INTRODUCTION
Le travail que nous présentons est une synthèse de la clinique et du laboratoire. Il constitue une parcelle de l'édifice immense, magnifique et durable qui est le fruit de la collaboration féconde de l’un et de l’autre de ces moyens d'investigation durant ces dernières années.
Il y a quelque vingt ans, ces pages n'auraient pu être écrites, et la question des angines, bien que fouillée par des cliniciens émérites, restait entière, sur le terrain étiologique et pathogénique, comme aussi sur le terrain thérapeutique. Bretonneau, et après lui, l'observateur délicat qu'était Trousseau, avaient, cependant, en s’aidant de remarques judicieuses, tirées de l'examen des malades et de la marche de la maladie, distingué des angines couenneuses qui n'étaient pas diphtérique, et montré comment, par contre, l’angine diphtérique constituait une maladie générale, folius substantie.
I fallut les progrès de la bactériologie, pour réagir contre les idées venues d'Allemagne et la doctrine de Virchow, qui distinguait les inflammations croupales des inflammations diphtéritiques. La théorie de la spécificité, déjà étayée par Trousseau, sur des arguments
cliniques, était définitivement consolidée par la découverte du bacille de Klebs-Lœffler et de ses diverses manifestations toxi-infectieuses.
Avec lui, apparurent successivement, les divers germes pathogènes spécifiques qui commandent à la plupart des manifestations morbides de l’organisme humain. Au fur et à mesure que s’étendaient nos connaissances sur leur rôle agressif, diminuaient les distances qui séparaient les uns et les autres sur le terrain de la spécificité.
Et, de bien encadrés qu'ils étaient au début, dans les limites de leur pathogénie respective, les germes microbiens perdirent peu à peu, leur particularisme d’action, leur spécificité lésionnelle, pourrait-on dire, pour ne plus conserver que sur le terrain humoral, leurs caractères spécifiques en fait de processus morbigènes.
C’est ainsi que se perd peu à peu la notion du bacille de Lœffler toujours identique à lui-même dans la genèse des fausses membranes, alors que l’on constate que l’angine herpétique, comme la simple angine érythémateuse, peuvent être fonction de diphtérie.
C’est aussi de cet enseignement qu'est sortie revivifiée et complétée, la doctrine des angines couenneuses non diphtériques, la notion de l'existence de fausses membranes produites par d’autres microbes que le bacille de Loffler.
Après le streptocoque, le staphylocoque, le pneumocoque, on démontra l’action pathogène dans la gorge, du tétragène, des bacilles coliformes, du bacillus megatherium, du bacille fusiforme et des spirilles de Vincent, de levûres diverses et même de champignons inférieurs.
Une place était réservée, au milieu de cette cohorte, d'infiniment petits, ennemis des organismes supérieurs, au pneumobacille de Friedlaender.
Hye—
C'est l'histoire de ce bacille, dans la gorge malade, que nous voulons essayer de tracer aujourd’hui.
Nous y avons été amené par les conseils affectueux de notre ami le docteur Charles Garnier, sous-directeur de l’Institut sérothérapique de PEst. Appelé, par ses fonctions, à examiner pas mal d’exsudats amygdaliens, au point de vue de leur flore microbienne, il recueillit fortuitement, chez deux de ses malades, le pneumobacille à l’état pur, dans des fausses membranes d’évolution et de caractères particuliers.
L'angine pneumobacillaire ayant été, jusqu'ici, rarement signalée dans les publications spéciales, il était intéressant d’en étudier la genèse, l’histoire clinique et les caractères distinctifs. C’est là le but du présent travail.
Mais, avant de l’aborder, nous avons jugé utile de passer rapidement en revue les caractères généraux du bacille de Friedlaender, ses propriétés biologiques et son rôle en pathogénie humaine.
Nous arriverons ensuite à l'étude clinique des angines à bacille encapsulé pur, en les considérant successivement dans leur évolution aiguë et dans leur forme subaiguë et chronique, puis nous dirons un mot des associations avec le bacille diphtérique.
Après quelques considérations sur l’étiologie et la pathogénie encore obscures de cette entité morbide, nous en approfondirons le diagnostic clinique et le diagnostic bactériologique.
Enfin, nous terminerons par quelques indications concernant le pronostic et le traitement.
En nous permettant de placer notre travail sous son savant patronage et sous les auspices de l’Institut sérothérapique, dont nous avons pu consulter avec fruit la
ne 3
riche bibliothèque, M. le professeur Macé, auquel nous sommes redevable de notre éducation technique en matière d'hygiène, nous fait un honneur dont nous reconnaissons tout le prix.
Il a bien voulu accepter‘la présidence de notre thèse ; qu'il nous permette aujourd’hui de lui présenter l’hommage de notre vive et respectueuse reconnaissance.
Que MM. les professeurs Weiss, Rohmer, Haushalter,
recoivent l'assurance de notre profonde gratitude, pour leur fructueux enseignement clinique.
A maintes reprises, M. le professeur Bouin et M. le professeur agrégé Michel nous ont donné des preuves de leur amicale sympathie. Nous en avons été vivement touché. Nous les remercions bien sincèrement ainsi que MM. les professeurs agrégés Richon, G. Gross et Fruhinsholz qui, devenus nos maîtres, ont bien voulu se rappeler que nous avions été leur condisciple.
Notre ami et compatriote M. le docteur Charles Garnier a bien voulu nous inspirer le sujet de notre thèse inaugurale. Il n'a ménagé ni son temps, ni sa peine, pour nous permettre de mener à bien ce modeste travail. C’est un bonheur pour nous de lui exprimer ici publiquement toute notre affectueuse reconnaissance.
Nous n’oublierons jamais les quatre années que nous avons passées comme interne à l'asile de Maréville. Nous avons débuté dans le service de M. le docteur Päris, chargé du cours des maladies mentales à la Faculté. Nous avons toujours trouvé auprès de lui l'accueil le plus bienveillant et la plus aimable sympathie. Qu'il reçoive l'assurance de notre respectueux attachement.
Nous saluons avec émotion, la mémoire de M. le docteur Vernet, qu'une mort brutale vint ravir à l’affection des siens et de tous ceux qui le connaissaient. Nous
— (e — garderons fidèlement le souvenir de ce maitre toujours si indulgent et si bon.
Nous serions ingrat de ne pas nous rappeler les bons camarades de l’Internat. Nous avons contracté là des amitiés précieuses que l'éloignement ne saurait affaiblir. Que les fidèles compagnons de nos dernières années d'internat et d’études, les docteurs Martin et Dubois, camarades des bons et des mauvais jours, reçoivent ici l'assurance de notre plus vive affecticn.
Merci enfin, à nos excellents amis les docteurs Blum, de Reims, Awmselle, d'Epernay, G. Grangjean, Fargues, Henri Robert, ainsi qu'à ceux qui, au cours de nos études, nous ont donné des preuves de leur sympathie.