‹ Contribution à l'étude des albuminuries transitoires dans quelques maladies du système nerveuxChapitre 6 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SYMPTOMATOLOGIE

SOMMAIRE. — Etude clinique de l'albuminurie transitoire. — Durée. — Proportions. — Variations. — Influence du régime, de la douleur, des émotions morales, de l'exercice. — Etats concomitants : Sueur, érythème, sang.

L'albuminurie transitoire est caractérisée par la présence momentanée de l'albumine dans les urines.

Durée. — Sa durée peut varier de quelques heures à cinq ou six jours pour cesser et reparaître ensuite. Elle apparaît lorsque la maladie nerveuse est bien établie. Elle ne peut pas être attribuée à un vice de digestion, car ces phénomènes d'albuminurie ne se montrent pas seulement dans un état gastrique particulier ou l'après-midi dans la période digestive.

minurie spéciale et nous avons été naturellement conduit à nous demander quelle était la nature de ces matières albuminoïdes et à choisir entre divers procédés d'épreuves pour arriver à les déterminer.

L'acide azotique a ses inconvénients, il transforme à chaud l'albumine en acide xanthoproteïque qui se dissout facilement si l'albumine est en faible quantité (i). Cela n'empêche pas Bouchard et Cadier, de recommander l'excès de réactif et la chaleur (2), Néanmoins, nous voudrions bien être fixé sur cette question de proportion dans la quantité du réactif. Les avis en effet diffèrent à ce propos avec les expérimentateurs.

Le liquide de Tanret, très sensible, précipite les urates en dehors de l'action de la chaleur et il n'est pas impossible que la muqueuse du canal uréthral d'un goutteux ou d'un arthritique puisse, par le fait d'une hypersécrétion glandulaire, produire assez de mucine pour altérer la réaction, car il faut avouer qu'il n'y a pas toujours lieu d'avoir confiance en l'action des filtres. En outre, on ne saurait trop être en garde contre les leucorrhées si fréquentes chez la femme, leucorrhées de nature à troubler les expériences.

Notre bienveillant ami, le docteur Florence, chef des travaux à la Faculté de Lyon, nous a enseigné une manipulation publiée dans un journal depharmacie d'Anvers par un professeur de Yokohama au Japon.

(1) Galippe (Galette médicale) de Paris, 1873.

(2) Société de Biologie, 1876.

Dans un premier temps, versez un ce. d'acide sulfurique pur dans un tube à expérience. Au-dessus, laissez glisser le long des parois du verre et doucement un ce. de l'urine à essayer à laquelle on a préalablement ajouté quelques gouttes d'éther nitreux.

Il se fait un dégagement de chaleur immédiat et cette réaction donne, avec des traces d'albumine, un disque translucide ou opaque à Tintersection des couches de densité différente. En même temps l'éther absorbe l'acide hippurique et le dissout.

Ce procédé peut également servir à la recherche de l'acide phénique dont la présence se manifeste par une belle couleur violette.

Nous n'avons pas pu doser la quantité d'albumine en mesurant la hauteur du disque qu'elle produit, bien que nous ayons fait des expérimentations comparatives avec des solutions albumineuses titrées. Cependant nous avons agi sur des solutions de o,o5 à 0,80 d'albumine par litre. Pour faire ces épreuves, il est nécessaire de bien suivre les indications fournies, sinon il se formera un précipité rouge caramel produit par l'acide sulfurique en présence dé l'éther et de l'urine en proportions moindres.

Le passage des divers baumes, cubèbe ou copahu dans les urines n'influence pas les recherches.

Il faudra souvent se contenter en clinique du procédé de Gûbler ou de Heller qui est suffisamment exact. Autrement, il faudrait peut être conclure à la présence chez tous les sujets et à l'état normal

d'une faible quantité d'albumine après certains actes importants de la vie.

Il est difficile de déterminer l'espèce d'albumine à laquelle on a affaire. Il ne faut pas songer, pour cela faire, à la polarisation d'un emploi difficile.

Pourquoi donc nos réactifs ne se comportent-ils pas de la même façon avec telle ou telle urine ? C'est que sans doute, comme le pensait déjà L. Hamon, chacun fait ses albumines. M. J, Teissier, persuadé que l'albuminurhée est un phénomène indivi duel, nous a souvent fait remarquer la façon capricieuse avec laquelle ces albumines réagissent en présence des principaux réactifs communs. Car, si le plus souvent , le précipité se forme au bout de trois secondes , il se produit tardivement quelquefois, formant un disque d'aspect blanchâtre au-dessus du disque des matières colorantes. Ces urines, en général, laissent déposer en même temps de nombreux cristaux d'acide urique et des filaments de mucine. Mais il faudrait bien se garder d'attribuer toujours la production du disque retardé à la présence de l'albumine. Il tient le plus souvent à d'autres substances ; aussi M. Teissier ne croit pas qu'on puisse en préciser d'une façon constante la naturCjCar, si dans certains cas on peut Tattribuer soit à un dédoublement du disque d'acide urique et d'urates, comme l'admet le docteur Esbach (ce dernier disque étant formé, d'après l'examen microscopique, de cristaux d'urate d'ammoniaque), soit à de la caséine ou à des matières grasses, voire même à des peptones ; dans d'autres faits, il est constitué par du

nitrate d'urée, en voie de formation ou par des résines biliaires. La preuve en est que, dans certains faits, il se résout en cristaux brillants de nitrate d'urée qui tombent au fond du verre tandis que, dans d'autres circonstances, repris par l'alcool absolu, il se dissout. Ce disque, retardé de i o à 20 minutes, se trouve surtout chez les arthritiques dont les urines sont naturellement chargées d'acide urique et d'urates de soude, et, ce qui semble établir que ce ne sont pas matières albuminoïdes, c'est que la liqueur de Fehling additionnée de potasse ne vire pas au violet.

La chaleur, de son côté, agit peu sur ces albumines et même, très souvent, elle ne les coagule pas. Cependant, l'action de la chaleur associée à celle de l'acide nitrique fait apparaître dans les urines un nuage blanc albumineux légèrement opaque et reposant dans le tube à expérience sur un disque de matières colorantes très foncées. C'est cette élimination considérable de matières colorantes qui fait que l'albumine revêt quelquefois un aspect pigmenté qui tient à la présence de quantités anormales d'urochrome ou d'indican.

L'alcool absolu et le réactif de Tanret réamssent très vivement. Ce dernier produit quelquefois un disque verdâtre qui semble provenir de la présence des peptones , car nous avons pu reproduire ce précipité coloré en mélangeant le réactif de Tanret à une urine rendue peptonurique par l'adjonction de peptones artificielles.

Nous ne pouvons pas perdre de vue que, dans l'observation que nous devons à l'extrême obligeance

de MM. les professeurs Pierret et Renaut, la présence des peptones dans les urines a été constatée par une analyse chimique minutieuse.

Il est vrai cependant que, dans la réaction de Gûbler, nous avons vainement essayé de reproduire un disque blanc en acidifiant des peptones contenues dans une urine chargée de matières colorantes biliaires. M. Oliver, de Harrogate se sert d'une solution de peptone acidulée qui produit dans les urines contenant des sels biliaires un précipité semblable à Talbumine coagulée par l'acide nitrique. Nous n'avons jamais obtenu ainsi qu'une couleur verdâtre de biliverdine au fond du verre à expérience et qui ne nous semble pas devoir être confondu avec un précipité d'albumine.

Rarement ces albumines sont rétractiles; à croire M. le professeur Bouchard, ce ne serait donc point des produits à rattacher à une lésion des reins. Il y a dans cescasdeo,o5 ào,5o centigrammes d'albumine; au-dessus de 0,80 centigrammes, il faut craindre la formation d'une lésion.

Dans ce cas, comme lorsque l'albumine devient granuleuse, la maladie parcourt rapidement ses diverses phases.

Enfin, dans quelques observations, il s'est trouvé dans les urines quelques globules de sang. Il ne faut pas oublier que Claude Bernard a, par des excitations de la moelle, déterminé la présence du sang dans les urines sans lésion des reins. Il s'agit sans doute ici des excitations naturelles produites par l'état morbide.

La recherche des cylindres, vu son importance classique, devait naturellement nous occuper. Leur présence dans les urines semblerait quelquefois confirmer la croyance à la gravité du symptôme albuminurique.

Mais, dans les rares examens où ils ont été vus, leur présence était inconstante. Cylindres hyalins, ils ne paraissent pas avoir toute l'importance qu'on leur avait prêtée. Ces cylindres ne se sont presque jamais montrés granuleux. Ils n'ont donc pas longtemps séjourné dans le rein et ils ne montrent donc pas un état avancé des lésions dégénératives du rein. Leur valeur diagnostique semble avoir été exagérée.

En résumé, tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous sommes en présence d'une albuminurie spéciale distincte de l'albuminurie néphrite. Il y a là quelque chose d'analogue à la leucomurie de Gûbler, à l'albuminurie dyspeptonique d'Esbach, et ce qui frappe surtout notre attention, c'est l'alternance de cette albuminurie avec une sécrétion exagérée d'acide urique, phénomène dont ùous aurons à apprécier plus tard la signification.

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