OBSERVATIONS
OBSERVATION I (personnelle).
Alexandrine J,.., brocheuse, âgée de 34 ans, née à Paris, se présente dans !e service de M. Pi nard, le 20 janvier 1883, à huit heures du soir, disant qu’elle a épro uvé les premières douleurs vers six heures. Les membranes ne sont pas encore rompues. Elle est enceinte pour la quatrième fois ; ses grossesses et ses accouchements antérieurs se sont passés normalement. Les dernières règles remontent au 15 avril 1882. Le travail suit son cours régulier et à dix heures l’accouchement se termine sans intervention. Après la délivrance il se produit une hémorrhagie qui est arrêtée par l’administration d’ergot de seigle. L’enfant pèse 3 kil. 400 gr.
Alexandrine J... est grande, brune, douée d’une bonne constitution et s’est toujours bien portée. Elle a été réglée à l’âge de treize ans.
De ses trois enfants, les deux premiers qu’elle a nourris sont bien portants; le troisième élevé par une nourrice est mort à deux mois d’une méningite.
Le 22, la fluxion mammaire commence à se produire dans la
moirée, La femme n’accuse qu’un peu de céphalalgie 'et une soif Tive.
Le 23. Pouls 96. Temp. 38®, 2.
Le peau est moite, la soif vive, la céphalalgie a persisté; il n’y a pas eu de frisson. Cette femme nous raconte que la sécrétion lactée a toujours été très abondante chez elle et qu’à ses accouchements précédents elle a constaté, dans chaque aisselle, la présence d’une glande qui augmentait rapidement de volume, puis devenait molle et disparaissait presque cornplètîment au bout de quelques semaines.
Les seins sont très durs et très gros. La peau, lisse, tendue, sillonnée de nombreuses veines, est peu épaisse et laisse facilement sentir les lobes mammaires. Les mamelons sont sains, bien conformés; les aréoles très larges et très pigmentées. Les tubercules de Montgomery sont en grand nombre, saillants et laissent sortir à la pression des gouttes de lait.
Du colé gauche au-dessus et en dehors de la mamelle, sous le bord inférieur du grand pectoral, la peau est soulevée par une saillie tri-lobée. Nous trouvons, appliquée sur la paroi thoracique, une tumeur sous-cutanée, longue de 9 centimètres et large de 4, se prolongeant en haut et en arrière jusqu’à la face interne et supérieure du bras. Sa surface est inégale et son épaisseur variable; enefîetelle présente des grains riziformos et des petites saillies dont troi.s, du volume d’une noisette, semblent surajoutées et sont séparées par de légères dépressions. Cette tumeur est facilé à limiter et à déplacer. Elle offre la résistance élastique des îlots glandulaires. Elle n’adhère pas aux couches profondes, mais se rattache à la mamelle et semble un peu moins large à ce niveau. La peau ne présente ni chaleur ni rougeur particulière, pas de douleur spontanée, mais un peu de gêne dans les mouvements du bras, La femme n’y éprouve qu’une tension semblable à celle qu’elle éprouve dans les seins.
Du côté droit, et occupant la même région, se trouve une tumeur en tout comparable à celle de gauche. Elle est rattachée à la mamelle et s’étend aussi jusqu'au bras, mais elle est un peu moins volumineuse,
. M. le D*" Pinard diagnostique un prolongement anormal de la mamelle.
A la visite du soir, le pouls et la température u’ont pas changé. Le mamelon est moins saillant par suite du gonflement des seins et la succion est difficile etlpénible'.
Le 24. Pouls 100. Temps 38°, 4.
La malade a peu dormi celte nuit; les seins sont très distendus et très durs par suite des difficultés que présente l’allaitement. La soif est toujours très vive. A part un peu de céphalalgie, l’état général est très satisfaisant. ILochies non fétides. Pas de frisson.
Les prolongements de la mamelle sont plus résistants, ont augmenté de volume et par suite changé d’aspect. 'Les mouvements du bras sont plus gênés que la veille, la pression est un peu douloureuse.
A gauche, les lobules sont plus prononcés et plus consistants; ils forment deux saillies, placées, l’une sur la paroi thoracique, l’autre sur la face supérieure et interne du bras, de manière à se juxtaposer lorsque le membre supérieur est rapproché du corps. Dans l’intervalle, on retrouve du tissu grandulaire qui les unit entre eux et avec la mamelle.
Du côté droit, le prolongement présente des modifications analogues et forme sous la peau deux saillies, l’une thoracique, l’autre brachiale.
Le 25, L’état général est toujours très bon, pouls 93, temp. 38°. Le lait coule abondamment, la succion est devenue facile, aussi les seins sont-ils moins durs et moins tendus. Les prolongements, tout en conservant le même volume, sont plus mous que la veille et moins durs que la mamelle.
L? 26 .PoiiUjOO. Tenp. 37°, 7
Les seins sont moins tendus, le lait coule avec une grande abondance. Des deux côtés, les saillies formées par les prolongements rappellent l’aspect du premier jour.
Le 27 . Pouls 87. Temp 37°,8.
Les deux prolongements sont moins saillants, mais on constate à la palpation qu’ils ont à peu près le même volume^, ils sont seulement plus mous, plus' dépressibtes.
Le 28. Pouls 96. Temp. 38<>,.'>.
La malade accuse de la douleur dans la fosse iliaque gauche ; à la palpation oh constate que l'S iliaque est distendu par les matières fécales. Du reste, pas d’autre douleur. L’iuvolution utérine
s uitsa marche régulière, les lochies n’ont pas de mauvaise odeur.
L^s prolongements présentent une consistance encore plus molle. Les saillies brachiales ont diminué de volume et apparaissent moins que les thoraciques. Il semble que la régression déjà observée commence à s’y produire.
On prescrit un lavement à la glycérine.
Le 29. La malade se sent très bien depuis qu’elle a pu aller à la selle ; 1 1 do uleur de la fosse iliaque a disparu.
A gauche, le prolongement présente à peu près le même aspect. ^1 n’en est pas de même .à droite, où le prolongement a beaucoup diminué de volume et présente une consistance mollasse. Lorsque nous relevons le bras de la malade, nous voyons le bord inférieur du grand pectoral se dessiner sous la peau. Le creux axiljaire est moins effacé que de l’autre côté.
Alexandrine J... quitte l’hôpital.
OBSERVATION II (personnelle).
Emilie S., journalière, âgée de 18 ans, née à Pouilly (Nièvre), entra dans le service de M. le D' Pinard le 2 janvier 1883 et accoucha dans la soirée d’un fœtus de six mois environ qui vécut deux heures. Primipare. Le travail ne présenta rien de particulier, la délivrance fut naturelle.
Le 5 janvier, à la visite du matin, Emilie S. se plaint d’avoir dans l’aisselle gauche une tumeur douloureuse qui n’existait pas la veille et a grossi très rapidement. Elle n’a pas de fièvre et n’a pas éprouvé de frisson.
Les mamelons sont sains et bien conformés, les seins sont durs et présentent l’aspect particulier de la fluxion mammaire.
A la hauteur du mamelon et en dehors de la mamelle gauche se présente une saillie se dirigeant vers l’aisselle en suivant le bord inférieur du grand pectoral. La peau très distendue présente à ce niveau une teinte rosée et peu prononcée, mais pas de chaleur particulière. Les mouvements des bras sont gênés et déterminent une légère douleur. A la palpation, on constate la présence d’une tumeur grosse comme une noix, allongée, à grand diamètre antéro-postérieur. Cette tumeur est sous-cutanée, facile à limiter Maschat. 8
et à déplacer; on sent à travers la peau des petits grains durs, ovoïdes, de forme et de consistance semblables aux acini de la mamelle^ Cette tumeur n’adhère pas aux tissus voisins, mais se rattache à la mamelle par sa portion interne.
A droite, nous trouvons une tumeur analogue mais plus petite ; elle est moins sensible à la pression.
M. le D' Pinard diagnostique un prolongement anormal de la mamelle.
Le 6. L’état général est très bon. Les seins et les prolongements n’ont pas changé d’aspect. A gauche, la peau est moins tendue et ne présente plus de rougeur. Des deux côtés, les prolongements ont perdu de leur consistance. On sent facilement sur toute leur surface de petits grains glanduleux.
Le 8. Le dégorgement des mamelles continue à se faire. Les prolongements sont un peu moins volumineux et surtout plus mous, plus dépressibles que la veille. La douleur a disparu, les mouvements des bras ne sont plus gênés.
Le il. Emilie S. quitte l’hôpital sur sa demande. L’état général étant resté toujours très bon et les suites de couches ayant eu leur cours physiologique. Pendant les deux derniers jours, les prolongements diminuèrent un peu de volume à mesure que, comme les seins, ils devenaient moins consistants.
OBSERVATION j,lll (personnelle).
Alphpnsine Le H., couturière, âgée de 19 ans, née à Brest, est entrée dans le service de M. le D*' Pinard le 3 février 1883. Cette femme est brune, de petite taille et de chétive apparence. Elle a toujours eu une santé délicate et reste seule de huit entants. Sa mère est morte phthisique. Elle a marché très jeune et n’a jamais eu de manifestations strumeuses. Ses règles ont apparu pour la première fois à quatorze ans ; depuis elles sont régulières.
Elle a fait le 16 novembre 1881, un avortement sur lequel elle ne peut fournir aucun détail.
Ses dernières règles ont eu lieu le 6 mai 1882, sa grossesse a été normale. Elle perdait, dit-elle, des eaux depuis deux jours lorsque les premières douleurs se manifestèrent le 4 février vers qua-
tre heures. Elle accoucha dans la nuit vers deux heures d’une fille pesant 2 kil. 230 gr. Travail régulier, délivrance naturelle.
Le 7, au matin, elle accuse dans l’aisselle gauche une tension douloureuse. Les mamelons sont un peu petits, mais très sains* L’aréole est étroite, à peine pigmentée, nous n’y trouvons pas de tubercules de Montgomery. La peau des seins est très blanche. Les glandes mammaires sont gonflées et la pression fait sortir des gouttes de colostrum.
Au sommet du creux axillaire et placée derrière le grand pectoral, nous trouvons une petite tumeur sous-cutanée de la grosseur d’une amande et de forme aplatie. Elle n’adhère ni à la peau ni aux couches profondes, elle est bien isolée. Sa surlace est inégale et présente de petites saillies résistantes et élastiques donnant les mêmes sensations que le tissu mammaire. La douleur légère causée par la pression est absolument limitée à son niveau. Ni chaleur, ni rougeur delà peau, l’état général est très bon.
M. le D' Pinard diagnostique une glande accessoire privée de mamelon.
Le 8. L’allaitement est difficile par suite de la petitesse du mamelon ; la sécrétion lactée est du reste très faible, la glande axillaire n a pas changé d’aspect.
Le 9. La sécrétion lactée reste toujours aussi pauvre, les mouvements du bras sont gênés. La glande accessoire, aussi grosse que la veille, est plus molle, plus dépressible, ce qui permet de mieux sentir de petits grains glanduleux.
Les 10 et 11. Le gonflement des seins diminue, la glande axillaire n’est plus douloureuse et se laisse plus facilement déprimer entre les doigts.
L’état général a toujours été très bon ; les suites de couches sont régulières et normales.
Cette femme étant restée quelque temps à l’hôpital, à cause des soins que nécessitait la faiblesse de son enfant, nous avons pu l’observer à un moment assez éloigné de l’accouchement. Voici ce que nous constatons lorsque la malade quitte l’hôpital le 24 février.
Les seins. sont revenus à leur état habituel, la sécrétion lactée ■ est nulle ; la glande accessoire forme une masse assez molle, dépressible et se laissant facilement déplacer; elle est moins grosse
que pendant les premiers jours; elle a conservé sa forme aplatie. La pression n’est nullement douloureuse.
OBSERVATION IV (personnelle).
Notre thèse était terminée quand nous avons recueilli cette observation. La g’iande accessoire présenta les manifestations que nous avons constatées dans les autrès cas. Nous ferons remarfjuer qu’elle ne diminua pas de volume pendant le temps que la femme resta dans le service.
Pauline B., tapissière, âgée de 21 ans, entre le 15 mars 1883 à l’hôpital Lariboisière, service de M. Pinard. Cette femme, blonde, douée d’une bonne constitution, accuse dans ses antécédents plusieurs maladies, pneumonie, lièvre typhoïde, rhumatisme articuculaire aigu. Elle a marché très jeune et n’a jamais eu de manifestations strumeuses. Elle a été réglée à treize ans, depuis ses règles sont régulières et durent quatre ou cinq jours. A la fin de décembre 4881, elle accoucha d’un garçon qui se présenta par le sommet. La grossesse, l'accouchement et la délivrance ne présentèrent rien de particulier. L’enfant fut placé ennourriceet mourut à l’âge de trois mois.
Ses dernières règles ont eu lieu du 20 au 25 mai 1882. Sa grosse.sse s’est bien pa.ssét. Les premières douleurs apparaissent le 15 mars à onze heures du soir. Le 16 mars, la dilatation est complète à trois heures ei l’accouciiemeut se termine à trois heures et demie du matin. Préseniation O. I. G, A. Délivrance naturelle. Poids de l’enfant (fdle), 3 kil., 800.
L’étai général a toujours été très bon, les suites de couches ont suivi leur cours régulier et la fluxion mammaire se produit dans la journée du 17 mars. Desseins très volumineux donnaient du lait en grande abondance ; le mamelon était bien conformé, l’aréole peu prononcée et peu pigmeniée. Pendant les premiers jours, l’allaitement se lit bieii, mais il devint pénible à dater du 20 mar.s, quelques érosions s’élatil fronuites.
Le 21 mars au matin, nous trouvons sur les mamelons quelques petites érosions plus prononcées à gauche. Il n’y a pas de lymphangite. La pression ne provoque pas de fiouleur au niveau des mamelles, cette femme nous raconte qu’elle a dans l’aisselle droite « une glande > qui gêne les mouvements du bras et qui devient parfois douloureuse.
Elle a remarqué sa présence pour la première fois il y a environ trois ans et, dit-elle, alors qu’elle ne pouvait pas encore être enceinte. Elle éprouva d’abord une certaine gêne à ce niveau, gêne qui était continue, mais beaucoup plus prononcée à chaque époque menstruelle. A ces moments-là et pendant toute la durée des règles, elle éprouvait une douleur assez vive se propageant dans tout le bras et la forçant à suspendre son travail. Elle observa ces faits un certain nombre de fois, puis devint enceinte. Dès le début de la grossesse, la glande axillaire augmenta de volume et fut comme la mamelle le siège de picotements et d’élancements douloureux. Après l’accouchement, la glande augmenta encore de volume et devint plus dure pendant quelques jours. E le détermina de la douleur, douleur qui ne disparut pas complètement et s’accusait surtout aux époques des règles.
Pendant sa seconde grossesse et après l’accouchement, les mêmes phénomènes s’y reproduisirent,' mais elle n’en parla pas.
Nous voyons aujourd’hui que le creux axillaire droit est effacé, surtout dans sa partie antérieure, que la peau de cette région est soulevée, mais ne présente rien de particulier.
A la palpaiion, nous trouvons, placée directement sous la peau, une tumeur du volume d’un œuf, de forme allongée, située derrière le bord inférieur du grand pectoral et empiétant sur la surface interne et supérieure du bras. Celle tumeur est assez molle, il est facile de la limiter et de la déplacer; elle est parfaitement isolée de la mamelle et n’adhère pas aux tissus voisins. En la comprimant entre les doigts, nous sentons un grand nombre de grains riziformes. La pression est douloureuse et la douleur est absolument limitée à son niveau.
Du côté dro't nous ne trouvons rien de setnblaltle.
M. le D’ Pinard diagnostique une glande accessoire et prescrit de laisser à demeure sur les mamelons une compresse tiempée dans une solution d’acide borique et recouverte par du taffetas
gommé. Les seins sont soutenus à l’alde de plusieurs couches de ouate.
Le 22. Cette femme a éprouvé hier un frisson qui fut bientôt accompagné d’une élévation de température’(40<>). Elle ne se rappelle pas ce qui s’est passé, mais elle était très agitée. M. Boissard, interne du service, fut appelé et après avoir constaté que les urines contenaient de l’albumine prescrivit un lavement au chloral.
Aujourd’hui cette femme va bien; elle est un peu fatiguée et encore assoupie. Du reste pas de lièvre ; lochies non fétides, pas de douleur abdominale.
La glande axillaire présente le même aspect que la veille.
Traitement des érosions. Diète lactée.
Le 23. La malade se dit très bien; son état général est bon, pas de lièvre, l’urine présente encore des traces d’albumine.
Elle nous dit que la glande de l’aisselle a du beaucoup diminuer de volume, puisqu’elle n’en éprouve plus aucune gêne. Cependant il est facile de constater qu'e son volume est le même, elle est seulement un peu moins dure. Malgré les érosions qui sont .en voie de guérison elle allaite son enfant; les seins sont mous, toute tension a disparu, phénomènes qui coïncident avec ceux de la glande axillaire.
Le 24. Etat généra très bon. Les érosions sont presque guéries surtout à gauche, l’allaitement est moins pénible. La glande axillaireplus molle, reste aussi volumineuse.
Les jours suivants la glande axillaire n’a pas changé d’aspect; mais elle ne détermine aucune gêne ; la pression n'est plusdouloureuse à son niveau. Les érosions sont complètement guéries.
Cette femme quitte l’hôpital le 27 mars.