CHAPITRE VI
Développement du cervelet.
HISTORIQUE
Outre le travail de Lôwe qui ne parle qu'accessoirement du développement des éléments, je ne connais que celui de Lahousse (1), qui traite du développement des éléments dans son mémoire sur l’ontogenèse du cervelet. Je n’essayerai pas d'analyser ce travail; je me contenterai de citer ses conclusions, après avoir dit qu’il s’est servi, pour réactifs fixateurs, de l’acide chromique, de la liqueur de Flemming et du bichromate de potassium (il veut dire probablement du bichromate de potasse).
« Les cellules originelles de la lamelle cérébelleuse sont composées d’un protoplasma finementréticulé, condensé aux deux pôles d’un noyau ovale, et reliées à l’aide de fins prolongements avec les cellules voisines. Les mailles renferment un suc protoplasmatique homogène. Ces cellules, que j'appelle névroglie embryonnaire, subissent toutes un même processus de différenciation qui consiste dans l’épanouissement du protoplasma réticulé. Ce n’est qu'après cette première différenciation que les cellules névrogliques ou myélocytes trahissent la différence de leur destinée. Les unes conserveront indéfiniment cet état, ou du moins ne le modifieront que légèrement pour former, après kératinisation, les diverses espèces de névroglies. D’autres voient une partie de leur protoplasma se condenser et s’allonger pour former de longues traînées enchevêtrées ou des tubes fenètrés. Ces traînées ou ces tubes représen-
(1) Lahousse, Recherches sur l'ontogénèse du cervelet (4rchives de Biologie, 1888, 1cr fasc., p. 43).
ViGnaAz. — Système nerveux. 12
tent les fibres non encore kératinisées de Kühne et d'Ewald, et, dans leur lumière, le suc protoplasmatique ne tardera pas à engendrer les fibrilles du cylindre d’axe. Cette deuxième espèce de cellules névrogliques constitue donc l'origine des nerfs à myéline.
Une troisième espèce de cellules voit également une partie de leur protoplasma se condenser, mais pas autant que les cellules précédentes et sans former des trainées longitudinales, mais des traînées qui sont entortillées de façon à circonscrire des vacuoles. Ces traïnées entortillées, qui s'épaississent quelquefois au point de former de véritables capsules, se transformeront plus tard en un plexrus de fines fibres nerveuses à myéline, plexus si caractéristique de la couche granulée du cervelet.
La quatrième espèce de cellules névrogliques se trouve logée dans les vacuoles qui circonscrivent les prolongements entortillés de la troisième espèce. Leur protoplasme réticulé se condense légèrement autour du noyau et envoie de toutes parts de fines ramifications qui les relient aux cellules voisines et les font ressembler, autant et même davantage que les cellules de la première espèce, à de petites araignées. Ce sont des cellules nerveuses embryonnaires. Nous les voyons, par transformation de leur suc protoplasmatique en fibrilles du cylindre d’axe, se perfectionner insensiblement en cellules de Purkinje.
Ces quatre espèces de cellules ne cessent jamais d'être reliées les unes aux autres pendant toute la vie embryonnaire.
Ainsi donc, les deux premières conclusions se trouvent justifiées par l’histogenèse (1). En plus, la deuxième conclusion s’impose également pour les nerfs qui proviennent, comme les cellules ganglionnaires, des cellules névrogliques perfectionnées.
(1) Voici les deux conclusions de M. Lahousse :
1° La névroglie, tant centrale que périphérique, se continue avec le réticulum protoplasmique des cellules nerveuses ganglionnaires.
20 Les cellules nerveuses ganglionnaires proviennent des cellules névrogliques, et elles ne sont que des cellules névrogliques perfectionnées. Elles sont composées des mêmes éléments que les nerfs, mais avec cette différence de disposition que les fibrilles du cylindre-axe et les fibres de Kühue et d’Ewald ne se distribuent pas longitudinalement, mais se pelotonnent autour du noyau.
Prenons la troisième conclusion. L'histogenèse peut-elle confirmer que la névroglie est de nature nerveuse ?
Nous savons, certainement, que ce n’est pas la physiologie expérimentale qui est seule capable de trancher définitivement cette question. Néanmoins, l’histologie et l’histogenèse fournissent des preuves de grande valeur. L'origine ectodermale de la névroglie, son existence antérieure à celle des nerfs et des cellules nerveuses dans l’ontogenèse et partant dans la phylogenèse, puisque l’ontogenèse n’est que la récapitulation abrégée de la phylogenèse, sa puissance d’engendrer les nerfs et les cellules ganglionnaires, sa connexion intime avec ces derniers dans la vie embryonnaire comme dans la vie adulte, ne sont-ce pas là des preuves suffisantes, sinon pour affirmer, du moins pour soupçonner que la névroglie est autre chose qu’un tissu de charpente ?
Nous admettons que, dans la cellule primordiale de l’être ou l’œuf, comme autrefois dans les cellules prototypes du règne organique, sommeillent, à l’état potentiel, toutes les forces de la nature. Plus tard, à la suite de la segmentation progressive de l’œuf, la vie nerveuse se Jocalise dans le feuillet ectodermal, et plus tard encore, toujours en se perfectionnant, dans la névroglie, qui est un dérivé immédiat de ce feuillet. Mais la vie nerveuse, qui est et restera localisée dans la névroglie, ne saurait se perfectionner davantage, à moins qu'il n’y ait des organes de transmission et des centres de coordination et de condensation. C’est alors qu'apparaissent les nerfs et les cellules nerveuses ganglionnaires.
Parmi les objections qu’on peut faire contre cette doctrine, contentons-nous d’en relever deux qui sont d’ordre embryologique :
41° La névroglie ne saurait être de nature nerveuse, puisqu’elle devient un tissu kératinisé. Cette objection se rencontre à chaque pas dans la « Neurologie » de Schwalbe. Mais kératinisation n’est pas synonyme de mort, et nos connaissances biologiques sont encore trop imparfaites pour pouvoir conclure de la composition chimique d’un tissu à sa fonction physiologique.
2 Lorsque la névroglie a fini d’engendrer les nerfs et
les cellules nerveuses, son rôle est achevé et elle reste à l'état inerte; si sa formation est exagérée, cela prouve un effort de la nature vers une évolution supérieure, c’est-àdire la création dans l’avenir d’un plus grand nombre de cellules nerveuses. Mais si la névroglie devenait réellement inerte, elle finirait par disparaître complètement; car, comme dit Darwin, « tout ce qui n’a pas de but dans lanature disparaît, et elle reparaîtrait chez le descendant avec toutes les perfections qu’elle aurait acquises avant de succomber dans sa lutte pour l'existence. Or, il est loin d’en être ainsi, et il est même plus que probable que, la vie durant, il ya une génération continue, quoique peu active, de cellules nerveuses et de nerfs aux dépens de la névroglie. »
DÉVELOPPEMENT
Cervelet d’un fœtus de 5 mois; — d’un de 6 mois; — d’un de 7 mois et demi; — d’un enfant à terme.
De la façon dont le cervelet se forme, ainsi que la protubérance et la moelle allongée aux dépens du cerveau postérieur, je n’en dirai rien, renvoyant aux traités d'embryogénie et principalement à celui de Kælliker (voy. p. 552 et suiv.), et je m’occuperai de suite de la structure qu'il présente.
Dans les premiers stades du développement, alors que le cervelet proprement dit n'existe pas encore, mais se trouve confondu avec la prolubérance et la moelle allongée dans le cerveau postérieur, sa structure est exactement celle que nous avons donnée du cerveau d’embryons de lapins de dix et quatorze jours; il est cependant à noter que son épaisseur est relativement plus grande, que, par conséquent, le stade que nous avons figuré dans la planche IX, par les figures 1 et 2, est un peu plus avancé.
Le cervelet d’un fœtus humain de cinq mois est, au point de vue de la forme extérieure, fort avancé, les sillons sont fort nets et nettement accusés, quoiqu ls ne soient pas encore comparables à ce qu’ils seront à la naissance.
Nous décrirons une coupe d’un cervelet d’un fœtus de cet âge, en ajoutant que les cervelets d’embryons plus jeunes présentent, une fois qu’ils sont sortis des périodes
que je pourrai appeler épithéliales et postépithéliales, exactement le même aspect; par conséquent, je ne suis nullement d'accord avec M. Lahousse, qui, lui, reconnaît déjà dans les éléments du cervelet des différenciations assez importantes ; je reviendrai plus loin sur les points à propos desquels je ne me trouve pas d’accord avec lui.
Sur une coupe faite perpendiculairement à la direction des plis, on voit que le cervelet est formé, en partant de la surface, par une couche granuleuse qui n'existe pas dans le cervelet de l'adulte, tous les noyaux des cellules qui entrent dans la formation de cette couche se colorant d’une façon intense par le carmin. En dessous d'elle, mais n’en étant pas séparée d’une manière tranchée, vient la couche granuleuse superficielle qui existe chez l'adulte; mais à cet âge elle a une très faible épaisseur (pl. XII, fig. 1). Puis après elle vient la couche des grains; en dessous d’elle on ne voit pas encore la couche de substance blanche: dans le point qu’elle occupera, on voit seulement des cel- Jules qui se confondent avec la couche granuleuse.
On sait que la couche superficielle du cervelet, la couche granuleuse, comme on la désigne généralement, est l’analogue de la première couche du cerveau, et elle présente le même aspect. Dans le cervelet d’embryon de cinq mois, nous voyons qu'elle est surmontée d’une couche assez ‘épaisse renfermant des cellules fort proches les unes des autres ; il est impossible sur une coupe de se rendre compte de la forme et de la nature de ces cellules. Guidé par des préparations dans lesquelles j’avais déchiré cette couche, j'ai pensé qu'elle n'existait pas en réalité, c'est-à-dire qu’elle n’était point formée par des cellules d’origine ectodermique, d'autant plus que sur les cervelets d’embryons de mouton correspondant comme âge à des fœtus humains de deux mois elle n'existe pas; j’eus alors la pensée qu'elle était formée par des cellules lymphatiques qui avaient pénétré par migration dans la couche granuleuse. Pour m’en assurer, j'ai raclé légèrement, peu d’instants après la mort, la surface d’un cervelet d’un fœtus (un peu plus âgé, il est vrai, car il avait six mois, mais cette couche existait), et j'ai dissocié le produit de raclage dans un peu de liquide arachnoïdien ; j'ai alors constaté, après avoir mis la pré-
paration dans la chambre chaude, que j'avais affaire, en réalité, à des cellules lymphatiques qui avaient pénétré dans la couche granuleuse.
Cela n’a rien d'étonnant, car toute la surface du cervelet est recouverte par le lacis excessivement riche des vaisseaux de la pie-mère..
Mais cette couche existe-t-elle en réalité, ou n'est-elle que le résultat du genre de mort de mes embryons, qui étaient tous morts d’asphyxie, il m'est difficile de le dire ; cependant, j'ai examiné un assez grand nombre d’embryons de mouton (eux aussi étaient morts d’asphyxie par suite de l’hémorragie de la mère), et tous possédaient cette couche de cellules migratrices ; d’un autre côté, il serait bien étrange que pendant les quelques instants qu'avait duré pour quelques-uns l’asphyxie, il se fit une diapédèse assez abondante pour former une couche aussi épaisse et aussi étendue. (
Les cellules formant la couche des grains ont exactement la même structure intime que celles que nous avons trouvées dans la substance grise du cerveau embryonnaire, c’est-à-dire qu'elles sont formées par un noyau entouré d’une masse de protoplasma mou, presque semi-fluide, ayant des contours irréguliers.
Dans quelques points très rares, à la limite de la couche granuleuse et de la couche des grains, on aperçoit quelques cellules un peu plus volumineuses que les autres et ayant un protoplasma qui prend par l’osmium une teinte un peu plus foncée que les voisines; je suis disposé à considérer ces cellules comme de jeunes cellules de Purkinje, se différenciant au milieu des cellules de la substance embryonnaire ; mais j'émets surtout cette opinion à cause du siège de ces cellules, d'autant plus qu’elles sont si rares qu’il est difficile de les reconnaître dans les dissociations.
Une coupe d’un cervelet d’un fœtus humain de six mois, faite perpendiculairement à la direction des plis du cervelet, montre que cet organe a subi, dans le cinquième mois, une fort rapide évolution. En partant de la surface nous voyons d’abord la couche granuleuse dont la partie superficielle est infiltrée de cellules lymphatiques. En dessous d'elle vient une couche de grosses cellules disposées sur
une seule rangée, que nous reconnaissons de suite, quoiqu’elles n'aient pas encore leur aspect adulte, pour les cellules de Purkinje.
Dans les embryons de cet âge, en effet, leur protoplasma, au lieu d'entourer complètement le noyau, enveloppe seulement la partie supérieure et s'étend fort peu sur les côtés; à la partie inférieure, on n’en aperçoit nulle trace.
En dessous de la couche des cellules de Purkinje, vient la couche granuleuse, dans laquelle on distingue deux sortes de noyaux. Les uns se colorent fortement par le carmin, les autres, généralement plus volumineux, ne se colorent que faiblement ; ilme paraît probable que ces deux espèces de noyaux appartiennent à des cellules différentes.
En effet, il existe dans la couche des grains deux espèces de cellules : les unes sont nerveuses, les autres névrogliques. C’est à Denissenko que nous devons de le savoir. En effet, cet auteur, en traitant des coupes de cervelet par l’hématoxyline et l’éosine, avait reconnu ces deux espèces de cellules. M. Ranvier a reconnu également ces deux espèces de cellules en colorant des coupes du cervelet durci dans le bichromate d’ammoniaque par la solution de purpurine et par l'hématoxyline qu'il nomme Lématoxyline nouvelle (Tr. tech., p. 1093).
En dessous de la couche des grains se trouve la couche des fibres de la substance blanche dans laquelle on aperçoit quelques rares fibres à moelle.
Les dissociations d’un cervelet d’un fœtus de cet âge montrent que les cellules de Purkinje ont réellement la forme que nous leur avons vue sur des coupes; le noyau, toujours placé à la périphérie, est relativement volumineux, comparé au protoplasma. |
Les seuls prolongements qu'on aperçoive sont les prolongements protoplasmiques qui s'engagent dans la couche granuleuse superficielle; on n’aperçoit pas plus trace du prolongement cylindre-axile sur les cellules dissociées que sur les coupes.
Outre ces cellules, on trouve dans la préparation de nombreuses cellules de la névroglie, qui ne diffèrent pas comme structure des cellules du cerveau de l'embryon de
cet âge, et quelques cellules à noyau peu coloré, à protoplasma assez abondant, qui me paraissent être, les cellules nerveuses de la couche des grains; mais il est fort difficile de se prononcer, car leur protoplasma n’a pas de forme régulière, el elles sont peu développées.
On ne constate une différence notable dans l’évolution des éléments du cervelet que pendant le milieu du septième mois de la vie intra-utérine.
Sur une coupe du cervelet perpendiculaire à la direction des plis du cervelet d’un fœtus de cet âge, on voit d’abord que la couche formée par des cellules lymphatiques dans la partie supérieure de la couche granuleuse a sensiblement diminué d'épaisseur, les cellules migratrices restantes sont moins denses.
La couche des cellules de Purkinje a une très grande netteté, les cellules ont presque l'aspect qu’elles auront à l’état normal; cependant les prolongements protoplasmiques sont moins visibles; le protoplasma du corps cellulaire comparé au noyau est aussi moins volumineux que chez l’adulte ; enfin, sur ces coupes, il est presque toujours impossible d’apercevoir le prolongementcylindre-axile.
La couche des grains offre le mème aspect que dans la coupe du cervelet que nous avons précédemment décrit, les cellules nerveuses qu’elle contient et que nous désignerons sous le nom de cellules de Denissenko (1) n’y sont pas plus abondantes.
Dans la substance blanche, on Arabe de nombreuses fibres à myéline plus ou moins avancées dans leur développement.
Dans les préparations faites par dissociation, on constate que presque toutes les cellules de Purkinje possèdent un prolongement cylindre-axile : les prolongements protoplasmiques souvent se divisent.
Les cellules de Denissenko offrent sensiblement le même aspect que dans le cervelet du fœtus de six mois, et les cellules de la névroglie ne diffèrent pas des cellules du cerveau d’un fœtus du même âge.
Sur une coupe d’un cervelet d’un enfant né à terme, on
(1) Denissenko, Zur Frage über den Bau der Kleinhirnrinde bei verscheidenen Klassen von Wirbelthieren |(4rch. f. Mikr. Anat., t. XIV, p. 203).
constate que si la couche formée par les cellules migratrices dans la couche granuleuse superficielle n’a pas sensiblement diminué d'épaisseur, les cellules sont peu pressées les unes contre les autres.
Les cellules de Purkinje y ont sensiblement, sauf le volume, qui est moindre, le même aspect que dans le cervelet de l'adulte; les prolongements protoplasmiques et le prolongement cylindre-axile sont fort nets : le noyau n’est plus logé au pôle inférieur, mais se trouve au centre du corps de la cellule.
Dans la couche granuleuse on aperçoit toujours deux espèces de noyaux : les uns se colorant fortement, les autres peu; enfin, dans la substance blanche, on aperçoit de nombreuses fibres à myéline.
Dans le cervelet de l'adulte, on trouve dans la couche granuleuse des petites cellules ganglionnaires ayant à peu près la même forme que les cellules de Purkinje, mais considérablement plus petites; nous n’avons pas pu les apercevoir dans le cervelet du nouveau-né.
Lorsqu'on examine une coupe du cervelet de l'adulte durci par les sels de chrome, la couche des grains s’arrète presque subitement à la partie inférieure des cellules de Purkinje; dans toutes nos préparations, nous l'avons vue s'étendre jusqu’au point où les cellules de Purkinje émettent les prolongements protoplasmiques : nous nous sommes demandé si cet aspect était dû à l’action des réactifs, ou bien s’il se faisait qu'avec les progrès de l’âge les cellules de Purkinje s’élevaient dans la couche granuleuse externe. L'examen de coupes de cervelet de nouveau-né durei dans les sels de chrome et de coupes du cervelet d’un supplicié fixé par l’action successive de l’alcool au tiers, du picrocarminate d’ammoniaque et de l'acide osmique, nous montra que cet aspect différent était dû aux réactifs.
Dans les pages consacrées à l’historique du développement du cervelet, nous avons vu que M. Lahousse émettait l'opinion que les cellules de la névroglie, les cellules nerveuses et les nerfs forment un tout continu. S'il n’est pas douteux que les cellules nerveuses et les nerfs se suivent, du moins pour les nerfs venant du prolongement cylindre-axile, il n’est pas démontré que les prolongements proto-
plasmiques en forment, quoique cela soit probable, plus que probable, dirai-je même et, pour ma part, je suis porté à admettre comme à peu près exact le schéma de Stricker ; mais cela n’est nullement démontré.
Quant aux rapports qui existeraient d’après lui entre les cellules de la névroglie et les cellules nerveuses, je suis obligé de m'inscrire en faux contre sa manière de voir.
Rien dans la-structure du cervelet de l’adulte, rien dans le développement ne peut justifier cette opinion; l'étude des coupes est certainement très utile pour montrer les rapports des éléments, mais seules, sans l’aide de la dissociation, elles ne peuvent nous renseigner sur la structure intime des tissus.
C'est parce que M. Lahousse n’a étudié que des coupes et des coupes faites sur des tissus durcis dans l'acide chromique (liquide de Flemming) et le bichromate de potasse, qu'il a été conduit à émettre cette opinion.
Pour moi, s’il est vrai qu'à un moment donné, au début du développement, les cellules qui deviendront des cellules nerveuses et des cellules de la névroglie sont reliées entre elles dans les chaînes de prolifération, ces rapports paraissent cesser dans la suite; s’il est probable d’un côté que toutes les cellules de la névroglie sont en rapport les unes avec les auires, il est difficile de voir ce rapport, et rien ne justifie la supposition que les cellules nerveuses et les cellules de la névroglie forment un tout.
Une des conséquences de la manière de voir de M. Lahousse est que les cellules nerveuses ne sont que des cellules névrogliques perfectionnées. Je ne puis non plus admettre cette opinion, s’il est vrai que ces deux espèces de cellules viennent de cellules de même origine, la cellule nerveuse ne passe pas par la cellule de la névroglie; lorsque la différenciation s'effectue, ces deux ordres de cellules suivent une marche parallèle vers la forme adulte, mais ne se confondent jamais.
Enfin il est une proposition de M. Lahousse que je ne puis laisser passer sans protestation, c’est celle par laquelle il affirme qu'il est plus que probable que, la vie durant, ily a une génération continue, quoique peu active, de cellules nerveuses et de nerfs aux dépens de la névroglie! Or, s’il
est un fait certain, c’est celui que l’on ne rencontre jamais de jeunes cellules nerveuses dans les organes centraux, à l’âge adulte et que, depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, les cellules nerveuses augmentent de volume.
Enfin je ne suivrai pas M. Lahousse dans la discussion qu'il engage avec Schwalbe à propos de l’inertie ou la non inertie de la névroglie adulte, je me borneraï à lui rappeler que, dans un certain nombre d’affections de la moelle, entre autres dans le tabes, il y a une formation exagérée de la névroglie, ou plutôt les cellules de la névroglie existante augmentent, et cette augmentation n’aboutit pas à la création de nouvelles cellules nerveuses, mais seulement à l'augmentation de volume des cellules névrogliques existantes, qui conservent tous leurs caractères propres sans revêtir ceux des cellules nerveuses.
Mes recherches me conduisent à poser les conclusions suivantes :
1° Les nerfs périphériques se développent du centre à la périphérie, sous la forme de faisceaux de fines fibrilles et de granulations rangées les unes à la suite des autres, noyées au sein d’une matière homogène.
2° La périphérie de ces faisceaux de fibrilles est recouverte par des cellules conjonctives embryonnaires; plus tard, par prolifération, ces cellules pénètrent dans l'intérieur des faisceaux nerveux, s’y multiplient, divisent les fibrilles en petits faisceaux et recouvrent ceux-ci; en même temps elles se différencient des cellules connectives ordinaires par la grande longueur que prend leur diamètre longitudinal par rapport à leur diamètre transversal, elles s'appliquent en même temps à la surface des faisceaux de fibrilles et leur constituent une enveloppe spéciale en les contournant et en se soudant à elle-même; à ce moment la fibre nerveuse dans ses parties essentielles est formée, car le faisceau de fibrilles entouré de protoplasma, qui luimème estrecouvert par une enveloppe, constitue le cylindre d’axe.
3° Plus tard, c’est-à-dire vers le quatrième mois de la vie utérine, la myéline fait son apparition dans le protoplasma entourant le cylindre d’axe; elle est d'abord à peine différenciée de ce dernier; elle apparaît généralement sous la forme d’une mince lame qui s'étend dans toute ou presque toute la longueur du segment interannulaire: d’autres fois elle apparait sous la forme de boules distribuées très irrégulièrement le long de la fibre nerveuse, ou bien sous celle de granulations isolées les unes des autres; à partir de ce moment elle se développe de plus en plus,
jusqu'à ce que la fibre nerveuse à moelle ait atteint les caractères qu’elle possède à l’état adulte. Mais, parallèlement au développement de la myéline, il s'effectue dans la libre nerveuse à moelle un développement du protoplasma, et celui-ci occupe souvent un espace beaucoup plus considérable que la myéline. Mais, dans tous les cas, il existe en quantité beaucoup plus considérable que dans les fibres à moelle adultes.
4° Je ne puis me rallier complètement à l'opinion de Harting, qui considère l’augmentation en épaisseur des fibres nerveuses comme étant due uniquement à la myéline; car souvent on voit une fibre nerveuse excessivement mince se recouvrir de myéline, et il est très rare de rencontrer chez l'adulte des cylindres d’axe aussi grèles.
5° La substance qui vient des centres avec les fibrilles formant le cylindre d'axe et qui les englobe paraît jouer un certain rôle dans la formation de la myéline.
6° Chez les embryons de mammifères et les jeunes sujets, des cellules connectives s’interposent entre deux segments interannulaires; au niveau de l’étranglement annulaire et sous leur influence le cylindre d’axe croît plus rapidement que la gaine de Schwann, le protoplasma et la myéline des segments interannulaires limitant les étranglements, de sorte qu’elles arrivent à se mettre en contact avec le cylindre d’axe et qu’elles l'entourent. Cette formation de nouveaux segments, « segments intercalaires », donne l'explication du fait qu’un nerf peut croître avec le membre sans qu’il y ait déplacement de ses parties.
1° Les éléments propres de la moelle viennent tous par une série de transformations du neuro-épithélium primitif, qui lui-même n’est qu’un repli ou épaississement de l’ectoderme.
8 La substance grise embryonnaire apparaît sur les côtés des rangées de cellules épithéliales qui forment le tube neural vers le vingtième jour de l'embryon humain ; elle se montre d’abord sur.les côtés antérieurs du tube neural, de sorte que la partie de cette substance qui deviendra la corne antérieure se développe avant celle qui formera la corne postérieure. Cest, du reste, un fait constant, que, durant toute la durée du développement,
les éléments des cornes antérieures précèdent dans leur évolution ceux qui se trouvent dans les cornes postérieures.
9° La substance grise embryonnaire est formée par des cellules ayant un protoplasma émettant généralement plusieurs prolongements qui se dirigent dans divers sens. Cependant deux prédominent : l’un d’eux est parallèle à la direction des fibres radiaires venant des cellules avoisinant le canal de l’épendyme, c’est-à-dire que les fibres qui le suivent ont une direction rayonnée,; l’autre est dirigé d’arrière en avant et les fibres qui le suivent forment par leur réunion la commissure antérieure. Ce sont les fibres. qui ont cette direction qui sont la cause de la démarcation nette qui existe entre les cellules épithéliales bordant le canal de l’épendyme et les cellules qui forment le rudiment de la substance grise, car les cellules qui touchent aux couches épithéliales vraies ont des prolongements se dirigeant en majorité de haut en bas; celles qui se trouvent plus à la périphérie ont, au contraire, des prolongements suivant de préférence une direction rayonnée.
10° Les noyaux des cellules de la substance grise embryonnaire sont, au début, de deux sortes : les uns se colorent vivement par le carmin et l'hématoxyline, ils sont généralement petits et mesurent chez le mouton de 4 à5 y; les autres, plus gros, ayant de T à 8 , sont généralement sphériques, s’imbibent peu par les matières colorantes et renferment des granulations.
Je ne pense pas, avec Boll, que cette différence dans les noyaux indique que les cellules possédant des noyaux d’une variété deviendront des cellules nerveuses, les autres des cellules de la névroglie (il y a toutefois une exception chez l’acanthias), car plus tard tous les noyaux deviendront semblables ; mais je crois que cette différence dans les noyaux indique plutôt que les cellules à gros noyaux sont des cellules en voie de division.
Du reste, le protoplasma de toutes les cellules est exactement semblable : il est mou, il émet des prolongements de sa substance et ne possède pas de contours nets, comme c'est le propre de presque toutes les cellules embryonnaires.
11° Ces cellules étendent petit à petit leur domaine, jus-
qu'à ce qu’elles occupent les deux côtés du canal de l’épendyme et qu’elles le dépassent en haut et en bas.
12° Ce sont elles qui se transformeront, entre le deuxième et le cinquième mois de la vie utérine, en cellules nerveuses et en cellules de la névroglie ; mais avant de subir cette transformation la différence qui existe pendant la première période de leur évolution entre leurs noyaux disparaît.
13° De nos jours, malgré quelques sages réserves, on a une tendance manifeste à considérer comme la caractéristique d’une division cellulaire, sauf toutefois pour les globules blancs, les élégantes figures chromatiques qu’on obtient en colorant par des substances ayant une très grande élection pour les noyaux les cellules en voie de division. Cependant quelques auteurs reconnaissent que les figures chromatiques ne sont pas constantes, que souvent elles font défaut, mais qu’on rencontre toujours des figures achromatiques formées par les minces filaments de l’aster.
La couche des cellules formant la substance grise embryonnaire se produit très rapidement; de nombreux vaisseaux y pénètrent, de sorte qu’on est en droit de penser que les changements qui se passent dans les cellules sont très actifs, et que, par conséquent, si les figures caryokinétiques sont aussi constantes qu'on le dit généralement, on devrait en rencontrer un grand nombre.
Telle a été ma première idée : aussi ai-je été grandement étonné de ne pas en observer une seule, soit dans la substance grise se formant, soit à son voisinage immédiat, quoiqu’elles fussent très abondantes dans la première rangée de cellules qui bordent le canal de l'épendyme. J'ai mis alors à la recherche des figures achromatiques autant de soin qu’à celle des figures chromatiques; le résultat fut également négatif, il y en avait un grand nombre dans les points où on observe les figures chromatiques, mais nulle autre part ailleurs.
En présence de ces faits, j'ai été amené à penser qu'il n’y a que deux hypothèses admissibles, pour expliquer la formation de cette substance, car il faut rejeter d’une ma-
nière absolue, du moins chez les mammifères, l'hypothèse qu'elle peut être formée par des éléments venant du mésoderme ou de l’entoderme, aucun fait ne venant justifier cette manière de voir.
Ou bien toutes les cellules de la moelle se forment surtout dans la première, quelques-unes dans la deuxième rangée des cellules qui bordent immédiatement le canal central, puis elles émigrent de là vers la périphérie pour former la substance grise; ou bien seules les cellules de la première rangée prolifèrent et repoussent les cellules situées derrière elles, et celles-ci changent de forme à mesure qu’elles approchent de la périphérie.
Mais cette hypothèse me paraît difficilement admissible ; du reste les cellules en voie de division sur les bords du canal de l’'épendyme s'expliquent par le fait que ce canal s'agrandit considérablement pendant cette période, et cette augmentation ne peut se faire que parce que les cellules deviennent plus nombreuses.
Ce qui me porte à penser que la division qu’on observe en ce point est destinée à augmenter le nombre des cellules qui bordent le canal de l’épendyme, c’est que lorsque le fuseau se divise en deux parties, on voit que ces deux parties sont parallèles au bord du canal de l’épendyme et que la plaque équatoriale est perpendiculaire à ce bord, tandis que si ces cellules se divisaient pour former de nouvelles couches, cette plaque devrait être parallèle à ce bord et l’axe des deux fragments du fuseau lui être perpendiculaire.
La seconde hypothèse et celle qui me paraît la plus probable est la suivante, c’est qu'il existe pour les cellules formant la substance grise embryonnaire et les cellules qui l’avoisinent un autre mode de division ou plutôt de reproduction que celui connu sous le nom de division indirecte ou de caryokinèse.
1%° Les cellules nerveuses ne font dans l'embryon de la brebis leur apparition, d’une facon nette et absolument certaine, qu'à l'époque qui correspond à la dixième semaine de la vie utérine de l'embryon humain; elles proviennent d'une transformation des cellules qui forment la substance grise embryonnaire.
15° Les cellules nerveuses apparaissent simultanément dans cette substance dans deux groupes principaux : l’un est situé au bas de la corne antérieure, l’autre plus haut et sur le côté externe de cette corne. Ces deux groupes correspondent respectivement dans la moelle dorsale (la seule
-portion sur laquelle porte ma description) au groupe antérieur et au groupe de la corne latérale; quelques autres cellules disséminées irrégulièrement se voient encore dans la corne antérieure.
Lorsqu'on examine ces cellules dans une préparation obtenue par dissociation, on voit des cellules plus grandes que celles qui les environnent ; leur forme est très variable, irrégulière ; elles ont de longs prolongements très grèles, qui quelquefois se divisent; leur noyau est toujours volumineux, à un contour fort net; il renferme, outre des granulations peu distinctes, un ou deux nucléoles ; leur protoplasma ainsi que ses prolongements se colorent faiblement par l’osmium ; il est peu dense, rappelle comme aspect une émulsion d’albumine légèrement teintée en brun; il renferme souvent de nombreuses vacuoles quelquefois très petites, d’autres fois assez volumineuses ; ces vacuoles ne se trouvent jamais dans les prolongements.
Entre cette forme, qui est la plus avancée et les cellules embryonnaires, qui constituent à cet âge la masse principale de la substance grise de la moelle, on rencontre toute une série d’intermédiaires.
16° Dans un embryon de brebis long de 10 centimètres et correspondant comme âge à un fœtus humain de trois mois et demi, on voit encore dans la corne antérieure quelques cellules qui présentent le même aspect que celles que nous venons de décrire; mais généralement elles sont plus volumineuses, ont de nombreux prolongements, qui se ramifent souvent; leur noyau est volumineux, nettement délimité, renferme un ou deux nucléoles brillants; leur protoplasma se colore en brun clair par l'osmium: il renferme de grosses granulations peu réfringentes, qui ne sont jamais nettement délimitées, mais qui se confondent plus ou moins avec la masse générale qui les enveloppe.
Les prolongements des cellules nerveuses ont le même
Vicnaz. — Système nerveux. 43
aspect que le protoplasma; ils se ramifient souvent; dans les cellules les plus développées on aperçoit généralement un prolongement plus grêle que les autres; comme jamais il ne se ramifie et qu’il paraît être formé par une substance homogène, nous avons lieu de croire que c’est le prolongement de Deiters.
A7 Les cellules de la colonne de Clarke font leur apparition dans l'embryon de brebis, lorsque celui-ci n’a que 47 centimètres de longueur, et qu'il correspond comme âge à un fœtus humain de quatre mois.
18° Jusqu'à ce que les embryons de mouton aient atteint une longueur de 25 centimètres, ce qui correspond environ au cinquième mois et demi de la vie utérine de l'embryon humain, le protoplasma des cellules nerveuses des cornes antérieures ne change pas sensiblement d'aspect; il devient seulement plus ferme, et les prolongements augmentent de volume ; il est alors plus facile de les voir se diviser; mais la structure de la cellule reste la même. C’est à cette époque qu'apparaissent les cellules des cornes postérieures.
19° A l’époque qui correspond au sixième mois de l’embryon humain et à cette époque chez celui-ci, on voit dans quelques cellules des cornes antérieures la surface du protoplasma formant le corps cellulaire prendre une apparence vaguement striée; cette apparence est due à ce que les granulations du protoplasma devenues plus fines se rangent en séries linéaires; mais de stries proprement dites on n’en découvre pas la moindre trace; cet arrangement des granulations n'existe généralement pas dans tout le protoplasma d’une cellule, mais seulement dans une partie, 1l ne s'étend jamais dans les prolongements.
20° Au septième mois, la majorité des cellules des cornes postérieures présente soit dans le protoplasma entourant le noyau, soit dans toute son étendue, soit seulement dans une partie, une différenciation fort nette, sous la forme de fibrilles excessivement grèles, entre lesquelles se trouvent des granulations protoplasmiques.
21° Au huitième mois, presque toutes les cellules des cornes antérieures possèdent une véritable structure fibrillaire; celle-ci s'étend même souvent dans les prolonge-
ments, tandis que dans celles des cornes postérieures la fibrillation n’est pas encore distincte.
22° A la naissance, il est rare de voir des cellules qui ne soient pas striées, cependant on en rencontre toujours quelques-unes sur un certain nombre de préparations. Les cellules nerveuses sont à cette époque tout à fait semblables à celles de la moelle adulte, sauf en ce que leur volume est moindre eten ce qu’elles ne renferment jamais de granulations pigmentaires.
23° D’après les recherches de His, la substance blanche de la moelle serait formée uniquement par les prolongements venant des cellules nerveuses de la substance grise. Ils auraient d'abord l'aspect de fibres radiaires. Mes recherches me conduisent à adopter complètement cette manière de voir, car d’abord on ne se rend pas compte comment les fibres de la substance blanche, qui sont certainement en rapport avec des cellules nerveuses, pourraient naître sous la forme d'éléments distincts de celles-ci; puis on ne trouve nulle part trace d'éléments spéciaux chargés de les former, comme l’ont prétendu Eichorst et Boll.
24° Quant à l’origine des cellules, ‘qui se rencontrent à partir du troisième mois et demi sur les fibres de la substance blanche de la moelle, j'ai observé les faits suivanis :
a. Dans la substance blanche de la moelle d’embryons de mouton ayant entre 10 et 15 centimètres de long, on trouve, outre les cellules de la névroglie, des cellules plus allongées dans un sens que suivant les autres; ces cellules ont un noyau ovalaire ; le protoplasma assez épais autour du noyau diminue de plus en plus d'épaisseur à mesure qu’on s'éloigne de celui-ci, et se trouve bientôt réduit à une simple lame très mince.
b. Il est rare de trouver des cellules de cette espèce isolées; généralement elles sont intimement appliquées sur une fibre nerveuse et l’enveloppent comme un manchon. Ces cellules ne possèdent pas de membrane d’enveloppe, aussi est-il très difficile de voir leurs limites lorsqu’elles se trouvent appliquées sur une fibre nerveuse.
c. Vers le cinquième mois la myéline se développe
entre ces cellules et les fibres nerveuses ; quelquefois elle apparaît sous la forme de fines gouttelettes, mais plus souvent sous celle d’une mince lamelle, qui acquiert petit à petit une grande épaisseur, en même temps qu’elle prend une coloration plus foncée par l'acide osmique; en un mot, elle se développe autour des cylindres-axes des fibres de la moelle, comme autour de ceux des nerfs périphériques.
25° Dans les nerfs périphériques, les cellules qui entourent les cylindres-axes viennent des cellules connectives périphériques; celles qui se trouvent autour des fibres de la moelle ont, d'après nos recherches, une autre origine. Il me semble certainement, comme Boll en avait déjà émis l'opinion, qu’elles viennent des cellules de la substance grise ; en effet, dans la moelle d’embryons ayant entre 10 et 15 centimètres de long, outre les cellules de la névroglie, on rencontre d’autres cellules qui paraissent n'être que de simples cellules embryonnaires, au voisinage d'autres cellules qui présentent, entre ces dernières et les cellules du recouvrement des cylindres-axes, toute une série de transitions.
26° Dans la partie de ce travail où j'ai traité du développement des fibres nerveuses périphériques, j'ai dit que je pensais que la couche de protoplasma qui recouvre les cylindres d’axes devait jouer un certain rôle dans la formation de la myéline. Les recherches que j'ai faites sur le développement des éléments de la moelle me confirment dans cette opinion. En effet, il me semble qu’il est difficile d'admettre qu'une substance aussi spéciale que la myéline se développe dans deux cellules d'origines aussi différentes que la cellule de revêtement des tubes nerveux périphériques et la cellule de revêtement des tubes de la substance blanche. Mais, si l’on admet que la substance qui les englobe d'abord, et leur forme par la suite à chacune séparément une enveloppe et qui est de même origine dans les fibres centrales que dans les fibres périphériques, joue un rôle dans la formation de la myéline, l'origine de cette dernière substance me paraît recevoir une explication rationnelle.
27° La principale différence qui existe dans les tubes
nerveux périphériques et centraux consiste en ‘ce que les premiers ont une membrane d’enveloppe (la gaine de Schwann), tandis que les seconds n’en possèdent pas, et les noyaux des tubes périphériques sont logés dans une encoche de la myéline, tandis que ceux des fibres de la moelle sont logés durant le développement et à l’état adulte à la surface de la couche de myéline; mais les noyaux de ces deux espèces de fibres sont toujours entourés de protoplasma.
28° Les cellules de la névroglie de la moelle ne commencent à devenir distinctes des cellules embryonnaires, formant alors la grande masse dela moelle, que lorsque l’embryon de la brebis a atteint une longueur de 40 centimètres (Gil correspond alors à un fœtus humain de trois mois et demi). Elles se montrent alors sous la forme de masses granuleuses peu réfringentes, ayant quelques pointes d’excroissance également granuleuses ; entre cette forme el les cellules embryonnaires à protoplasma presque homogène, on rencontre toute une série d’intermédiaires.
29° Puis elles revêtent la forme de cellules ayant peu de protoplasma autour de leur noyau, mais possédant par contre de nombreux prolongements se ramifiant souvent ; leur protoplasma est homogène, transparent comme du verre, mais renferme de grosses granulations.
30° Lorsque l’embryon du mouton à atteint 17 centimètres de long (quatrième mois de l'embryon humain), les cellules de la névroglie se présentent sous la forme de cellules renfermant un noyau volumineux, au milieu d’une masse de protoplasma transparente comme le verre, se colorant très faiblement par l’osmium, émettant des prolongements grèles et souvent ramifiés, présentant quelquefois une extrémité renflée, ce qui indique que le protoplasma qui les forme est mou, un peu élastique, et qu'il est revenu sur lui-même, par suite des tiraillements que la cellule a subis pendant la dissociation ; dans ce protoplasma on trouve généralement quelques fines granulations.
34° Lorsque l'embryon a 25 centimètres, ces cellules présentent un très grand développement, leurs prolongements sont très nombreux et se ramifient souvent: ils
ont la même constitution que le protoplasma périnucléaire.
32° A partir du sixième mois de la vie utérine (l’embryon de mouton a 25 centimètres de long) et pour se prolonger un peu au delà de la naissance chez l'embryon humain et le mouton, les cellules subissent les transformations suivantes, pour prendre les caractères de cellules adultes. Ces transformations ne s'effectuent pas dans toutes les cellules à la fois, mais seulement dans certaines d’entre elles.
a. D'abord les granulations, qui sont logées dans le protoplasma de la cellule, deviennent moins réfringentes et se confondent avec lui, puis quelques-uns des prolongements prennent un aspect rigide, ferme et homogène et deviennent d’un volume égal dans toute leur longueur; ils ne présentent plus trace de division ; les autres prolongements gardent le même aspect que le protoplasma d'où ils viennent.
b. Arrivée à cet état, la cellule peut s’acheminer vers son complet développement suivant l’un des deux modes suivants : ou bien toules les fibres subissent la transformation rigide avant que le protoplasma entourant le noyau présente la moindre trace de différenciation, c’est-à-dire qu'il présente des côtes rigides, qui sont dues aux fibres qui le traversent sans se confondre avec lui et avec leurs voisines ; ou bien, une, deux ou trois fibres traversent le protoplasma à l’état différencié, tandis que les autres prolongements continuent à ètre des prolongements protoplasmiques.
La cellule présente alors une partie adulte et une partie embryonnaire.
c. Lorsque la cellule de névroglie est sur ie point d'avoir ses prolongements différenciés, sa masse de protoplasma est considérable ; elle diminue pendant cette différenciation, de sorte qu'on est porté à penser que le protoplasma se condense pour former la partie différenciée.
33° Souvent, lorsque les cellules différenciées de la névroglie sont jeunes, on voit que l'extrémité de leurs prolongements est renflée, comme nous l'avons déjà vu dans les cellules à prolongements protoplasmiques ; ce fait, joint à ce qu’il est très rare de voir dans une préparation
par dissociation des prolongements de ces cellules détachés des cellules, me porte à penser que les cellules de la névroglie forment un immense réseau enfermant dans ses mailles tous les éléments nerveux de la moelle.
34° S'il ne fait aucun doute que les cellules de la névroglie qui se trouvent dans la substance grise embryonnaire se forment aux dépens de quelques-unes des cellules embryonnaires qui constituent au début cette substance, l’origine de celles de la substance blanche est moins bien établie. Aïnsi Eichhorst les fait venir des globules lymphatiques; Boll} prétend que ces cellules ont d’abord formé une masse unique, qui s’est plus tard divisée en cellules, chaque noyau de la masse devenant un centre cellulaire, pour d’autres ce sont des éléments venant du mésoderme, des cellules connectives subissant une évolution particulière.
Pour moi, je rejelte toutes ces manières de voir, et je considère qu'elles ont la mème origine que celles de la substance grise, que ce sont de ces cellules qui pénètrent entre les fibres de la substance et s’y différencient ; en effet, à l’état adulte et pendant tout le développement, les cellules de la névroglie, qu’elles proviennent de la substance blanche de la moelle, présentent exactement les mêmes caractères. Puis les différenciations qu’elles offrent ne se trouvent que dans les cellules d’origine épithéliale ; ainsi on peut les comparer jusqu’à un certain point aux cellules du corps muqueux de Malpighi (Renaut), aux cellules de soutènement de la rétine (Ranvier), aux cellules du tissu dit mugueux du sac dentaire, qui toutes sont, comme les cellules de la névroglie, d’origine ectodermique.
Le fait suivant du reste milite en faveur de ma manière de voir: lorsque des cellules commencent à se montrer dans les cordons de la substance blanche, on observe une diminution considérable dans le nombre des éléments jeunes qui composent la substance grise. On ne peut expliquer cette diminution qu’en admettant qu’un certain nombre de ces éléments ont émigré, car on n’observe nulle trace de résorption ni agrandissement du volume de la substance grise, comparativement à son volume juste avant ce moment.
35° Les cellules formant à l'origine les vésicules céré-
brales ne tardent pas à perdre leur caractère épithélial, sauf à la partie tout à fait interne, pour devenir des cellules irrégulières à protoplasma assez développé, qui constituent la substance grise embryonnaire. Dans cette substance, il est impossible de reconnaître les cellules qui deviendront des cellules de la névroglie.
36° La substance grise embryonnaire continue à augmenter d'épaisseur jusqu'au cinquième mois de la vie utérine, sans changer de structure intime ; cependant, dès le premier mois, la première couche de Meynert, ou couche fibrillaire, a fait son apparition, et entre le deuxième et le troisième mois la substance blanche commence à se développer.
37° Au cinquième mois et demi la couche des grandes cellules pyramidales fait son apparition au milieu des cellules de Ja substance grise embryonnaire ; les cellules de cette couche cependant ne deviennent fort nettes qu'au huitième mois; les cellules de la seconde couche, ou couche des petites cellules pyramidales, ont apparu à la même époque.
38° Au neuvième mois apparaissent les cellules de la quatrième et de la cinquième couche ; l'aspect du cerveau est le même que celui de l’adulte, sauf l’absence de fibres arquées.
39° Les cellules de la névroglie ne se différencient des cellules embryonnaires cérébrales que pendant le sixième mois ; mais elles ne deviennent bien nettes que pendant le huitième.
40° Les éléments de la substance grise du cervelet subissent au début les mèmes transformations que ceux du cerveau. Au sixième mois, les cellules de Purkinje font leur apparition, et peut-être aussi les cellules de Denissenko. Au huitième les cellules de Purkinje sont fort nettes, mais ne possèdent pas encore de prolongement cylindre-axile. Enfin au neuvième mois le cervelet présente tout à fait l'aspect qu'il a dans l’âge adulte, sauf que la couche granuleuse externe est infiltrée à sa partie supérieure par des cellules migratrices, et en ce qu'on n’y aperçoit point les petites cellules ganglionnaires situées à la base de cette couche.
RÉSUMÉ. 201 On s’étonnera peut-ètre que de ces recherches nous ne tirions aucune conclusion physiologique, mais sauf pour les nerfs, il ne nous paraît pas que nous puissions légitimement le faire, les questions que soulève le système nerveux central sont encore trop obscures pour le permettre et il nous semble, malgré les travaux remarquables et les progrès réels accomplis dans ces dernières années, qu'il faudra encore une suite nombreuse de recherches, pour éclairer cette question, à propos de laquelle il nous semble qu'il est encore légitime de dire avec Sténon que « l’es- « prit de l'homme qui a porté jusque dans les cieux son « investigation n’a pu encore pénétrer l'instrument par « lequel il agit et que ses forces semblent l’abandonner « lorsqu'il est rentré dans sa propre maison ».
Vu et approuvé. Paris, le 23 Mars 1889.
Le Doyen de la Faculté des Sciences