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CHAPITRE II

Conséquence de la pluralité des systèmes sanguins

Dans le chapitre précédent où nous venons de décrire un certain nombre de groupes sanguins dont l'existence est actuellement universellement admise.

Les systèmes ABO, MN, Pp, le système Rhésus.

Nous avons vu qu’à chacun de ces systèmes correspond un certain nombre de génotypes ou groupes sanguins. Ces groupes sanguins peuvent être définis par un ‘complexe antigénique et ces antigènes peuvent être mis en évidence par des antisérums appropriés ; mis en, contact avec le sang à analyser, ils donneront des réactions d’agglutination. Ces réactions indiquent que le facteur correspondant à lanticorps en cause est présent sur l’hématie. La non agglutination indique son absence.

A chaque phénotype correspondent un ou plusieurs génotypes.

Les gènes correspondants aux différents systèmes sont portés par des chromosomes différents et sont donc hérités indépendamment les uns des autres. Il en résulte qu’un sang peut et doit appartenir à la fois à ces différents systèmes : un sang humain occupera simultanément sa place dans le système ABO comme dans le système MN, Pp. ou Rh. Il pourra être par exemple :

A!B par rapport au système ABO MN Se MN PP ee PP es, — Rhésus

Au point de vue théorique le système ABO permet de définir l’existence de 10 génotypes sanguins, 3 génotypes correspondent respectivement aux systèmes MN et Pp, le sytème Rh peut être considéré comme en renfermant 55.

La pluralité des systèmes sanguins à laquelle correspond Ja multiplicité des génotypes, la polyvalence d’un sang par rapport à ces systèmes, permettent d'envisager un nombre extrêmement important de combinaisons possibles. .

Soit, en effet, un coffre fort dont le chiffre est déterminé par 4 galets ; chacun de ces galets portant respectivement 10, 3, 3 et 55 chiffres, on conçoit aisément le grand nombre de combinaisons qui peuvent être réalisées : il en est de même pour les sangs humains. Il existe en effet:

ABO ‘© MN Pp Rh RARES TE 55

— 4,955 combinaisons

possibles, correspondant à 4.955 types de sang différents. - Nous remarquerons que ce nombre de combinaisons est susceptible de s’accroître extrêmement rapidement. Lorsque le système Q que nous n’avons fait que mentionner sera passé dans la pratique courante, ce nombre se trouvera porté à 8.110. Les études actuellement en cours concernant de nouveaux antigènes Rhésus et les antigènes du type LUTHERAN, permettent de concevoir l’existence de plus de 500.000 combinaisons.

Considérant que l’étude des antigènes sanguins est une science relativement jeune qui s’est surtout développée au cours de ces 10 dernières années, science qui prend actuellement une extension considérable en particulier, en Amérique, en Angleterre, en Hollande et en France, on peut espérer sans optimisme exagéré obtenir un nombre de combinaisons infiniment plus grandes et éventuellement arriver à établir ainsi une individualité sanguine propre à chaque sang humain, individualité peut être aussi poussée que celle fournie par les tests anthropologiques et morphologiques, les empreintes digitales par exemple (34). Malheureusement on est limité dans cette recherche par le fait que certains antisérums sont encore très rares :

(34) Cf. MOUREAU : Contribution à l'étude des facteurs d'individualisation du sang humain 1935. Et. Lenterich-Lowain.

. —— Groupes sanguins et médecine légale : Revue de droit pénal et de criminologie. Janvier 1947, novembre-décembre 1946,

il est probable qu’ils le deviendront moins dans un prochain avenir.

Partant de la même conception initiale (gènes correspondant aux différents systèmes portés par des chromosomes différents), nous pouvons affirmer qu'il existe un système héréditaire autonome pour chaque système sanguin et que dans un sang les facteurs provenant de chacun de ces systèmes seront hérités indépendamment les uns des autres.

Les lois de la génétique permettent d'envisager un certain nombre de cas correspondant à des impossibilités de filiation. La multiplicité des systèmes et leur indépendance réciproque sur le plan génétique, entraînent donc par voie de conséquence la multiplicité des cas d'exclusion.

Si l’examen des trois sangs ne permet pas d'envisager une exclusion par rapport au système ABO, Pp, Rh, mais s’il existe cependant une contradiction avec les lois héréditaires du système MN, cette seule constatation permettra au médecin expert de conclure avec certitude à une impossibilité absolue de filiation.

La pluralité des systèmes sanguins entraîne donc la multiplicité des cas d’exclusion. Que cette exclusion se fasse grâce à un ou plusieurs facteurs, sa valeur en tant que preuve est toujours la même.

Cette preuve issue de l’analyse des sangs présente un intérêt médico-légal considérable. Il n’est pas superflu de l’analyser avec précision, aussi lui consacrerons-nous une attention particulière, envisageant successsivement sa valeur scientifique, théorique et pratique, sa fréquence, sa nature même, c’est-à-dire sa valeur en tant que preuve positive et négative.

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