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orande fréquence des cultures mixtes en Bactériologie, on ne peut parler de variation, de mutation, chez les Bactéries que lorsqu'on a la certitude de travailler sur une population « ayant pour origine une seule plastide » : sinon l’hypothèse de « filtration des formes réadaptées » au sens de Da- VENPORT et CUÉNOT qui a été envisagée par LASSEUR en 1911 reprend ses droits.
Il est vraisemblable que les Bactériologistes eûssent commis moins d’erreurs s'ils s'étaient toujours astreints à étudier les germes issus de plastides uniques, dont le développement aurait été observé scrupuleusement et s'ils s'étaient bornés à écrire des faits après avoir précisé d’une façon suffisante les techniques qu’ils avaient adoptées.
Envisagée à la lumière de populations issues d’une seule plastide, la notion d’espèce se complique de nouveau considérablement. Chaque individu dans une « éprouvette » déterminée, a son patrimoine héréditaire, propre, qu’il transmet aux éléments qui en sont issus, suivant des lois imprévisibles d’une facon bien inégale parfois.
Les caractères qui ont servi à définir l’espèce sont la résultante des caractères individuels de chacune des plastides constituant la population. Et cette résultante, n'étant qu’une moyenne, est souvent très éloignée des types extrêmes, qui existent néanmoins dans l'espèce et qui, s'ils étaient isolés, seraient considérés comme des types aberrants, rencontrés en si grand nombre en Bactériologie. Pour n’en citer que quelques-uns mentionnons des Colibacilles sans pouvoir indologène et sans action sur le rouge neutre phéniqué, des germes pyocyanoïdes, etc.
Ces notions étant données, la définition de l’espèce entraînera donc l’étude des caractères du plus grand nombre possible de souches. Chacune d’entre elles devra être issue d’une seule plastide et isolée suivant une technique sûre. Nous renvoyons à ce sujet nos lecteurs à l'ouvrage écrit par MAaRCHAL en 1932 qui a traité d’une façon détaillée la question de la culture pure en Bactériologie et qui a donné une technique rigoureusement précise pour pouvoir l'obtenir.
Les germes chromogènes bleus ont été fréquemment utilisés comme matériel d'étude pour la variation en Microbiologie.
WassErZUG (1887), CHARRIN et ROGER (1887), CHARRIN et PHISALIX (1892), CHARRIN et DissArD (1803), d’'ARSONVAL et CHARRIN (1893), BLaisE et SAMBUC (1807), GESSARD (1801-02-98-1901-02-17-19-20-22-25) ont réussi à suspendre temporairement ou à abolir définitivement la fonc-
tion chromogène de B. pyocyaneus. RocHAIX et BANSILLON (1923), au contraire se sont efforcés de faire récupérer à des germes la fonction pyocyanogène qu'ils avaient en partie perdue. DARZINE (1928) a étudié la « pseudovariabilité » du Bacille pyocyanique. Nous n’insisterons pas davantage sur ces derniers travaux pas plus que sur ceux d’Aokr (1926) sur la grande plasticité du Bacille pyocyanique. Les résultats obtenus nous paraissent entachés d'erreur. En effet bien qu'il étudie déjà depuis près de vingt ans les Bactéries chromogènes et en particulier le Bacille pyocyanique, LASSEUR n’a jamais observé de faits analogues à ceux décrits par Aoxi. Ses examens ont cependant porté non seulement sur les germes de sa collection mais encore sur ceux provenant de nombreuses collections étrangères.
Séduit par les belles particularités de l'espèce chromogène, GESSARD a consacré toute sa vie à l'étude biologique du Bacille pyocyanique. Ce savant après avoir dépouillé l’espèce pyocyanique de tous ses attributs caractéristiques avait obtenu un groupe de germes auxquels il avait donné le «om de « pyocyanoïdes ». [1 groupait ainsi sous cette appellation des Bactéries ayant gardé la plupart de leurs propriétés originelles, mais ayant perdu la faculté de donner de la pyocyanine.
L'étude de B. cyanogenus a permis de même à GEssaArD de découvrir trois races dans cette espèce :
1° une race ne produisant que le pigment gris bleu, obtenue comme la race P de B. pyocyaneus par transplantations successives sur albumine.
2° une race ne produisant que de la fluorescence, obtenue par réensemencement d’une vieille culture en bouillon ou en gélatine.
3° une race incolore, obtenue par vieillissement prolongé des cultures précédentes ou par leur chauffage à un degré immédiatement voisin de la température amenant la mort du microbe.
. De nombreuses modifications, les unes temporaires, les autres héréditaires ont été étudiées par LASSEUR et ses Collaborateurs chez les Bactéries sécrétant un pigment bleu, en même temps qu’un pigment fluorescent. Ces recherches ont le très grand mérite d’avoir eu pour point de départ des cultures ayant pour origine une seule plastide isolée suivant la technique décrite par LAssEUR, MARCHAL et Dupaix (1931), MARCHAL (1932). C'est ainsi que LASSEUR, MARCHAL et À. Dupaix ont isolé une race uniquement fluorescente chez B. caryocyaneus BEIJÉRINCK-DUPAIX, et une race achromogène qui se sont conservées telles dans leur descendance. Les races nor-
males de B. caryocyaneus BEIJERINCK-DuPaIx possédant à la fois la propriété de sécréter un pigment fluorescent et un pigment bleu, les races uniquement fluorescentes et les races achromogènes se distinguent par leurs caractères culturaux et leurs propriétés biologiques.
Utilisant la même technique MARCHAL (1932) a étudié comparativement les différentes variétés pyocyanogène, érythrogène, mélanogène de l'espèce B. pyocyaneus. Partant de cultures ayant pour origine une seule plastide, a montré qu'il était possible d'obtenir à partir de ces germes des souches présentant des modifications temporaires très nombreuses en relation avec la qualité et la quantité des différents éléments entrant dans la composition des milieux synthétiques sur lesquels ils étaient ensemencés.
Les chromogènes bleus ont donc déjà été abondamment utilisés pour mettre en évidence l'existence de variations chez les Bactéries. Bien des études de ce genre ne paraissent pas cependant dignes d’un très grand intérêt et il serait absolument nécessaire de les renouveler sur des bases plus sûres, en s’efforçant à l’aide de techniques irréprochables de travailler sur des « lignées pures ».