II. — ETUDE CLINIQUE
L'histoire des arthropathies tabétiques est française et c’est, en 1868, que Charcot, pour ia première fois, donna une étude détaillée de cette affection.
Les Allemands ne voulurent que beaucoup plus tard reconnaître l’origine française de cette étude. Les Anglais, au contraire, la dénommèrent tout de suite (« maladie de Charcot ».
En 1883, Charcot et Féré firent une étude détaillée, en- * core restée classique, sur le pied tabétique.
J. Abadie fit, en 1900, paraître un important travail sur les ostéo-arthropathies vertébrales dans le tabes.
Les autopsies fréquentes et les progrès de la radiographie ont fait faire un grand pas à l’étude de cette maladie qui se rencontre très fréquemment dans la pratique journalière. :
Habituellement, l’arthropathie tabétique débute brusquement : pendant la nuit l’articulation grossit, le genou par exemple devient globuleux, le malade ne ressent aucune douleur.
D'autres fois, c’est à la suite d’un léger traumatisme et Chipault, dans une étude déjà ancienne sur cette affection, rapporte un cas d’arthropathie tabétique du poignet à la suite d’une fracture du radius produite par une chute sur
. Ja paume de la main.
SRPARGES
D'autres fois enfin, le début est insidieux et un interrogatoire précis fait retrouver, dans l’histoire de la malade, une période latente.
L’articulation présente un aspect caractérsitique, volumineux, globuleux, le gonflement ne se localise pas toujours à l’articulation et tout le membre peut être pris, ayant un aspect éléphantiasique.
Les cas d’arthropathies du genou ayant débuté par un œdème de la cuisse et de la jambe, ne sont pas rares.
Le gonflement présenté par ces segments de membre a un caractère particulier: œdème dur qui ne garde pas ou garde mal le godet imprimé par la pression du doigt; à la palpation, les tissus donnent l’impression d’une infiltration résistante, fibroïde, tout à fait spéciale.
La mobilité de l’articulation est exagérée et si au niveau du genou les mouvements de latéralité et l’hyperextension sont possibles, au niveau du membre supérieur l’épaule peut subir üne torsion de plusieurs tours.
Des craquements existent au niveau de l’articulation.
Un caractère très important est l’indolence absolue au cours des mouvements actifs ou passifs, c’est là où se retrouverait l’explication de l’impotence fonctionnelle faible par rapport aux désordres apparents que présentent les membres. À
Les cas d’artropathie douloureuse au début s’accompagnant de fièvre et de rougeur locale sont rares. Fort, dans sa thèse, n’en cite que deux cas.
Parmi les arthropathies tabétiques, nous devons distinguer deux formes, la forme atrophique se présentant surtout au niveau de la racine des membres, des articulations de l’épaule et de la hanche, la forme hypertrophique qui frappe électivement l’articulation du genou.
Dans la première de ces formes, il y a usure avec des-
te Re truction et résorption des extrémités articulaires et la possibilité d’une pseudo-luxation, si l’on a affaire à l’articulation de l’épaule et à celle de la hanche.
Dans la forme hypertrophique, la forme de la jointure est tout à fait différente et, à l'inspection, on est surtout frappé par l’augmentation considérable des parties osseuses, cette augmentation n’est souvent qu’apparente et si l’on fait faire une radiographie de la région, on s’aperçoit que les os sont à peine augmentés de volume, mais il existe un épaisissement considérable des parties molles qui sont infiltrées de sels calcaires et de véritables plaques osseuses, opaques aux rayons X et les surfaces articulaires sont bourrées d’ostéophytes. :
La tendance à l’ossification est si marquée qu’elle a été appelée myosite osséifiante tabétique (Wilms nous cite le cas d’ossification des capsules articulaires et des muscles péri-articulaires dans deux articulations coxo-fémorales).
Cette myosite a donné lieu à de nombreuses controverses et l’opinion de Nicoladoni a prévalu, cet auteur a assimilé la myosite osséifiante tabétique à une trophonévrose. La forme hypertrophique peut frapper l'articulation de la hanche, et Baylac nous en rapporte un cas.
Evozurion. — L’arthropathie tabétique appartient à la période ataxique, mais aussi à la période pré-ataxique et frappe surtout l’articulation du genou.
La marche de cette affection est variable et, dès son premier travail sur cette question, Charcot a distingué une forme hénigne et une forme grave.
‘La forme bénigne débute brusquement, le gonflement et l’épanchement sont assez importants, mais habituellement il y a résorption graduelle et même on a cité des cas de résorption très rapide (Chipault nous a cité le cas d’un
moi volumineux épanchement qui n’a eu qu’une durée de vingt heures).
Dans la forme grave, au contraire, le gonflement persiste pendant des mois sans diminuer, les désordres au contraire s’aggravent, l’impotence du malade augmente de jour en jour et devient rapidement totale sans grand espoir de notable amélioration.
CompricatioNs. — Cette affection n’évolue pas seule et fréquemment des complications viennent se surajouter et parmi celles-ci, nous envisagerons surtout l’hydarthrose et l’hémarthrose. |
Debove avait émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’une hydarthrose aiguë avec éclatement de la synoviale et diffusion du liquide articulaire dans les tissus mous environnants, et là serait l’explication des collections péri-articulaires que l’on rencontre assez fréquemment. Mais le liquide que l’on trouve est épais et filant, se prêtant mal à une infiltration mécanique et Mu serait plutôt un œdème tr ophique.
Dans certains cas, il ne s’agirait pas seulement d’une hydarthrose mais d’une hémarthrose qui paraît jouer un rôle important me l’évolution de l’arthropathie tabétique.
Morestin, dans un compte rendu datant de 1907, dit avoir observé trois cas d’hémarthroses dans des ponctions faites peu de jours après le moment de la cure révélatrice généralement considérée comme le début de l'affection. Dans ce rapport l’auteur cite l’opinion de Sydney Lloyd qui considère comme fréquent le caractère hémorragique de l’épanchement.
Cette hémarthrose peut être pr rmitive et se développer à la suite d’un traumatisme insignifiant, dans d’autres cas
au contraire, elle n’est que secondaire.