‹ Contribution à l'étude des arthrites suppurées dans la maladie de ParrotChapitre 23 sur 30 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

(Valleix, Bulletin de la Société anatomique de Paris, 1834.)

Fillette âgée de 10 jours présentant quelques troubles digestifs et une impotence fonctionnelle douloureuse du bras gauche. A 20 jours, apparition au-dessus de l'articulation radio-carpienne droite d'une tumeur volumineuse et douloureuse très nettement fluctuante entourant entièrement le radius. Mauvais état général.

Le lendemain apparition d’une nouvelle tumeur fluctuante et douloureuse au niveau de l'articulation scapulo-humérale gauche, soulevant le deltoïde. Mort dans le collapsus le lendemain.

A l'autopsie on trouve dans l'articulation de l'épaule une once de pus blanc, peu consistant et sans odeur. Il y a décollement complet de l’épiphyse, d’où résulte une sorte de fausse articulation, à surface rougeâtre et rugueuse qui baigne entièrement dans le pus. Les parois de l'abcès sont formées par le périoste décellé. On retrouve les mêmes lésions à l'extrémité inférieure du radius, aux extrémités des tibias,

devant le sacrum.

SYMPTOMATOLOGIE

Les pyoarthroses syphilitiques des nouveau-nés empruntent une bonne partie de leur symptomatologie à celle de la maladie de Parrot, dont elles ne sont d’ailleurs qu'une complicalion.

Le plus souvent en effet, l'enfant est amené au médecin, parce qu'il présente un membre inerte, comme paralysé ou bien quil reste immobile et crie dès quon le touche. Parois les parents ont remarqué qu’une jointure ou plusieurs étaient enflées.

On se trouve alors en présence d’un jeune nourrisson de moins de 3 mois en général, présentant habituellement un état de dénutrition assèz marqué. Certains ont un poids nettement inférieur à celui des enfants de leur âge ; d’autres ont gardé à 1 ou 2 mois, le poids de leur naïssance (obs, D) ; d'autres enfin pèsent moins qu’à leur premier jour de vie et présentent un degré d’hypothrepsie plus ou moins avancé (obs ID). Parfois cependant le poids de l'enfant est sensiblement normal (obs. III). Get état de dénutrition a pour caractère de s'être établi progressivement et le plus souvent sans cause appréciable. Dans un seul cas (obs. IN) l'enfant avait présenté des troubles digestifs, consistant en

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vomissements habituels. Cette dénutrition cliniquement inexplicable, comme ces vomissements habituels doivent déjà attirer l'attention vers une hérédo-syphilis (Marfan).

L'examen du petit malade apporte deux ordres de symptômes :

1° Des signes de maladie de Parrot ;

20 Des signes d’arthrite suppurée.

Les signes de la maladie de Parrot consistent en une inertie plus ou moins complète d’un ou plusieurs membres qui restent immobiles sur le lit ou pendent, flasques, quand on soulève l’enfant. Aux membres supérieurs le coude est habituellement fléchi, l’avant-bras en pronation, les doigts repliés dans la paume de la main (Parrot). Cependant il n’y a pas paralysie vraie : on note au niveau des membres touchés, de petites secousses spontanées, secousses que l'on peut encore provoquer en pinçant légèrement la main ou le pied.

On remarque aux extrémités des os longs une tuméfaction dure, régulière et élargissant la diaphyse dans tous ses diamètres, ou bien plus développée d’un côté, formant une exostose limitée (Marfan, M. Labbé). Cette tuméfaction osseuse est en général douloureuse à la pression.

Les disjonctions épiphysaires sont moins souvent constatées. Il est d’ailleurs prudent de s'abstenir de les rechercher.

Les abcès articulaires se signalent par une tuméfaction d’une jointure, tuméfaction qui est tendue ou rénitente, plus souvent molle et même nettement fluc-

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tuante, et qui fait contraste avec la maigreur des segments de membres adjacents.

La peau qui la revêt est saine, ne présentant ni roageur, ni infiltration (sauf dans l'obs. V); dans un cas même elle était plus mince et plus pâle que du côté

opposé (obs. I).

La palpation de l’articulatian et sa mobilisation sont douloureuses, mais d’une facon modérée habituellement. Les membres reposent dans des attitudes spéciales de relâchement: abduction pour l'épaule, demiflexion pour le genou.

Parfois on observe une atrophie précoce des muscles voisins de l'articulation malade (obs. If). Les symptômes généraux sont habituellement nuls, la température est normale ou ne présente qu’une élévation passagère sans rapport avec l’évolution particulière de l’arthrite.

En somme, l'examen ne révèle que des signes d’hydarthrose ou de pyo-arthrose d'allure torpide sans signes d'infection.

Les symptômes traduisant l'épanchement articulaire peuvent d’ailleurs être très frustes et passer facilement inaperçus : le pus est alors une trouvaille d’autopsie (obs. de Valleix, obs. IV).

Quant aux stigmates d’hérédo-spécificité, ils sont très souvent peu marqués. Le plus constant, parmi eux, semble être la dénutrition progressive, que rien n’explique cliniquement, et qui persiste et s'aggrave malgré les différents régimes et les diverses médications, autres que l’anti-syphilitique auxquels l'enfant est soumis. On

pourra en outre constater la présence d’une splénomégalie, de ganglions épitrochléens, de coryza spécifique, de lésions cutanées ou muqueuses caractéristiques. La réaction de Bordet-Wassermann est habituellement positive, en totalité ou partiellement surtout après réactivation.

L'examen radiographique apporte toujours d’utiles renseignements. On note d’abord les signes habituels de l’ostéo-chrondrite syphilitique : dépôts ostéo-phytiques sur la surface de la diaphyse, avec élargissement de celle-ci et déformation de ses bords qui sont irréguliers ; zones de densification et de décalcification siégeant surtout aux extrémités diaphysaires ; enfin parfois courbures des os longs. Comme le fait remarquer Paterne dans sa thèse, la syphilis osseuse des nouveau-nés ne reste pas, en effet, limitée à la région juxta-épiphysaire où le travail d’ossification intense à cette date de la vie l'avait attirée. Elle s'étale, occupe la diaphyse sous-périostée et pénètre en profondeur beaucoup plus que Parrot ne le supposait.

L’atteinte de l'articulation se manifeste par deux signes rencontrés dans nos observations avec une égale fréquence. D'abord la distension de l'articulation, plus ou moins grande, et que l’on peut apprécier par l'écartement anormal des surfaces articulaires, écartement qui peut atteindre jusqu'à 3 centimètres (obs. I); puis un processus destructit parfois très étendu de la tête articulaire, véritable perte de substance entamant en croissant, en cupule, le contour osseux et qui, dans le cas publié par Dembo, portait sur la diaphyse même sur une assez grande longueur.

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Des examens radiographiques répétés à intervalles réguliers nous permettront en outre de noter les effets du traitement, et de suivre les étapes successives de la guérison, jusqu'à la restitution ad integrum de l'article malade, qui est de règle.

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