause efiRciente. Aussi ne saurait-on repousser les injections de morphine qui apaisent les douleurs fulgurantes.
Néanmoins, il faut prendre certaines précautions dans leur emploi. Les érosions, les piqûres de la seringue de Pravaz, qui laissent d'autres malades indiff"érents, amènent quelquefois chez les albuminuriques des accidents, des phlegmons redoutables (n"' 8^ 12, St-Lazare).