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DÉVELOPPEMENT DES CELLULES DE LA NÉVROGLIE

Comme nous venons de le voir, pour les uns, les cellules de la névroglie seraient des corpuscules blancs transformés ; pour d’autres, une division de la substance fondamentale en cellules; enfin, elles ne feraient qu’assez tard leur apparition, ou bien elles existeraient de très bonne heure. Nous allons exposer ce que nos recherches nous ont permis de constater ; mais, avant de le faire, il me paraît nécessaire, surtout pour éviter des redites, d'établir le fait suivant. C'est que, à l’état adulte aussi bien que pendant tout le développement, les cellules de la névroglie, qu’elles proviennent de la substance blanche ou de la substance grise de la moelle, présentent exactement les mêmes caractères. Il est possible qu’en cherchant beaucoup et en insistant sur de

très petits détails, comme la direction des prolongements, on arrive à trouver dans quelques-unes une différence dans la forme, suivant qu'elles viennent de la substance grise ou de la substance blanche, mais ces différences de formes seront bien minimes et bien problématiques, et il n’en existe aucune dans la structure.

Dans la première partie de cet ouvrage, j'ai déjà dit qu’il me paraissait impossible, avec nos moyens d'investigation actuels, de reconnaître avant la dixième semaine, dans l'embryon de mouton, quelles étaient les cellules nerveuses parmi celles qui formaient la moelle. Si, à cette époque, on voit apparaître au milieu des cellules embryonnaires ou neuroblastes, quelques cellules nerveuses, il est encore impossible d’y distinguer les cellules de la névroglie des cellules embryonnaires de la moelle. Ce n'est que lorsque l'embryon de mouton a 10 centimètres de longueur, qu’on parvient à en reconnaître quelques-unes.

Avant cetäge, la substance blanche ne renfermait presque pas de cellules (sauf, bien entendu, celles des vaisseaux), et les quelques rares cellules qu’on y voyait par ci, par là, se trouvaient presque toutes dans le cordon antérieur; elles viennent probablement, comme l’a supposé Kælliker, de la substance grise, et ont été entraînées par les prolongements des cellules allant former la substance blanche. Mais lorsque l'embryon a atteint 10 centimètres de longueur, on en aperçoit un assez grand nombre disséminées çà et là.

Sur une coupe, à l’aide d’un fort grossissement, on voit dans la substance grise des noyaux plus volumineux que ceux des cellules embryonnaires, mais cependant plus petits que ceux des cellules nerveuses, ce sont les noyaux des cellules de la névroglie. Il est impossible, mème à l'aide des plus forts grossissements, de reconnaître la forme et la nature du protoplasma qui les entoure. Si nous examinons après cela la substance blanche, nous y verrons les mêmes noyaux mèêlés avec quelques autres un peu plus petits.

Dans une préparation d’une dissociation faite, comme nous l'avons dit plus haut, par l’action suecessive de l’alcool au tiers, du picrocarminate d’ammoniaque et de l'acide osmique et examiné de préférence dans l’eau phéniquée, on aperçoit par ci par là quelques noyaux entourés

d’une masse granuleuse, peu réfringente, ayant quelquefois quelques pointes d’excroissances également granuleuses. Entre cette forme de cellules et la cellule embryonnaire à protoplasma presque homogène, on trouve, surtout dans les embryons un peu plus jeunes, toute une série d’intermédiaires. |

A côté de ces cellules, on en rencontre d’autres qui ont un protoplasma peu abondant autour du noyau, mais, par contre, de nombreux prolongements se ramifiant souvent et se dirigeant dans tous les sens; quelques-unes offrent la forme « en pinceau », de Boll (pl. II, fig. 3); mais ces différences n’ont pas d'importance; on rencontre, en un mot, toutes les variétés de forme que l’imagination peut se figurer.

Le protoplasma qui entoure les noyaux et celui qui forme les prolongements ont la même structure, c’est-à-dire qu'il possède un fond homogène, transparent comme du verre, et à son intérieur on voit un nombre considérable de granulations assez volumineuses ; d’autres, plus fines, que Boll a comparées à du givre, se trouvent à la surface de la cellule. Font-elles réellement partie du protoplasma, ou ne sont-elles que des produits de l’action des réactifs? Je pense que les granulations externes sont dues à une altération des prolongements des cellules nerveuses, se trouvant logées entre les cellules de la névroglie, car il est facile, par une agitation prolongée, de les détacher presque toutes; mais je pense, par contre, que dans les jeunes cellules de la névroglie que nous étudions, celles qui ne se détachent pas par l'agitation et qui semblent bien être contenues dans le protoplasma, y sont réellement enfermées; je les qualifierai de granulations internes, elles sont véritablement dépendantes du protoplasma, car nous les retrouvons après l’action de tous les réactifs (acide chromique et ses sels, acide osmique pur, sérum iodé, etc:), et il me semble difficile d'admettre que tous les réactifs agissent identiquement de la même façon pour produire les mêmes apparences.

Il y à aussi une autre raison qui milite en faveur de ma manière de voir : c’est que plus la cellule de la névroglie est avancée dans son développement, moins ces granulations sont abondantes; ainsi nous en voyons très peuet elles sont

très fines dans les cellules que j'ai fait représenter par les figures 6 de la planche IV et 1 de la planche V, tandis que les cellules représentées par les figures 4 et 2 de la planche IV en possèdent un grand nombre, et ces dernières sont beaucoup moins développées que les précédentes.

Le noyau des cellules de la névroglie a un contour très net, ilrenferme généralement plusieurs granulations, mais on en remarque toujours une ou deux qui sont plus brillantes que les autres et qui offrent tous les caractères des nucléoles.

La substance blanche contient à cet Age quelques cellules, qu'on reconnaît à l’aide de forts grossissements sur des coupes, comme étant tout à fait semblables aux cellules de la névroglie de la substance grise, c’est du moins le cas pour la majorité de ces cellules; pour les autres, elles n'ont pas des caractères bien définis, elles sont semblables aux cellules embryonnaires.

D'où viennent ces dernières cellules ? Eichhorst.a supposé qu'elles avaient été primitivement des globules blanes venant des vaisseaux. Cette hypothèse est difficilement admissible, car, comme nous l’avons déjà dit, ces cellules présentent à tous les âges exactement les mêmes caractères que les cellules de la névroglie de la substance grise, qui viennent sans qu'aucun doute ne soit possible, puisqu'on suit leurs différentes évolutions sur place, des cellules du neuro-épithélium primitif. Comme les caractères des cellules de la névroglie sont assez spéciaux, il nous paraît étrange de retrouver exactement les mêmes dans des cellules qui auraient une origine différente; aussi l'hypothèse d'Eichhorst me semble devoir être rejetée a priori.

On ne peut pas aussi supposer que ces cellules sont des cellules connectives venant de la pie-mère, car d’abord à cette époque la pie-mère n’envoie que de très rares et très fins prolongements dans la substance blanche, puis, comme pour les globules blancs d'Eichhorst, il serait étrange de voir ces cellules subir dans la moelle des transformations exactement semblables à celles des cellules venant du neuro-épithélium.

Il se présente une hypothèse qui me paraît être plus pro-\

bable, c’est que ces cellules sont des cellules de la substance grise embryonnaire de la moelle qui ont émigré dans les cordons de la substance blanche. Mais il est fort difficile de démontrer directement cette migration, car il est à peu près impossible de faire voir que les cellules embryonnaires de la substance grise jouissent de mouvements amiboïdes:; en effet, si nous portons sur la platine chauffante un peu de la moelle d’un embryon encore chaud, nous verrons bien un assez grand nombre de cellules animées de mouvements amiboïdes, mais il nous sera impossible de reconnaître si ce sont des cellules embryonnaires de la moelle ou de simples globules blancs, car lorsqu'elles sont vivantes ces cellules se ressemblent complètement.

Mais si nous ne pouvons, par une méthode directe, reconnaître l’origine des cellules de la substance blanche, cherchons-la, autant qu’il nous sera possible, par une méthode indirecte.

Il faut d'abord remarquer que la substance grise contient surtout, dans sa partie antérieure, moins d'éléments cellulaires que dans un âge plus jeune; ainsi, dans un embryon de mouton qui mesure 8 centimètres, on trouve en moyenne dix cellules dans 50 H& carrés, et à cet âge la substance blanche est complètement dépourvue d'éléments cellulaires, tandis que dans un embryon de 10 centimètres on trouve, dans le même espace et sur une coupe de même épaisseur, seulement cinq à six cellules. Comme la moelle n’a pas augmenté de volume et qu’on ne peut en conséquence invoquer que les cellules occupent un espace plus grand, il faut bien admettre qu’un certain nombre de cellules ont disparu.

Or cette disparition ne peut s'effectuer que de deux facons : ou par résorption, ce qui n’est guère probable, car on n’en voit aucune trace, ou par migration; il me semble que cette dernière forme est la plus probable, surtout si on considère l'identité absolue qui existe entre les cellules de la névroglie de la substance grise et les cellules de la névroglie de la substance blanche.

Dans une dissociation de la moelle d’un embryon de mouton long de 47 centimètres et montée, afin qu’on püt saisir plus facilement les différences de réfringence, de

Vicnaz. — Système nerveux. 9

préférence à la glycérine gélatinisée ou à la glycérine pure, dans une solution à 41/1000 d’eau phéniquée (acide phénique, 1 ; eau, 1000), on voit que les cellules de la névroglie ont subi une évolution considérable dans leur développement; leur noyau, toujours volumineux, nettement dessiné et renfermant des granulations très distinctes, est entouré d’une masse de protoplasma très considérable, mais n’égalant jamais celle des cellules nerveuses: dans leur protoplasma on aperçoit assez souvent quelques fines granulations (pl. IV, fig. 1 et 2), d’autres fois ces granulations sont un peu plus volumineuses et ressemblent à celles qui se trouvent dans les cellules de la névroglie d’une moelle d’un embryon de 10 centimètres de long. Le protoplasma, qui n’a jamais une grande épaisseur, est transparent comme du cristal, se colore toujours très faiblement par les solutions d'acide osmique, émet un nombre plus ou moins grand de prolongements grèles qui se divisent assez souvent. Ces prolongements sont quelquefois très longs; rarement on les voit se terminer, car, si on les examine avec soin, On remarquera généralement qu'ils sont brisés à leur extrémité, qui presque constamment sera un peu renflée, comme si le protoplasma qui les formait, mou et élastique, était revenu sur lui-même, lorsque le prolongement se brise sous l'influence des tiraillements qu'ont subis les cellules pour être dissociées. L'aspect de ces cellules est si caractéristique et si complètement différent de celui des cellules connectives à cet âge, qu'on voit qu'il n'y a pas la moindre communauté entre les deux, et on est étonné qu’un histologiste généralement aussi compétent que Boll ait pu établir un parallélisme entre le tissu connectif spécial des centres nerveux et celui qui se trouve dans la masse du corps.

Daus la moelle d’un embryon de mouton de 95 centimètres de long, ce qui frappe surtout dans les cellules de la névroglie, c’est le volume considérable qu’elles ont pris; ce n’est pas cependant que la masse de protoplasma qui entoure le noyau ait considérablement augmenté de volume, mais les prolongements de la cellule sont devenus très nombreux et très longs; quelques-uns surtout, parmi les plus longs, paraissent toujours brisés.

Le protoplasma qui les forme est toujours transparent comme du verre; il renferme un noyau volumineux, souvent déformé et contenant des granulations brillantes: il est très réfringent. Outre ce noyau, le protoplasma renferme un assez grand nombre de granulations très réfringentes, de volume excessivement variable. Généralement ces cellules sont entourées par une substance granuleuse, qui ne permet pas de voir leurs prolongements; cette substance est analogue à celle que M. Ranvier a décrite autour des cellules de la névroglie du cerveau et que Boll avait précédemment comparée au givre; ici elle ne paraît, pas plus que dans le cerveau de l’adulte, former partie des cellules de la névroglie.

Peut-être cette substance granuleuse est-elle due à une transformation de fibres à myéline, comme M. Ranvier semble le penser, ou bien vient-elle simplement du protoplasma entourant les fibres nerveuses, car la myéline est peu abondante à cette époque, et nous avons déjà vu ces granulations exister autour des cellules de la névroglie d’embryons plus jeunes; il est donc difficile de résoudre cette question; quant à moi il me paraît probable que la myéline et le protoplasma jouent tous deux un rôle dans la formation de ces granulations.

A propos de cette substance, je ferai remarquer que quelquefois, en se plaçant dans des conditions absolument identiques, grosseur des fragments de la moelle, temps de la macération dans l'alcool au tiers, etc., on observe de très grandes différences dans la facilité plus ou moins grande avec laquelle elle se dégage des cellules; quelquefois même, après une très longue agitation, on ne peut obtenir que quelques rares cellules qui en soient complètement débarrassées. Dans la moelle d’embryons humains, cette substance paraît avoir une plus grande adhérence pour les cellules de la névroglie que dans les embryons de mouton.

À partir du sixième mois dans le fœtus humain et lorsque l'embryon de mouton a dépassé 25 centimètres de long, on commence à observer dans les cellules de la névroglie les changements qui les transforment en cellules adultes. L'époque à laquelle se fait cette transformation

est comprise dans une période assez longue, car elle s’étend au delà de la naissance. En outre, ces cellules présentent, du moins d’après ce que j'ai pu observer, des différences assez considérables dans la mème espèce, d’un individu à un autre. Dans des espèces différentes, ces différences dans le développement sont encore plus marquées : ainsi, dans le chat nouveau-né et le lapin, les cellules de la névroglie de la moelle ne présentent pas encore la moindre différenciation. Dans la moelle de l’homme, de l'agneau, du veau, du poulet, du chien, à la naissance, on trouve un assez grand nombre de cellules, ayant déjà leurs prolongements différenciés.

Les cellules de la moelle du chat sont remarquables en ce que leur protoplasma présente à la naissance un développement énorme, beaucoup plus considérable que dans les cellules des autres animaux que j'ai eu l’occcasion d'étudier.

Comme nous l’avons vu plus haut (V. His.) nous savons que dans les cellules de la névroglie adultes, les prolongements ne sont pas de simples prolongements du protoplasma cellulaire, comme c’est le cas au début de la vie embryonnaire pour ces cellules, mais des fibres de toute longueur traversant le protoplasma se trouvant autour du noyau, qui s'étend entre elles comme une membrane interdigitale; au moment de la transformation, les cellules de la névroglie présentent les changements suivants : d’abord les granulations qui se trouvaient dans le protoplasma de ces cellules deviennent moins réfringentes, et se confondent avec le protoplasma qui les enveloppe, puis on voit que quelques-uns de leurs prolongements prennent un aspect rigide, ferme et homogène; ils deviennent en même temps d’un volume égal dans toute leur longueur, ne présentent jamais la moindre trace de division, sauf cependant proche de la masse de protoplasma qui entoure le noyau; les autres prolongements gardent le même aspect que le protoplasma, c’est-à-dire qu'ils sont moins homogènes que ceux que nous venons de décrire ; souvent ils se bifurquent (pl. VI, fig. 5).

Arrivée à cet état, la cellule peut s’acheminer vers son complet développement en suivant deux voies différentes :

ou bien tous les prolongements subissent la transformation rigide, avant que le protoplasma entourant le noyau ne présente la moindre trace de différenciation, c’est-à-dire qu'il présente des côtes rigides, qui sont dues aux fibres qui le traversent sans se confondre avec lui ou entre elles (pl. VI, fig. 3), ou bien quelques-unes de ces fibres traversent celui-ci à l’état différencié, tandis que les autres prolongements continuent à être des prolongements protoplasmiques. La cellule est alors mi-partie adulte, mi-partie embryonnaire.

Lorsque la cellule de la névroglie est sur le point de voir ses prolongements se différencier, sa masse de protoplasma est considérable, mais pendant que cette différenciation s'effectue et un temps assez long après, elle est très petite. On dirait que le protoplasma se condense pour former la partie différenciée. Cette partie différenciée — les prolongements — ne sont pas d’abord aussi rigides, aussi fermes qu’ils le seront par la suite : souvent on voit que leur extrémité brisée est revenue sur elle-même comme un corps élastique.

Sur une coupe transversale de la moelle d’un embryon sur le point de naître et durcie par la méthode de Deithers, puis colorée par le picro-carminate d’ammoniaque et décolorée ensuite d’une manière convenable, par un mélange d'acide formique et d’alcool, il est facile de voir les relations des cellules de la névroglie avec les autres éléments de la moelle. Dans la substance grise, elles sont si nombreuses, les éléments sont si pressés les uns contre les autres, la direction de ceux-ci est si complexe, qu’on ne les distingue que comme de petites masses de protoplasma contenant un noyau et prenant toutes les formes, afin de se loger entre les éléments; on ne distingue pas bien nettement si ce sont elles qui soutiennent les éléments nerveux, ou si elles ne sont pas écrasées par eux. Mais, dans les cordons nerveux, surtout sur ceux qui sont coupés en travers, il est facile de les étudier et de voir qu'elles forment un immense réseau enveloppant et maintenant les fibres nerveuses. Leur protoplasma présente toute une série de dépressions et de pointes saillantes qui sont ex pliquées par leur position entre les fibres et qui sont la

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cause des figures souvent si bizarres qu'elles présentent (pl. NII, fig. 7).

Ainsi done, les cellules de la névroglie, après avoir été de simples cellules embryonnaires dérivées de l’épithélium primitif formant le tube médullaire, commencent d’abord par émettre de longs prolongements, qui ont exactement la même structure que le protoplasma d’où elles partent; elles grandissent sous cette forme, et ce n’est qu'à la fin de la vie embryonnaire et au commencement de la vie extra-utérine que ces prolongements se différencient du protoplasma qui les avait primitivement formés.

Ces prolongements quelquefois très longs se terminentils en pointe ou bien ne forment-ils pas un réseau 1immense réunissant toutes les cellules de la névroglie entre elles? Il est difficile de répondre à cette question; cependant, lorsque l’on considère qu'on ne trouve que peu de prolongements ne paraissant pas avoir été brisés, que les prolongements n’adhérant pas à une cellule sont excessivement rares, que d’un autre côté, surtout dans les cellules jeunes de la névroglie mais présentant déjà des prolongements différenciés, il est assez commun de voir deux cellules ayant un ou plusieurs prolongements communs, on arrive à penser qu'elles doivent former un énorme réseau, dans les mailles duquel se trouvent logées les fibres et les cellules nerveuses.

Ces différenciations qui se produisent dans les cellules formant la névroglie, nous conduisent à chercher s’il nes’en produit pas de semblables dans d’autres tissus dérivant de l’ectoderme, afin de savoir si cette différenciation est absolue à la moelle, ou si elle appartient bien en propre à quelques-uns des éléments du feuillet externe.

Nous voyons d’abord que les cellules du corps muqueux de Malpighi, qui d’abord avaient été formées par une simple masse polygonale de protoplasma renfermant un noyau, présentent, outre les points de Schultze, de longs prolongements allant du milieu d’une cellule à la voisine, quelquefois même à celle située encore plus loin; ces longs prolongements qui ont été découverts par M. Ranvier, qui les désigne sous le nom de longs filaments(1), sont différenciés

(1) Ranvier, Nouvelles recherches sur le mode d'union des cellules du

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du protoplasma cellulaire, et Renaut avait saisi l’ analogie qu'ils présentent avec les FT des cellules de névroglie, car il les compare aux fibres de la névroglic de la r + elle des lamproies et de l’'ammocète.

Nous voyons aussi que les cellules du tissu dit muqueux du sac dentaire, qui dérivent de l’épithélium, présentent de longs prolongements qui ne sont pas formés par du protoplasma, quoiqu’ils en soient recouverts (1).

Enfin, dans la rétine, nous voyons que les cellules de soutènement, connues sous le nom de fibres de Müller, présentent, outre une masse protoplasmique marginale contenant un noyau, des expansions latérales filamenteuses ou membraniformes, dans lesquelles sont logées les fibres du nerf optique, les cellules nerveuses, etc., de la rétine (Ranvier, Traité technique, p. 954). Lorsqu'on examine quelques-unes de ces cellules venant de la rétine d’un mouton adulte, qu’on aura obtenue par dissociation, par l’agitation dans l’eau d’un fragment de réline ayant macéré dans l’acide osmique et qui aura été coloré au picrocarminate d’ammoniaque, si l’on fait dans l’eau ou l’eau phéniquée cet examen, afin de mieux observer les différences de réfringence, que la glycérine fait toujours plus ou moins disparaître, on voit que les expansions latérales filamenteuses paraissent toujours brisées. Il faut conclure, il me semble, de ce fait que toutes les cellules se tiennent ensemble, ce qui est déjà un point de ressemblance avec les cellules de la névroglie de la moelle, mais en outre, ce qui est un point de rapprochement encore plus grand, elles ont, comme l’a fait remarquer M. Ranvier (2), une partie fibreuse qui traverse la membrane rétinienne suivant une direction perpendiculaire à sa surface, et cette partie fibreuse est différenciée du reste de la cellule.

Les cellules de soutènement de la rétine étudiées sur une rétine d’embryon de mouton long de 30 centimètres environ, ne présentent pas la moindre trace de différenciation.

corps muqueux de Malpighi (Comples rendus de l'Acad. des sciences,

20 octobre 1874).

(1) Ranvier, Lecons faites au Collège de France. Années 1883-1881, Leçons

du 17 mars 1884.

(2) Ranvier, De la névroglie (Archives de physiologie normale et pathologique, 1883. p. 156). /

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Aussi l’analogie de structure, ainsi que celle de a fonction,ont fait que MM. Ranvier (1) et Renaut ont comparé les cellules de soutènement de la rétine aux cellules de la névroglie de la moelle dans l'être adulte (2). Nous venons de montrer que ces deux espèces de cellules, au début de leur formation, présentent le même caractère d’être formées par une masse de protoplasma ne présentant pas de différenciation, et que celle-ci se formera plus tard.

De ces quelques faits que nous venons de citer, nous pouvons hardiment tirer la conclusion que la différenciation que présentent les cellules de la névroglie appartient bien en propre au tissu épithélial, dont les cellules subissent les transformations nécessaires pour s’accommoder au milieu dans lequel elles se trouvent et pour remplir la fonction qui leur incombe.

De plus, les différenciations que nous voyons dans les cellules du corps muqueux, du sac dentaire, des cellules de soutènement de la rétine, nous montrent qu'il n’est nullement nécessaire de faire intervenir des éléments venant du mésoderme, pour expliquer la présence de cellules possédant de longues fibres dans la moelle.

Il n’est pas non plus juste d’assimiler et de comparer le développement des cellules de soutènement de la moelle à celui du tissu conjonctif répandu dans le reste de l’organisme, comme l’a fait Boll, car les faisceaux de tissu conjonctif se développent, semble-t-il du moins, au voisinage de la cellule et non aux dépens du protoplasma de cette dernière, comme le font les fibres de la névroglie.

M. L. Bard, dans un mémoire sur les tumeurs du type nerveux, dans lequel il cherche à établir que « la notion de spécilité absolue des éléments cellulaires doit s'imposer à l'étude des tissus normaux et remplacer dans l'étude anatomo-pathologique des tumeurs, la notion d’un tissu embryonnaire indifférent et de métaplasies indéterminées » m'adresse quelques critiques que je crois utile de relever,

(1) Ranvier, loc. cit., p. 181.

(2) Renaut, Un réseau névroglique transversal qui traverse le système arqué qui, à la façon des fibres de Müller de la rétine vient former aux

cellules nerveuses des cages constituées par le réseau de ses expansions (loc. cit., p. 43).

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car elles contiennent de graves erreurs de faits. « Vignal, dit-il, a eu tort de rapporter à la névroglie ce qui appartient aux étapes embryonnaires des cellules nerveuses lesmêmes; et il pousse cette confusion si loin, qu'il arrive jusqu’à désigner encore comme névrogliques les cellules de ses figures 16 et 17 (fig. 2 et 3 de la planche III de cet ouvrage) qui présentent cependant déjà des prolongements de Deiters. Il est regrettable que dans ce travail d’ailleurs si remarquable, ous n'ait pas été guidé par la notion de la spécificité des cellules du type nerveux, qu’il n’ait pas fait le départ plus exact de ce qui appartient à la prolifération de ces dernières et de ce qui ressortit au contraire au mélange plus tardif des éléments conjonctifs qui viennent construire la névroglie au milieu des premières. »

Dès que j'ai eu connaissance de cette critique, et quoique dans tous les travaux que j'ai faits sur le développement des centres nerveux, je n’aie eu d’autre but que de connaître l’évolution des cellules nerveuses et des cellules de la névroglie, j’ai de nouveau étudié mes préparations, et le résultat de ce nouvel examen est que je viens de nouveau affirmer l'exactitude de tout ce que j'ai écrit — c’est-à-dire — que les cellules de la névroglie et les cellules nerveuses viennent des cellules de la substance grise embryonnaire, qui elles-mêmes procèdent du tissu ectodermique, qui au début forme seul la moelle; que jusqu’à une époque qui correspond à la dixième semaine de la vieintra-utérine des embryons humains, pour ceux du mouton, il est impossible de voir avec nos méthodes actuelles — la moindre différence entre les cellules de la substance grise — que ce n’est qu'à ce moment qu’on voit quelques cellules évoluer dans la direction des cellules nerveuses et que ce n’est que lorsque les embryons de l'espèce ovine ont un âge qui correspond à la dix-huitième semaine de l’ ne humain que les cellules de la névroglie commencent à se différencier.

Quant aux cellules que M. Bard (1) considère comme des cellules nerveuses en voie d'évolution, ce sont des cellules de la névroglie d’un embryon de mouton long de 10 centimètres, elles sont tout à fait différentes d’aspect des cellules

(1) Bard, Des tumeurs du type nerveux, neurosarcomes et névromes adultes (Archives de physiologie norm. el path., 15 mai 1885, p. 385).

nerveuses de la même ne e (pl. IL, fig. 3, 4, 5 et 6) et le prolongement qu’il considère comme étant celui de Deiters ne ressemble nullement à ce dernier.

La critique de M. Bard m'a d'autant plus étonné, que dans tout le mémoire qui me l’a attirée, je me suis efforcé de montrer que dès qu’une différenciation se produit dans les cellules embryonnaires, elles suivent deux directions parallèles qui ne se confondent jamais, l’une aboutissant à la formation des cellules nerveuses, l’autre à celle des cellules de la névroglie.

La dernière partie de la phrase de M. Bard, que je viens de citer, contient une proposition, à savoir, que la névroglie dérive des éléments conjonctifs, qui est en complet désaccord avec les recherches de MM. Ranvier et Renaut, sur la moelle adulte, et avec celles que j'ai exposées dans mon mémoire sur la structure de la moelle embryonnaire. En effet, la moelle contient, il est vrai, des éléments conjonctifs qui forment les septa et leurs divisions bordant de petits îlots de substance blanche, mais ce ne sont nullement les éléments de ces septa qu'on nomme la névroglie; il est absolument nécessaire de réserver ce nom uniquement aux cellules et fibres d’origine ectodermique entourant intimement les cellules et les tubes nerveux.

Je terminerai cette réponse aux critiques de M. Bard pour ne parler que des faits, les seuls sur lesquels de nos jours les hommes de science doivent s'appuyer, s'ils ne veulent retourner à la scolastique des anciens, en disant, que l’agrégé de Lyon me parait avoir employé pour l'étude de questions aussi délicates, que celles qu'il a abordées, une technique un peu trop primitive; il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil sur la planche jointe à son travail et en particulier sur la figure 2, qu'il dit être des éléments identiques à ceux que j'ai fait représenter par les figures 2 et 3 de la planche IIL.

De plus, je me permettrai d'ajouter que si M. Bard pense que « la notion dela spécificité absolue des éléments cellulaires » est une idée féconde, il vaut mieux qu'il l’étaye sur de longues et patientes recherches, que de l’appuyer sur des observations mal faites et des arguments peut-être fort décisifs dans le silence du cabinet, mais perdant toute leur

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force dès qu'ils se trouvent en présence de recherches sérieusement faites; enfin, que la science avancera plus rapidement, si les critiques se donnent la peine de contrôler pièces en main les recherches d’autres travailleurs, avant d'affirmer « priori, qu'ils poussent la confusion très loin.

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