INTRODUCTION
Diagnostiquer un germe pour le classer dans la longue chaîne que forment les microbes est une chose excessivement difficile. Avant de tenter un travail d'ensemble sur un groupe assez étendu de Bactéries, il nous semble nécessaire de préciser comment nous devons concevoir la notion d'espèce en Bactériologie et quels sont les caractères judicieusement choisis, qui permettent de donner à un germe le nom qui tiendra lieu simplement de leur énumération.
Nous envisagerons par la suite s'il est possible d’établir une classificahion en Bactériologie.
L'espèce.
Définir l'espèce en Bactériologie est une des plus délicates questions à résoudre. Chaque discipline (zoologie, botanique, etc...) a en effet sa conception de l'espèce et, partant de là, sa définition. En Bactériologie on ne peut considérer l'espèce que comme une réunion d'individus semblables, d’où dérivent des individus identiques entre eux et en même temps identiques à leurs parents.
Chez les Bactéries, comme chez les organismes plus évolués, on doit considérer à la manière du grand biologiste CUÉNOT « l'espèce comme une collection d'individus présentant un certain nombre de caractères, constants, qui permettent de les identifier, ce qui n'exclut pas leur possibilité de variation » (1). Les individus d'une même espèce peuvent donc se re: connaître et malgré les variations de plus ou moins grande amplitude, qu'ils sont susceptibles de présenter, ils ne peuvent être confondus avec les espèces voisines, en différant au moins par un caractère.
Le genre se reconnaît de même « à un ensemble de caractères communs à toutes ses espèces, se mamfestant à un moment donné de leur évolution pourvu que les circonstances ambiantes ne troublent pas le développement U ce moment ou ne l'aient pas dévié antérieurement » VUILLEMIN (1913).
(1) In DuPAIX, 1933.
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Malgré la possibilité de distinguer des espèces en Bactériologie, il n’en est pas moins vrai que la différenciation et la délimitation des espèces microbiennes sont au nombre des plus difficiles problèmes que l’on doit résoudre.
La diagnose de l’espèce bactérienne ne peut être faite à l’aide d’un critérium unique. La forme, une aptitude fonctionnelle ne peuvent suffire à caractériser une Bactérie. A l’époque où l’on croyait à une définition étroite et rigoureuse de l'espèce, on a vu prédominer tour à tour la morphologie de la plastide, la forme des colonies sur milieu solide, les fonctions en général, etc.
Toutes ces conceptions ont dû être abandonnées de bonne heure sous l’impulsion des études faites dans toutes les branches de la science. Et on s’est bien vite rendu compte de la nécessité de recourir à un certain nombre de caractères judicieusement choisis pour définir l’espèce bactérienne.
PASTEUR, étudiant les Levures alcooliques, avait maintes fois constaté que des formes, en apparence distinctes, appartenaient souvent à une même espèce. Dès 1862, le grand Savant avait fondé une distinction des être microscopiques en se basant sur les fonctions physiologiques. Celles-ci, en effet, plus que les caractères morphologiques, séparaient d’une façon plus nette les Levures hautes des Levures. basses.
De même, la virulence s’est vue de bonne heure abandonnée. Elle implique en effet une lutte entre deux organismes vivants, dont elle ne serait que la résultante.
L'importance accordée successivement à tel ou tel facteur pour la diagrose de l’espèce bactérienne s'explique très facilement, si l’on parcourt rapidement l’histoire de la Bactériologie.
A ses débuts, rattachée aux Sciences naturelles, la Microbiologie étudia tout d’abord la forme des infiniment petits. Le jour où les Chimistes, les Physiologistes, les Médecins signalèrent le rôle important des fonctions, on a dû faire intervenir celles-ci dans la définition de l'espèce.
À partir de cette époque, les Bactériologistes ont établi une certaine subordination dans l'étude des caractères servant de base à la différenciation aes germes. 4e
Malgré toutes les tentatives faites, il a été absolument impossible de trouver un petit nombre de propriétés assez nettes et constantes pour définir l’espèce. Il ne faut en effet, pas oublier qu'autour de l'être typique auquel nous donnons un nom spécifique « se placent et se rangent une foule d'autres êtres qu'on peut faire dériver du premier en mettant en
jeu des actions physiques ou physiologiques et dont quelques-uns n'ont plus aucune des propriétés, qui ont servi de définition, tout en conservant avec le premier, le lien d'une liaison régulière, et pouvant en être dérivé à tout instant par des méthodes connues » DUCLAUX ( 1889).
Si chez les Animaux et les Végétaux supérieurs l’organisation est beaucoup plus compliquée, l’observateur y rencontre néanmoins de nombreux points de repère. Chez les Organismes inférieurs au contraire, il existe souvent une trompeuse ressemblance entre deux espèces bien différentes. De même on peut arriver à méconnaître complètement l'identité de deux formes dérivées l’une de l’autre et soumises à la variation sous l’action des conditions de milieu.
L'école Allemande de KocH attribuait une importance primordiale à l'aspect macroscopique des cultures sur un substratum solide. De même, le moindre caractère qui aurait seulement dû servir à distinguer des races, permettait au savant Biologiste allemand de distinguer des espèces.
De bonne heure les Microbiologistes ont vu la nécessité d’avoir recours à un certain nombre de caractères pour définir l'espèce.
LASSEUR (1911-1913) signalait l'impossibilité de poser un diagnostic rigoureux en se basant uniquement sur la morphologie externe des Bactéries. Il est inutile de s'étendre longuement sur l'influence du substratum et de sa réaction, du degré d'aération, de l’âge de la culture, etc...
sur la forme de la plastide.
Le fait de donner un nom à une souche bactérienne implique donc la présence d’un certain nombre de caractères. Le fait de l’absence de certains d’entre eux mène vers l’incertitude, d'où impossibilité de classer l’organisme sous telle ou telle étiquette. À mesure que s'émiettent les facteurs d'identité on va vers une probabilité décroissante puis vers l’incertitude complète.
Une question se pose néanmoins: parmi les caractères judicieusement choisis, quels sont ceux auxquels on doit attacher une importance primordiale? Ou bien, comment doit-on classer des particularités si variées grâce auxquelles on reconnait les divers types bactériens ?
Pour parer à toutes les difficultés, qui se présentaient, les Bactériologistes ont tenté d'établir une méthode d'étude. Les espèces devaient être soumises à une série d'épreuves bien déterminées dont les résultats pouvaient être comparés. Parmi les plans proposés nous en signalerons deux qui sont le complément l’un de l'autre: celui du Comité Américain (1898) et celui de GRIMBERT (1903).
Pratiquement, on répartit ces caractères en plusieurs groupes. La morphologie, les caractères culturaux et les caractères biologiques pourraient comme l'ont proposé NIcOLLE et CESARI (1923) être rangés sous le nom de caractères généraux; puis vient le pouvoir pathogène comprenant le pouvoir toxigène et la virulence.’
Les caractères antigènes ne doivent pas être négligés, car en dehors de la détermination de l’antigène et de l’anticorps qu’ils permettent, ils peuvent encore servir dans l'établissement des affinités que certains germes peuvent avoir entre eux. Ces relations ne sont pas décelables en effet, ni par l'étude des caractères morphologiques, ni par celle des propriétés biologiques.
M. le Professeur VUILLEMIN estimait que l'appréciation des indices d'affnités, entre les différentes espèces bactériennes. doit se faire en notant :
1° « la forme des éléments (plastides), le nombre, la répartition des fouets moteurs, la coloration par divers procédés » :
2° & la division des éléments suivant une, deux, trois directions déterminées ou sans direction fixe, la forme des colonies, les propriétés des milieux de culture favorables leurs modifications par la vie des Bactéries et les fermentations bactériennes, réciproquement la variation des éléments el des colonies en fonction du milieu » :
3° « la sporulation » ;
4° & les inoculations » ;
5° « les séro-réactions ».
À toutes ces caractéristiques il faut ajouter « les caractères physicochimiques des suspensions » qui présentent un si haut intérêt (Dupaix, 1933).
Parmi les caractéristiques physiologiques permettant de compléter ja diagnose bactérienne il en est une qui a attiré l'attention de beaucoup de Bactériologistes: c'est la production de substances colorantes auxquelles les auteurs ont donné le nom de pigments.
De nombreuses espèces donnant des substances colorées, parfois bien voisines de teinte, sont cependant assez différentes.
Comme le montrait LASSEUR (1913), en étudiant le pouvoir chromogène des Bactéries, l'étude de cette fonction «n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire à priori ». Cependant, étant donné les récents travaux faits sur la Structure chimique de certains pigments tels que la pyocyanine, la prodigiosine, la chlororaphine, on doit attribuer au caractère de coloration des cultures une très grande valeur.