RECHERCHE ET NATURE DE CES ALBUMINES
SOMMAIRE. — InconvénieiNts de certains procédés. — Recherche PAR l'acide sulfurique et l'éther nitreux combinés. — Disque retardé DE LA réaction DE GùBLER, CARACTÈRES SPÉCIAUX DE CES ALBU- MINES, — Valeur semeÏologique des cylindres.
Ainsi, voilà une série de malades qui ont de l'albuminurie transitoire et qui n'ont point de néphrite à proprement parler. Cette albuminurie paraît imputable à leur lésion nerveuse, bien que ce ne soit pas toujours au même titre ou sous l'influence du même mécanisme.
En présence de ces faits, des réactions particulières de ces albumines , de leurs caractères inconstants nous avons pensé qu'il y avait peut-être là une albu-
Proportions. — Les proportions en sont modérées; l'albumine non rétractileesten faible quantité à moins qu'une lésion ne se soit établie du côté du rein. Il ne saurait en exister dans les urines plus de o,5o centigrammes et les chiffres de Leube, établis cependant sur des sujets prétendus sains, ne peuvent être acceptés. Chez les ataxiques, l'albumine ne dépasse pas 0,40 centigrammes.
Cependant, ce chiffre peut atteindre 0,80 centigrammes à I gramme. Le symptôme devient alors permanent et prend une signification plus sérieuse.
Variation. ■ — A l'étranger et surtout en Allemagne, on a beaucoup discuté sur le moment de la journée où apparaît l'albumine.
Ultzmann {kVienneyMédical Presse, 1870) atrouvé l'urine du matin plus albumineuse. Lépine, Leube, Rooke, Sandby, Edlefsen, Fùhrbringer se rangent à cette opinion. Marcacci {Impartiale, 1878) est d'un avis contraire. D'autre part, nous avons souvent vu l'albuminurie plus abondante ou plus constante le matin. Mais, il est plus d'un cas où cette proportion est variable et l'albumine est alors alternativement plus abondante le matin ou le soir.
Il semble cependant qu'en général l'albumine du soir est le plus souvent en rapport avec la digestion et celle du matin avec les douleurs.
Influence de l'exercice. — S'il est possible de s'écarter de Marcacci à ce point de vue, il faut recon-
naître avec lui que l'exercice violent et même quelquefois modéré peut rappeler l'albumine dans les urines. (Obs. no i3 de M. Teissier et obs. no 19).
Effets de l'alimentation. — Quoiqu'il en soit, rinfluence de l'alimentation est manifeste, et, sans rappeler l'exemple de Cl. Bernard, il est à remarquer que le vendredi, jour de régime maigre, faisait disparaître l'albumine des urines chez les malades du Perron. Le 27 février^ la plupart des sujets en observation mangèrent des œufs, et tous présentèrent une notable augmentation de cette sorte de diabète leucomurique.
Au contraire, les herbages ont toujours paru produire des effets favorables. Les féculents n'ont pas donné les symptômes fâcheux qu'ils ont amenés dans les expériences de Semmola.
Les liquides ont une action parfaitement marquée. Les effets du vin et surtout de petites quantités de rhum ont été déplorables dans le régime des n° 4, 5. St-Lazare.
Il en a été de même pour les irritations intestinales (19. Ste-Marguerite).
Des contractures et des douleurs. — Mais, si l'alimentation a quelque effet, toute puissante est l'action nerveuse. L'exagération des contractures chezles hémiplégiques fait naître souvent une albunurie momentanée (XVe, XVIe et XXc observations).
Les douleurs de l'ataxie ont le même résultat (Observations VI, VII, VIII et IX).
Les urines de 9 ataxiques ont été examinées avec soin, à diverses heures de la journée, sans distinction de sexe ni d'âge des malades, de période de la maladie.
4 ne présentaient aucune trace d'albumine. 5 de ces urines étaient altérées dans leur composition 4 par de notables proportions d'albumine et i par des traces seulement ; 2 en présentaient plus le matin que le soir, et, i plus le soir que le matin. 2 étaient indifférentes. L'albumine n'a jamais été rétractile bien qu'elle fût deux fois en masse neigeuse. Ces malades mis en observation présentèrent des alternatives de douleurs et de bien-être qui concordèrent avec les variations de l'albumine.
Il est vrai que sous l'influence de douleurs venues après la naissance du vent du midi, il se peut faire une hypersécrétion de mucus qui crée momentanément une albuminurie locale qui tient à l'état de la vessie.
Action des émotions morales. — Parlerons-nous des émotions morales ? Dans les observations X et XI, on voit combien l'état des urines est sous la dépendance des sentiments de joie et de tristesse, de préoccupations ou de cauchemars.
Les malades sont le plus souvent l'objet d'un sentiment de fatigue qui les range déjà dans le domaine de la pathologie générale.
Ce sont, il est vrai, sujets d'une émotivité extrême.
Aussi le travail intellectuel fatigue beaucoup ces
malades. Ces derniers sont le plus souvent gens fort débiles, et le travail manuel (no 5, St-Lazare), les marches ne laissent pas de produire chez eux de fâcheux résultats.
Du FROID. — Un temps neigeux leur est nuisible. L'excitation des extrémités des nerfs cutanés par le froid détermine une action réflexe par l'intermédiaire des centres nerveux sur les nerfs vaso-moteurs des reins, action qui paralyse les fibres vaso-constrictives (i). De là naissance de l'albumine. Il en est de même pour l'action du vent.
Alternance de l'acide urique. — Peut-être les épithéliums du rein permettent-ils des endosmoses plus faciles chez les victimes de la diathèse rhumatismale. Souvent l'albuminurie est alors accompagnée d'une excrétion abondante d'acide urique ou d'urée et lorsque l'albuminurie n'existe plus, ce phénomène se montre encore. Cet acide urique est-il un des termes de transformation des matières albuminoïdes. Souvent il alterne avec la glycosurie, la phosphaturie et l'azoturie. L'analogie de composition de l'acide urique avec les corps xanthiques, la formation de ceux-ci pendant'la digestion gastrique ou pancréatique, ainsi que sous l'influence des acides étendus font supposer que l'acide urique dérive, sinon de ces corps par oxydation, au moins de l'albumine parun processus de fermentation analogue à celui qui leur donne
(0 VuLPiAN, Leçons sur les vaso-moteurs, iSyS.
naissance (i). Il adviendrait donc ainsi que l'albuminurie existerait mais sous, une forme chimique différente et mal élaborée. Seules les lésions des nerfs qui commandent aux sécrétions peuvent donner ces résultats.
Du TRAITEMENT. — Daus aucun cas, le traitement incendiaire dénoncé par Grisolle ne peut être accusé.
Ces albuminuriques, en général des vétérans de la maladie, ne se soumettent pas volontiers à la thérapeutique et souvent ils ne consentent qu'à être l'objet de soins hygiéniques, de remèdes palliatifs, injections de morphine ou opiacés qu'on ne leur délivre qu'avec une sage parcimonie.
Purgatifs. — Chez quelques-uns, les purgatifs procurent une sensation de bien-être indépendante de leur action habituelle. Si la plupart du temps les malades n'ofïrent pas le cortège des symptômes des affections des reins, encore faut-il savoir que souvent ils se plaignent de maux de têtes fugaces, de mouches volantes, d'insomnie et de vertiges. Quelquefois ils ont un sentiment de lassitude, de douleur lombaire, des troubles digestifs bizarres et irréguliers, ou bien ils se plaignent d'oppression et d'irrégularités dans les battements du cœur. Ils ont des alternatives de chaud et de froid. Souvent, dans cette période d'état, un purgatif léger donné à plusieurs reprises (i. St- Lazare) fait disparaître l'albumine, soulage le malade
(i) Albuminurie, dict Jaccoud, Danlos.
et le délivre de ses inquiétudes, de ses insomnies et de ses cauchemars.
Du RÔLE DE l'électricité. — Le rôle de l'électricité est également remarquable. Le n» i St-Lazare a commencé le le"" mars d'user des courants constants descendant le long de la moëlle.
Dès lors, en cinq jours, l'albuminurie a disparu. Il en fut de même chez un autre malade, un ataxique, chez qui l'albumine avait considérablement augmenté sous l'influence de douleurs fulgurantes, (no 12. St-Lazare).
Etats concomitants, sueur. — Il nous reste à examiner certains états concomitants ; les caractères de la sueur, de la salive, du sang ont été successivement examinés, ainsi que l'influence des erythèmes.
Certains malades n'ont pas de sueurs. C'est parmi eux que se fait surtout sentir l'influence des veilles et du travail intellectuel d'une part, de la digestion de l'autre. Car, tandis que l'albumine apparaît dans les urines deux heures après la digestion, elle se montre avec d'abondants phosphates après le sommeil qui suit une veille prolongée. Les modifica'-'ons de la sueur provoquent les variations de l'actif té delà circulation intrarénale.
Les démangeaisons sont un symptôme fréquent de cette forme d'albuminurie ; c'est un prurit souvent insupportable sans éruption d'aucune nature.
Ce sont là picotements de la même nature que ceux
qui se rencontrent dans les ictères, le diabète, en un mot dans tous les cas où le sang retient des produits anormaux,
Erythèmes. — Il ne devait point être parlé des erythèmes cutanés. Il faut noter cependant que, chez le n» I, St-Emile, l'albumine augmenta dans les urines du i5 mars sous l'influence d'un prurigo qui se montra à la malléole externe de la jambe droite. Il fut assez douloureux, et à sa disparition au bout de 48 heures, l'albuminurhée qui s'était accrue après le premier jour éprouva une diminution notable.
Salive. — Après la sueur, les altérations de la salive qui a paru quelquefois plus riche que de coutume en matières albuminoïdes.
Nous n'avons pas pu, il est vrai, en faire une analyse minutieuse, car nos connaissances chimiques n'étaient pas suffisantes pour arriver à ce résultat, nous devons l'avouer. Mais, ce que nous avons pu envisager, c'est la façon de se conduire de la salive vis-à-vis des réactions qui servent à déterminer la présence de l'albumine. Cette étude a été faite en parallèle avec celle des réactions de la salive normale. C'est ainsi que, dans les observations des nos 16 Sainte-Marguerite, et 12 Saint-Lazare, nous avons cru voir la salive plus albumineuse, sans que nous puissions néanmoins pousser plus loin nos affirmations.
Sang, — Mais qu'advient - il de la constitu-
— Gl —
tion du sang. Le chiffre des globules rouges est diminué. Il dépasse rarement 4,000,000 (Obs. I, IV. Saint-Lazare, obs. i du 3° groupe) ; mais il faut remarquer que si l'hémoglobine n'atteint pas généralement 14 0/0, il en est de même avant, pendant et après l'albuminurie. (Obs. i du 3e groupe ; obs. i du 4e groupe).
La pression artérielle, en dehors des lésions aortiques surtout, s'est montrée affaiblie(i3-i4 cm.). Des troubles variables se sont montrés du côté de la circulation, qui ont été favorisés dans quelques cas par l'altération de la paroi vasculaire.
Quoi qu'il en soit, l'albumine et les accidents nerveux ont toujours été de pair. La première paraît à une période avancée de l'affection, elle peut disparaître avec elle mais aussi l'accompagne dans ses diverses phases en s'aggravant jusqu'à la mort.