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CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU BACILLE DE VRIEDLABNDER

Ses propriétés biologiques. — Son rôle en patbhogénie humaine.

Le Pneumobacille de Friedlaender, appelé encore Bacillus Friedlænderi, Pneumocoque de Friedlaender, Bacterium pneumoniæ, appartient au groupe de ces bacilles encapsulés (Kapselbazillen, de À. Abel (1) dont les affinités ne sont pas encore complètement élucidées.

Assez voisin du Colibacille, auquel, dans le même groupe, semble le rattacher l'espèce dénommée Bacillus coli immobilis, il forme, avec le Bacillus lactis innocuus, avec le Bacillus lactis aerogenes, avec le Bacille du sclerome et le Bacillus coli immobilis, un ensemble assez homogène, dont chacun des types présente, cependant, des particularités différentielles.

Nous ne voulons retenir, dans ce travail, que le type constitué par le Bacillus pneumoniæ Friedlaenderi.

Découvert en 1882, par Friedlaender {2), dans les exsu-

(1) Handbuch der pathogenen Mikroorganismen von Kolle und Wassermann, Iéna, 1903.

(2) Fortschritte der Medizin, Bd. 1-3; Wirchow's Archiv., Bd. 87, 1882,

dats de malades atteints de pneumonie franche, il fut longtemps, pour cette raison, considéré comme l'agent spécifique de la pneumonie fibrineuse, Ce sont les recherches de Sternberg, de Talamon, de Fraenkel, qui permirent de rendre au Microccus Pasteurti, au Pneumocoque, la place qui lui était due, dans la genèse de cette maladie.

Cette constatation n'innocentait pas cependant tout à fait le Pneumobacille vis-à-vis du genre humain, car son rôle pathogène, quoique encore obscur, n’en était pas moins évident. Nous verrons tout à l'heure, que ses méfaits peuvent être nombreux en pathologie humaine et que pour lui, la dénomination de « microbe à tout faire » (Etienne) (1) n’est pas injustifiée.

CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES. — Le pneumobacille de Friedlaender présente une morphologie assez variable, Tantôt il affecte la forme de coccus ovalaires, peu allongés (coccobacilles), d’où son appellation ancienne de Pneurocoque de Friedlaender, tantôt l'apparence bacillaire s’allonge jusqu’à devenir de véritables filaments.

Habituellement, il est constitué par des bâtonnets courts et larges, à extrémités arrondies, longs de 1# en moyenne, isolés, ou souvent réunis deux à deux, ou en courtes chainettes (Macé) (2). On n’a pu encore déceler despores bien nettes dans cette espèce.

Le pneumobacille est toujours immobile.

Dans certaines conditions, on distingue très nettement une capsule, qui peut être commune à deux ou trois corps bacillaires. La capsule est difficile à mettre en évidence pour le bacille cultivé en milieux artificiels, mais elle est très nette dans les liquides de l'organisme

(1) Archives de méd. expériment., t. VIT, 1899. (2) Traité de bactériologie, Paris, 1904.

(sang, crachats, sérosités). Elle semble de nature gélatineuse, résistante aux acides, mais dissoute rapidement par les alcalis.

CororarTion. — Le pneumobacille est facilement colorable par les teintures d’aniline habituelles. Il ne conserve pas le Gram ; le corps bacillaire et sa capsule se décolorent complètement.

La capsule peut être facilement mise en évidence par le violet de gentiane ou le violet de dahlia légèrement acétifiés (Méthodes de Ribbert et de Friedlaender).

CuLrures. — Ce microbe se développe facilement sur tous les milieux à partir de 15° à 200. Il est aérobie et facultativement anaérobie.

Besançon et Griffon (1), qui ont beaucoup employé comme milieu le sérum de lapin, indiquent ce liquide organique comme milieu électif pour le pneumobacille. Il s’y développe très abondamment « sous sa forme type de diplococcobacille encapsulé ».

En bouillon peptonisé, il se fait rapidement un trouble uniforme avec, parfois, un mince voile périphérique, d'aspect muqueux, adhérent à la paroi du tube. Puis il se forme, avec le temps, un dépôt muqueux, glaireux, qui s'attache au verre. Le milieu prend souvent dans les cultures, un peu anciennes, une consistance visqueuse.

Sur gélose, il se produit des colonies blanc jaunûtre, quelquefois d’un gris bleuté à reflets brillants. Ces colonies confluent rapidement ; elles sont douées d’une certaine viscosité, ce qui, sur des milieux inclinés, porte la culture à couler au fond du tube. Les colonies confluentes, lorsqu'il s'agit d’ensemencement en strie, ont, au début, un contour légèrement dentelé.

(1) Soc. de biologie, 1898.

Ne

Sur gélatine, en plaques, au bout de deux ou trois jours, apparaissent des petites colonies punctiformes, d’un blanc un peu sale, à bords nets, qui en atteignant la surface, s’étalent en petits mamelons blanchâtres, parfois brunâtres d'apparence muqueuse. La gélatine n’est pas liquéfiée.

Sur gélatine, en piqûre, après un ou deux jours, on voit se former à la surface, une petite tête blanchätre, constituée par une colonie mamelonnée, qui s'étale en donnant une masse hémisphérique d’un blanc grisâtre brillant, tandis que sur le trajet de la piqûre, pousse une tige composée d’un agrégat de sphérules blanches, parfois finement épineuses. On a, ainsi, la culture type, dite en « clou à grosse tête ». Pas de liquéfaction de la gélatine.

Sur sérum coagulé, les cultures sont analogues à celles sur gélose, un peu moins luxuriantes. Elles se montrent, en général, de bonne heure, dans les vingt-quatre heures.

Surpomme de terre, le pneumobacille donne des colonies grisâtres, épaisses, visqueuses et détermine la formation de nombreuses bulles de gaz. La culture pousse abondamment.

Dans le /ait, le développement se fait facilement. La coagulation se produit avec un grand nombre d’échantillons du bacille ; généralement, elle est lente. Grimbert (1) a montré que certaines races coagulaient en vingt-quatre heures, d'autres, en treize jours, seulement. Dans quelques cas, le lait ne serait pas coagulé. Cependant, Denys et Martin (2) ont prouvé qu'on pouvait

(1) Annales de l’Institut Pasteur, t. IX, 1895 et t. X, 1896. (2)

La Cellule, t. IX.

obtenir un caillot après avoir fait passer le microorganisme par plusieurs cultures successives sur le lait.

On voit déjà, par cet exemple, que les propriétés zymotiques du pneumobacille ne sont pas d’une fixité absolue, pour toutes les races du groupe. Certains auteurs, Grimbert(1}, notamment, ont voulu se baser sur les propriétés fermentatives de ce bacille, pour en distinguer plusieurs types.

Ce sont les matières sucrées qui ont servi de base à cette étude expérimentale.

D'après Denys et Martin(2), Frankland, Stanley et Frew (3) et d'après Grimbert{(4),le pneumobacille, pris en général, fait fermenter énergiquement les sucres : le glucose, le galactose, l’arabinose, la mannite, la dulcite, la glycérine, le saccharose, le lactose, le maltose, l'érythrite.

Certains types, cependant (Frankland) (5), ne font fermenter ni la glycérine, ni la mannite ; d’autres (Hébert) (6), sont sans action sur la dulcite et l’érythrite.

Les produits qui se forment, pendant la fermentation, sont variés et diffèrent, suivant la nature de la substance sucrée à transformer. On a là un exemple peu fréquent, d'un ferment donnant des produits variables avec la nature du sucre qu'il détruit.

Le glucose, le galactose, l’arabinose, la mannite et la glycérine donnent de l'acide lactique gauche, à l’exclusion d'acide succinique; le saccharose, le lactose et le maltose donnent de l'acide succinique en même temps

(1) Loc. cit.

(2) 2LoCtcrr:

(3) Journal of chemical Society, 1801.

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) Thèse de Paris, 1896-97.

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