CHAPITRE III
Description du bacille.
Le bacille mesentericus vulgatus est un petit bâtonnet mesurant, lorsqu'il est cultivé dans le bouillon de veau nutritif, entre 2 et 4 y de long et 1 y de large, il est légèrement arrondi à ses extrémités, rarement on observe des bàtonnets isolés. Généralement il forme de très longs filaments, composés de plusieurs articles. Ces articles sont ordinairement égaux entre eux, ils forment rarement un chapelet rigide, mais sont plus ou moins inclinés les uns sur les autres, il est rare que l’angle que forment deux articles voisins ne soit pas supérieur à l'angle droit.
Pendant les premières heures du développement dans les conditions normales, il est facile, en examinant au microscope une goutte de bouillon, de voir les longs filaments que les articles forment, mais généralement après la vingtième heure, si la culture est faite aux environs de 36° (plus tard si elle est faite à une température plus basse), les filaments composés de bacilles se réunissent à la surface, forment une membrane, qui par suite de l’enchevêtrement des filaments et de la substance qui les entoure présente une remarquable solidité. Il est alors impossible d'étudier les rapports des bacilles les uns avec les autres, car il est absolument nécessaire de dissocier la zooglée qu'ils forment.
Les bacilles sont composés d'une enveloppe gélatineuse assez épaisse, sur laquelle nous reviendrons plus loin, à l'intérieur de laquelle existe une fine membrane appliquée directement sur le protoplasma formant le bacille.
Généralement, et mes observations sont d'accord avec cette opinion, on considère l'enveloppe gélatineuse et la membrane comme un tout formé par un hydrate de car-
bone, variété de cellulose. La membrane, visible au microscope sous la forme d’une ligne très fine, n’est que la couche “interne solide de l'enveloppe gélatineuse.
. A l'extérieur de la membrane solide, on aperçoit seulement, même à l’aide des plus puissants objectifs, un protoplasma généralement complètement homogène, quelquefoislégèrement granuleux ou plutôt trouble. Ce protoplasma est toujours complètement incolore et se colore toujours simplement en jaune par l’iode; à aucun moment de la vie du bacille, je n'ai pu déceler dans son intérieur la présence de granules d’amidon, comme M. Van Tieghem (1) l’a vu dans le bacillus amylobacter et le spirillum amyliferum un peu avant la formation de la spore.
La grandeur du bacille varie beaucoup suivant les milieux dans lesquels on le cultive; ainsi dans le bouillon de
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Fig. 2. — Bacille mesenfericus vulgatus cultivé dans divers milieux et coloré par la méthode de Gram. Les bacilles représentés à gauche viennent d’une culture de 24 heures dans le bouillon nutritif; ceux du milieu d’une culture de 24 heures sur la pomme de terre; ceux de droite d’une culture de 24 heures dans le lait.
veau nutritif, son volume varie comme nous l’avons dit entre 2 et 4 y de long, quelquefois atteint même 5 y; sur l’'amidon, les pommes de terre, sa longueur varie entre 125 et 2, son volume est très régulier; sur la gélose, son volume varie entre 1 et 3 4; enfin dans le lait, sa longueur varie entre 2 et 30 y, sa largeur reste presque toujours invariable, elle est de 0,75 y.
Souvent dans le lait les très longs bacilles s’effilent légèrement à une extrémité.
(1) Van Tieghem, Sur le bac. amylobacter, etc. Bulletin de la Soc. bol. de France, t. XXIV, p. 138, 1817 et Développ. du spirillum amyliferum, biidem, 1879.
La substance gélatineuse qui forme la paroi externe de ce bacille se trouve constament quel que soit le milieu dans lequel la culture ait été faite, qu'il soit liquide ou solide. Lorsqu'on détache un fragment de la zooglée que ce bacille forme et qu'on le porte sur une lamelle de verre, dans une goutte d’eau, on éprouve une assez grande difficulté à dissocier le lambeau qu’on a détaché et on voit adhérer à l'aiguille avec laquelle on cherche à le dissocier une substance visqueuse qui s'étire en longs filaments et entraine avec elle quelques bacilles.
L’adhérence que cette substance gélatineuse communique aux chainettes de bacilles est si forte, qu'on peut saisir avec une pince la membrane qu'elle forme à la surface du bouillon nutritif et l'enlever d’une seule pièce, en agissant avec quelques précautions.
Il ne m'a pas paru que cette gelée fût soluble dans l’eau — soluble dans le sens d’une véritable solution ; — en effet, si on enlève une de ces membranes, qu'on la mette dans l’eau, elle ne se dissout pas, après de longues heures on retrouve la zooglée dans le même état qu'au début. Cette substance cependant est soluble dans le sens qu’elle s’hydrate assez facilement comme la gomme, la gélatine, etc., car si on Jette la zooglée sur un filtre de papier, puis qu’on l’arrose avec de l’eau distillée, tiède surtout, on ne tarde pas à obtenir les bacilles débarrassés de cette substance visqueuse. On le constate facilement, car les bacilles n’adhèrent plus les uns aux autres et de plus on retrouve cette substance gélatineuse dans l’eau dé lavage.
J'ai essayé de reconnaitre la nature de cette substance, en faisant agir sur elle divers réactifs, elle se colore par les couleurs d’aniline, mais cette coloration ne persiste pas après le lavage à l'alcool, elle ne se colore pas par la teinture d'iode, c’est-à-dire qu'elle se contente de prendre la couleur de ce réactif, elle se laisse dissoudre par le réactif cupro-ammoniacal. Enfin, si on la fait bouillir pendant plusieurs heures avec de l'acide sulfurique très étendu, elle se transforme, autant que la faible quantité de matière que j'avais réunie m'a permis de le constater, “en glucose.
I y à donc lieu de la considérer comme une forme de
cellulose. Cette forme de cellulose, assez commune chez les bactéries, les rapproche des nostacées.
Cette substance visqueuse ne persiste pas toujours autour des bacilles, ainsi vers le troisième jour, pour les cultures faites dans le bouillon nutritif, la zooglée formée par l’enchevètrement des chaînes de bacilles tombe au fond du liquide, cette substance, à ce moment, paraît perdre un peu de sa force de cohésion, car la zooglée généralement se brise seule. Lorsque les micro-organismes ont gagné le fond du ballon, elle persiste encore pendant quelque temps, 10 à 12 jours environ, à la température de 36°, car les micro-organismes conservent une forte adhérence entre eux; en effet, lorsqu'on remue le ballon on voit la masse des micro-organismes se déplacer tout d'une pièce, comme une goutte d'huile dans un liquide. Au bout de quelque temps, ce phénomène ne se produit presque plus et l'agitation du ballon montre que les micro-organismes sont séparés les uns des autres, par conséquent que la substance qui les unissait a disparu, du moins en grande partie.
La disparition de cette substance est moins rapide, lorsque la culture est faite à une température plus basse que 36°-38°, mais les mêmes phénomènes se produisent plus lentement, quoique dans le même ordre.
Nous nous contenterons de noter pour le présent que la diminution de ténacité de cette enveloppe coïncide avec l'apparition des premières spores.
Dans le bouillon, sur la gélose et dès le deuxième jour de la culture pour devenir ‘très abondant plus tard, le bacille mesentericus vulqalus présente, surtout si on emploie la méthode de Gram pour le colorer, un état de son protoplasma particulier; un grand nombre de bacilles ne prennent plus la matière colorante, et si l'examen est fait avec un faible grossissement on dirait que la préparation est pleine de coques vides de bacilles.
Mais si on examine la préparation à un plus fort grossissement, au moins avec 800 ou 1000 diamètres, on reconnaît que le protoplasma de beaucoup de bacilles a subi de profondes modifications. La membrane d’enveloppe du bacille se colore bien, elle n’est point déformée, mais le
protoplasma présente ou des vacuoles qui ne colorent pas, ou, dans le bacille, on aperçoit un ou deux points se colorani seuls, tandis que tout le reste demeure incolore, lespace non coloré n’est point vide, mais parait être rempli
par un liquide granuleux. S L'aspect que présentent les bacilles, lorsque le protoplasma se creuse de vacuoles, est tout à fait différent de celui qu'il prend lorsque la spore
( 8 £ q £ [ se forme à son intérieur. Dans
le cas où la spore se forme,
CT en on voit apparaître un point
brillant, très réfringent, tan-
Fig. 3. — Divers bacilles pris dans dé hors sine is une culture faite dans le bouillon q
de veau, la culture est âgée de contraire claires; lorsque le
quatre jours 6,000 diamètres) (. Lrotaplasma se vacuolise la
Gram. forme extérieure du bacille
ne change pas.
Quelle est la raison de ces transformations? Il est difficile de le dire, le milieu dans lequel les bacilles sont cultivés est loin d’être épuisé, ce n’est donc pas à de mauvaises conditions vitales qu’elles doivent être attribuées; se forme-t-il dans le milieu des matières nuisibles au microbe, cela ne paraît guère probable; en effet, à côté de bacilles vacuolisés, on en trouve d’autres en plein développement, si pleins de vitalité, que si on porte dans la chambre chaude, sous le microscope, une goutte du liquide de culture, on ne tarde pas à assister à la division des bacilles.
Il nous semble que la seule opinion qu'il soit possible d'émettre est que ce sont des bacilles ayant accompli leur cercle vital et disparaissant sans former de spores.
(1) Les dessins de ces bacilles ainsi que ceux qui suivront ont été faits à la chambre claire à un grossissement de 1,500 diamètres, puis grossis deux fois afin de permettre une meilleure représentation.