CHAPITRE I
Considérations générales sur les Blastomycètes
Dans cet exposé nous distinguerons les levures proprement dites qui sont des champignons ascomycètes de structure très simple, dont le thalle est réduit à des éléments bourgeonnants, et les champignons filamenteux susceptibles de donner dans certains cas des formes levures.
Après avoir passé en revue les travaux les plus saillants en ce qui concerne ces divers organismes nous donnerons les essais de classification tentés jusqu’à présent dans le but de simplifier et de rendre plus commode l'étude des Blastomycètes.
L'action pathogène des levures, qu’elle soit observée chez les animaux ou chez l’homme, se manifeste de bien des façons.
C'est en 1853 que RoOBIN(S) désigne sous le nom d’Oidium albicans le microphyte qui forme sur la muqueuse des premières régions du tube digestif des plaques blanchâtres ou jaunâtres désignées vulgairement sous le nom de muguet.
Entre temps, CLAUDE BERNARD (9) en 1848, au cours de ses recherches sur la fermentation, injectait à des animaux de la levure de bière.
PoPporr (10) en 1872 renouvela ces expériences et n’obtint que des phénomènes septicémiques. Cet auteur admettait que les levures peuvent se multiplier, mais exceptionnellement, dans l’organisme.
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MAGGiorA et GRADENIGO (11) décrivirent dans un cas d’otite moyenne chronique le Saccharomyces ellipsoideus Ress; d’après les observations cette levure se trouvait associée à divers microbes et à une autre levure, dont les auteurs ne donnent aucune description, mais qu’ils appellent cependant Saccharomyces roseus.
Nous passerons sous silence les belles recherches de ME£rcHxiKOYF (12) qui n’ont pas d’intérêt pour notre sujet, attendu qu’il s’agit dans ces travaux de parasites de petits crustacés du genre Daphnia.
A cette époque le rôle pathogène possible des levures paraissait établi quand Raum (13) et NEUMAYER (14) soutinrent en 1891 que les levures ne pouvaient avoir aucun effet nocif sur les tissus.
Toutefois en 1891 une affection généralisée avec de nombreuses lésions cutanées attira l’attention de WER- NICKE (15), mais il la crut due à des protozoaires, d’où le nom de maladie protozoïque de la peau qui lui fut donnée.
La première observation concrète de levure pathogène pour l’homme fut faite en 1893 par ACHALME et TRoi- SIER (16) dans un cas d’angine qui rappelait cliniquement le muguet. Un enduit blanchâtre recouvrait le pharynx, les amygdales, les piliers du voile du palais, la luette, la face interne des joues. Examiné au microscope cet enduit a révélé la présence d’une levure qui fut étudiée et décrite par les auteurs. Elle a été appelée Saccharomyces anginae par. VUILLEMIN, en 1901.
CoLpr (17), trouvant des levures dans les mucosités du col, les rendait responsables d’une endométrite chronique.
Curris (18) isole chez un jeune homme dans une tumeur molle sous-cutanée d'apparence myxomateuse, siégeant à la région supérieure de la cuisse droite, un abcès volumineux dû à une levure qu’il nomme Saccharomyces
subeulaneus Tumefaciens — Saccharomyces tumefaciens Busse 1897.
En 1896, SAN FELICE (19) isole une levure de quelques ganglions Iÿmphatiques provenant d’un bœuf ayant suc-
combé aux suites d’un carcinome primaire du foie avec extension de l’infection à tout le système lymphatique. Elle
est désignée sous le nom de Saccharomyces lithogenes Sax FELICE 1896.
BRAZZOLA (20) décrit également une levure pathogène pour les animaux, trouvée dans les fausses membranes d’un enfant mort de diphtérie grave; on n’observe pas de bacilles diphiériques, mais une culture pure d’un Saccharomycète qui présente beaucoup d’analogie avec celui décrit par Busse. L’inoculation donne aux animaux une maladie qui ressemble complètement à celle observée chez l’homme et consistant en une inflammation, une nécrose et une intoxication générale.
BUSSE (21) découvre des formes bourgeonnantes dans le pus d’un vieux pyosalpinx et probablement des villosités choriales provenant d’un avortement.
En 1898, SAN FELICE (22) observe dans le poumon d’un porc, renfermant de nombreux nodules de dimensions variables, une levure: le Saccharomyces granulomatogenes SAN FELICE 1898, pathogène pour le porc, non pathogène pour la poule, le rat blanc. le cobaye et le lapin.
VUILLEMIN et LEGRAIN (23) décrivent en 1900 un Saccharomyces nouveau: Saccharomyces granulatus, qui existait à l’état de pureté dans le contenu séro-sanguinolent de tumeurs apparues dans la région du maxillaire inférieur chez un homme.
En 1904, VARALDO (24) fait des recherches sur la sécrétion dans les cas de cervicites et d’endo-cerviciles pendant la grossesse: il a décrit un certain nombre de levures. Son travail comprend l’étude de 32 cas; dix fois il s’agissait de Saccharomyces; malheureusement l’auteur n’a pas étudié parfaitement toutes ces levures.
STEINHAUS (25) trouve une levure pathogène pour les animaux de laboratoire dans une fausse membrane diphtérique. 11 la nomme Saccharomyces membranogenes STEIN- HAUS.
BLANCHARD, BINOT et SCHWARTZ (26) découvrent une levure nommée par GurarT Saccharomyces Blanchardi, dans le liquide provenant d’une tumeur péritonéale.
CASTELLANI isole de Blastomycoses tropicales, le Saccharomyces Caulliei et le Saccharomyces Samboni.
A. Sarrory (27) décèle dans un cas d’otite chronique, au milieu de plusieurs organismes microbiens, l’'Endomyces albicans.
En 1910, CASTELLANI (28) décrit plusieurs cas de Blastomycoses dues à l'Endomyces tropicalis, V'Endomyces pseudotropicalis, VEndomyces paratropicalis, le Saccharomyces krusei.
En 1915, A. SARTORY et LAssSEUR (29) décrivent une nouvelle levure pathogène, ie Saccharomyces LE MONNIER !Iisolé des crachats d’un malade suspect de tuberculose pulmonaire,
ANDERSON (30) décrit deux ans plus tard le Parasaccharomyces ashfordi, semblable dans ses caractères généraux à l’Endomyces albicans. Cette espèce fut isolée de lPintestin de l’homme.
En 1920, HuDELO, A. SARTORY et MoONTLAUR (31) décrivent sous le nom d’Endomyces cratériforme une nouvelle levure, isolée d’un cas d’épidermomycose eczématoïde chez une jeune femme, d’une lésion de l’aisselle gauche.
REMAXK et RoOBin (32) ont décrit le Cryptococcus gutlulatus qui vit normalement dans l'intestin et l’estomac du lapin. Sa morphologie et son pouvoir pathogène ont été étudiés depuis par CASAGRANDI et BRESCALIONI (32) en 1898.
En 1894 BussEe (34) isolait du tibia dans un abcès qui évolua et détermina une affection générale chez une femme, un Cryplococcus pathogène pour divers animaux: Cryptococcus Rominis VUILLEMIN.
En 1895 MArFuccI et SIRLEO (35) observent une levure qu'ils nomment Cryplococcus niger, chez un cobaye qui avait succombé au marasme après avoir été inoculé sous la peau d’un embryon provenant d’une mère tuberculeuse.
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À la même époque CorsELzi et Frisco (36) isolent d’un Sarcome des ganglions mésentériques d’un homme une levure du genre Cryptococcus qui est pathogène pour le lapin et le chien.
RONCALI (37) remarque dans un adénocarcinome de l'ovaire, dans un épithélioma de la langue, dans un ganglion de l’aisselle chez une femme atteinte d’un sarcome du sein et dans un adénocarcinome du colon transverse une levure qui n’est autre que le Cryptococcus degenerans de VUILLEMIN.
En 1896 GiLCHRIST (38) observe dans un cas de dermatite un parasite que VUILLEMIN a désigné sous le nom de Gryptococcus GiLcHRisTI. LucET (39) en 1901 observe dans un cas de langue noire une levure qu’il nomme Cryptococcus linguae pilosae. |
SARTORY et DEMANCHE (40) isolent en 1907 d’un pus de péritonilé par perforation de l’estomac une levure qui est pathogène pour le lapin qu’elle tue en 14 jours; ïls la nomment Cryptococcus Rogerii; la même année HARTER (41) décrit le Cryptococcus Harteri.
En 1911 LEGENDRE (42) isole, au Tonkin dans deux cas de blastomycose cutanée, une levure qu’il nomme Cryptococcus tonkini. L’année suivante BEAUVERIE el LESsIEUR (43) isolent d’un exsudat pharyngé crémeux le Cryptococcus Rogerti SARTORY et le Cryptococcus salmoneus SarroRY d’une ulcération linguale chez une typhique.
La même année, CoPELLI isole d’un cas de Blastomycose de la langue et des orteils un Cryptococcus spécial pathogène pour le lapin et le cobaye, en inoculation intrapéritonéale et intraveineuse.
En ce qui concerne les Débaryomyces, signalons les recherches de DE BEURMANN et GOUGEROT sur D. HUDELOI, Blastomycose à foyers multiples, décrit par HUDELO, Duvar et LArpERICH comme Cryptococcus (44) (45), celles de GuI..- LIERMOND et PÉJu (46), qui ont décrit le D. KLÔCKERN, en 1920 dans une angine; les mêmes auteurs ont pu isoler le D. Napsont en 1921; dans ce cas il s’agissait d’un sycosis.
Ora(47) a pu faire l'étude des espèces suivantes: D. Burnicri (épidermomycose eczémateuse), D. Fabryi Gmycose interdigitale), D. Gruetzi (onychomycose), D. Tremoniensis (mycose interdigitale et d’autres que nous mentionnerons plus tard).
Les Moenilia isolés de lésions mycosiques sont nombreuses; les uns peuvent se rattacher à l’un des groupes suivants: 1° Groupe du Monilia albicans CH. RoBiN 1853 (48), qui renferme tous les champignons trouvés dans des cas de muguet et appartenant au genre Monilia. 2° Groupe du Monilia tropicalis CASTELLANI (49) 1909, où se trouvent réunis les Monilia trouvés par CASTELLANI et ses partisans dans des bronchomycoses. 3° Groupe des Monilia enterica CaAs- TELLANT 1911 (50), renfermant les Monilia des entérites, parmi lesquelles nous citerons M. psilosis (ASHFORD 1914), à laquelle est attribuée la sprue étudiée par BAUMGAERTNER et Sir (51).
Les autres Monilia comprennent les espèces suivantes, dont le rôle pathogène n’a pas été toujours établi. QUEYRAT et LAROCHE (52) signalent en 1909 Monilia alba dans une vulco-vaginite; BALZER, GOUGEROT et BURNIER décrivent M. Balzeri isolée de gommes hypodermiques ulcéreuses; BONORDEN (54) trouve dans un cas de muguet et dans quelques entérites M. candida. Citons encore M. Favrei, découverte en 1925 par OTA(55) dans une dermite généralisée, M. Kochi (von WETTSTEIN 1885) (56), dans un cas de pyrosis, M. Perieri (MATRUCHOT el ANTOINE 1917) (57), isolée dans une fausse membrane sur plaie de guerre, M. pulmonalis (MAUTNER, 1914) (58) dans un cas de bronchomycose, M. rosea dans un ictère grave (59), M. Rhoi de CASTELLANI 1909 (60), signalée dans un cas d’otomycose à Ceylan.
Pour ce qui est des Mycoderma, rappelons tout d’abord que BABES en 1882 (61) a pu isoler un organisme de ce genre, décrit sous le nom d’Oïdium subtile par BLANCHARD en 1895, qui végétait à la surface d’ulcérations pustuleuses du derme; l’auteur, à ce moment, lui attribue un rôle spécifique dans la production de la maladie.
Un peu plus tard, GRawiITz (62) obtient avec le Mycoderma (Oidium) lactis des herpès expérimentaux.
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En 1891, VüILLEMIN (63) retrouve des Mycoderma dans les expectorations des phtisiques et en précise les caractères.
En 1910, deux observations qui firent quelque bruit: l’une de DE BEURMANN, GOUGEROT et VAUCHER (63) l’autre de BALZER, BURNIER et GOUGEROT (64) démontrent le rôle spécifique des Mycoderma du type Oidium lactis dans la production des dermatomycoses; le rôle pathogène de ces organismes ne semble plus douteux.
Enfin les belles recherches de JANNIN (65) conduisent l’auteur à affirmer que les Mycoderma exercent une action importante dans la production des états morbides de l’inteslin, soit en favorisant, soit en perpétuant les développement microbiens.
BENNETT (66) avait déjà signalé en 1842 un champignon de ce genre, le M. pulmoneum, offrant les caractères fondamentaux du genre qui a été isolé de crachats tuberbuleux et de dermatomycose ulcéro-végétante.
Le Mycoderma Caoi (67) a été trouvé associé au Bacille tuberculeux dans un cas de bronchite chronique avec emphysème chez un vieillard. Le professeur BOGOLEPOFFr (68) de Tomsk ayant isolé deux champignons microscopiques de crachats, VUILLEMIN en fait des Mycoderma.
Signalons ici le cas rapporté par SAKURANE (69) d’un abcès sous-cutané chez une jeune fille; cet abcès et les ulcérations renfermaient un organisme, dont on a fait depuis le M. Sakuranei.
Après avoir passé en revue les principales recherches effectuées jusqu’à présent sur les parasites des Blastomycoses, nous croyons nécessaire, pour situer avec précision notre sujet, de passer en revue les tentatives de classification les plus intéressantes. Nous essaierons de déterminer ensuite quelle est la systématisation la plus commode, répondant à la fois aux exigences du médecin et à celles du botaniste.
Il convient de citer tout d’abord la classification de LinpaU (70); cet auteur a distingué deux grands groupes:
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1° Les Hemiascèes qui sont des champignons inférieurs ne possédant pas d’asques nettement différenciés.
2° Les Enascées, champignons à asques régulièrement formés. |
a) Exoascées chez lesquelles les asques sont libres et nus rattachés au mycélium; |
b) Plectascées avec des asques légèrement enveloppés;
c) Les formes les plus parfaites, chez lesquelles l’appareii sexué se développe uniquement en des endroits définis du mycelium et qui sont munis d’enveloppes différenciées: ce sont les Discomycètes possédant des périthèces ouverts, les Pyrénomycètes avec des périthèces fermés.
Les champignons pathogènes des animaux appartiennent aux Exoascées, tandis que les moisissures telles que Aspergillus et Penicillium font partie des familles plus nettement organisées. Se basant aussi sur des caractères botaniques, notre cher Maître, le professeur A. SARTORY (71) a distingué quatre familles:
1° Les Hémiascées intermédiaires entre les Phycomycètes et les Ascomycèles. Asques à spores nombreuses, en nombre indéterminé.
2° Les Pezizacées qui comprennent comme tribus: Les Protoascées, les Exoascées, les Pézizées, les Ascobolées, les Patellarices, les Phacidiées, les Hystériacées. C’est dans la première tribu des Protoascées que l’auteur range les Saccharomyces, les Cryptococcus, les Schizosaccharomyces et les Erdomuces, etc.
3° Les Sphaeriacées: Champignons à périthèce toujours clos et s’ouvrant à maturité par pore. Périthèce généralement petit, globuleux en forme de bouteille, laissant sortir à maturité par le pore une sorte de gelée contenant des ascospores.
4° Les Périsporiacées: Thalle se développant dans la matière organique en décomposition ou en parasite à la surface des feuilles et des tiges ou dans la terre où il produit un périthèce; production chez certains d’un appareil conidien. Dans cette famille il faut citer la tribu des Gym-
noascées, dans laquelle l’auteur range les champignons des genres Trichophyton, Microsporum, Achorion, Epidermophyton, constituant le grand groupe des champignons pathogènes des teignes.
Dans la même famille nous trouvons les Périsporiées avec les genres Aspergillus, Sterigmatocystis, Penicillium, présentant aussi un intérêt pathologique.
Nous nous rangeons à l’opinion de BuscHkE et Jo- SEPH (72) qui, en citant cette classification, se basant nettement sur les caractères botaniques, font remarquer l'intérêt que la mycologie médicale aurait à gagner en se conformant davantage aux règles de la botanique, vu que précisément les parasites animaux semblent avoir des rapports étroits avec les parasites des plantes. Nous pourrions ainsi agrandir le domaine de nos connaissances en ce qui concerne les formes des champignons qui prennent de plus en plus d’importance dans la pathologie humaine.
DE BEURMANN et GOUGEROT (73), en se plaçant plutôt dans les vues des médecins, ont créé une classification basée à la fois sur les caractères cliniques et botaniques.
Ils créent des groupes différents à partir des Protoascées de SARTORY et les rangent sous la dénomination d’'Exascoses: Ces genres de maladie se diviseraient alors en plusieurs classes; les auteurs distinguent différentes familles : a) les Saccharomycoses et les Atelosaccharomycoses. Ces champignons se caractérisent par l’absence totale de filaments mycéliens. Les Saccharomyces se distinguent des Atelosaccharomyces par la formation d’ascospores. Dans ces familles les auteurs groupent les genres suivants: Saccharomuyces, Cryptococcus et Monospora.
b) Les Parasaccharomycoses, dont les agents forment des rudiments de mycélium; ils constituent un genre mal défini, réunissant des champignons très voisins des Saccharomyces, mais qu’il est impossible d’assimiler à ceux-ci, ni à la famille suivante, et les auteurs les considèrent comme intermédiaires entre les deux.
c) Les Zymonémaloses qui sont produites par des champignons prenant la forme levure et filamenteuse et
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renfermant les Oidiomycoses de GILCHRIST ne donnant pas d’asques. |
d) Les Endomycoses causées par des organismes à mycélium filamenteux et à reproduction sexuée par ascospores.
e) Les Parendomycoses, comprenant des champignons voisins, mais s’en distinguant par leurs caractères culturaux.
Cetie classification n’a pas été adoptée non plus par le corps médical et BUSCHKE fait remarquer que la famille des Parasaccharomyces n’est pas légitime, car cet auteur n’a jamais pu observer au cours de ses recherches des levures pathogènes ayant tendance à former des vestiges de mycélium sans présenter de mycélium bien développé.
Dans sa classification des Hyphomycètes parasites, VUILLEMIN (74) distingue trois groupes:
Les Conidiosporées qui présentent des conidies bien différenciées dès leur apparition et se divisent en cinq sections:
Aleuriosporées, Sporotrichées, Sporophorées, Phialidées et Prophialidées.
Les Hémisporées possédant des spores accessoires ou hémispores qui sont moins nettement différenciées du thalle que les conidies. Le seul genre parasite appartenant à ce groupe est le genre Hemispora.
Les Thallosporées caractérisées par une reproduction s’opérant au moyen de thallospores produites par le morcellement du thalle sans aucune différenciation particulière. Ce groupe se partage en deux sous-groupes, les Blastosporées où Blastomycètes et les Arthrosporées ou Arthromycètes.
Les Blastosporées qui comprennent les genres Cryptococcus, Monilia, Cladosporium, Malassezia, etc. se distünguent des autres T'hallosporées par la nature des thallospores appelées ici blastospores. Ce sont des globules arrondis ou ovoïdes, en forme de levure, naissant par bourgeonnement du pourtour des filaments longs ou réduits eux-mêmes à des globules. Ces blastospores continuent à se mulliplier et il n’y a aucun arrêt dans leur vie végétative comme on peut le constater chez les champignons à conidies.
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Les Arthrosporées avec les genres parasites: Mycoderma, Madurella, Indiella, Epidermophyton et les champignons des teignes, possèdent des arthrospores, c’est-à-dire des thallespores résultant de la désarticulation simple des filaments végétatifs. Coupées carrément à l’origine ces tronçons peuvent s’arrondir, épaissir leur membrane et concourir ainsi à la multiplication de l’espèce.
VüiILLEMIN a séparé de ce sous-groupe les Microsiphonées caractérisées par leur mycélium continu de calibre très réduit et ténu, se rapprochant ainsi des bactéries et par leur mode de reproduction au moyen d’arthrospores, des Arthrosporées. Ce groupe renferme les Actinomyces.
Se basant sur cette classification établie par VUILLEMIN, sur des caractères botaniques nettement définis, GUILLIER- MOND (75) a essayé d’ordonner le groupement des Thallosporées en les rangeant en familles et sous-familles. Cet auteur distingue tout d’abord deux familles: les Saccharomycétacées et les Non-Saccharomycétacées. Les Saccharomycétacées sont caractérisées par une multiplication aséxuée par bourgeonnement ou cloisonnement et une reproduction sexuée au moyen d’asques et d'ascospores. Cette famille est divisée en 5 groupes: dans le premier groupe GUILLIER- MOND range le genre Schyzosaccharomyces, se multipliant par cloisonnement; le deuxième groupe renfermant les levures bourgeonnantes avec les genres suivants: Zygosaccharomyces, Debaryomyces, Schwaniomyces, Torulaspora, Nadsonia. Le troisième groupe comporte des levures bourgeonnantes capables d’une reproduction sexuée par ascospores, à pouvoir fermentatif dégrandant les matières sucrées avec production d’alcool; dans ce groupe l’auteur distingue les genres: Saccharomycodes, Saccharomyeopsis, Saccharomyces et Hansenia. Le quatrième groupe comprend les genres Pichia et Willia qui sont différenciés par le pouvoir fermentatif ne donnant en général pas d’alcool, mais des éthers en partant des matières ternaires. Le cinquième groupe renferme des levures à reproduction séxuée, mais à affinités mal connues; on distingue deux genres: Monos-
pora et Nematospora.
La famille des Non-Saccharomycétées est caractérisée par des formes levures bourgeonnantes dépourvues de reproduction sexuée par asques. Cette famille se compose de trois genres: Torula, Mycoderma et Cryptococcus.
Dans cette classification nous rencontrons cinq genres essentiellement pathogènes et qui intéressent principalement le elinicien. Ce sont les genres Saccharomyces, Willia, Debaryomyces, Mycoderma et Cryptococcus. .Nous aurons l’occasion de revenir sur les caractères différentiels de ces microorganismes dans un chapitre ultérieur.
En ce qui concerne une classification qui permet de ranger les agents pathogènes des Blastomycoses en tenant compte des caractères cliniques, BuscakEe (76) a établi la hiérarchie suivante qui s'adapte aux données de CASTEL- LANI (90).
Champignons en forme levures se présentant dans les lésions uniquement suivant des cellules levures sans filament mycélien: Ces champignons cultivés en goutte pendante donnent dans certains cas des cellules bourgeonnantes isolées et dans ce cas on distingue quatre genres: 1° le mycélium fait défaut; les ascospores sont présentes: il s’agit des Saccharomycétacées; 2° le mycélium manque et les ascospores ne sont pas présentes: on a affaire aux Cryplococcus; 3° présence d’un mycélium avec reproduction séxuée par ascospores: Endomycétacées; 4° le mycélium existe, mais les ascospores font défaut: Monilia.
D’autre part, les cultures en goutte pendante ne présentent pas de cellules bourgeonnantes isolées; il existe un mycélium très abondant avec défaut d’ascospores; il
s'agit d'organismes rangés sous le terme de Blastomycétoidées.
Le même auteur, en tenant compte dans sa classification des symptômes cliniques des Bastomycoses a pu les ranger de la façon suivante:
I. Levures proprement dites (Saccharomycétacées) a) Ascogènes Agents des b) Asporogènes Blastomycoses européennes.
IL. Microorganismes pouvant prendre la forme levure au cours de leur évolution:
1° a) Cryptococcus Gilchristi } Agents des Blastomyb) Coccidiodes immitis coses américaines.
2° a) Phialophora verrucosa Agents des Blastomycoses b) Acrotheca verrucosa \ tropicales.
3° Cruptococcus farciminosus: Agent de la Iymphan-
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gite épizootique.
IT. Endomyces: agents du muguet.
Lors de son exposé sur les Blastomycoses paru dans le «Nouveau traité de Médecine», M. LANGERON (77), se basant d’un côté sur les recherches botaniques de GUILLIER- MOND et de HANSEN et de l’autre sur les données cliniques, a pu créer la classification suivante qui, à notre avis, satisfait à la fois les botanistes et les cliniciens:
Cet auteur admet pour la famille des Saccharomycétées de GUILLIERMOND les vues de cet auteur et distingue pour les agents des blastomycoses, pouvant se rattacher à ce groupement deux sous-familles:
1° Les Saccharomycétacées avec les genres pathogènes: Debaryomyces KLOECKER 1909, le genre Saccharomyces MEYEN 1838 et le genre Willia HANSEN 1904.
2° Les Endomycétacées avec le genre Endomyces.
La famille des Non-Saccharomycétées de GUILLIER- MOND est adaptée suivant les vues établies de VUILLEMIN, et l’auteur respecte la classification de VUILLEMIN donnée pour les Fungi imperfecti et nomme cette famille: Famille des Hyphomycètes thallosporées. Nous retrouvons ensuite une subdivision en deux groupes de VuiILLEMIN: les Blastosporées et les Arthrosporées. Les Blastosporées, producteurs de Blastomycoses, appartenant aux genres Cryptococcus ou levures anascosporées et le genre Monilia. Les Arthro sporées, caractérisées par formation des spores au moyen
de désarticulation du filament végétatif, renferment comme seul agent d’affection, pouvant être rattachées aux Blastomycoses, les Mycoderma.
Etant donné la clarté et la logique de cette classification qui satisfait à la fois le mycologue et le médecin clinicien, nous avons résolu de l’adopter pleinement au cours de notre travail, et nous espérons qu’elle apportera de l’ordre et de l'intérêt dans ce domaine de la Pathologie humaine, qui par suite de la complication occasionnée pas de multiples essais de classification bâtardes, ne pouvant invoquer ni les caractères cliniques, ni les propriétés botaniques, a été négligée et même désertée par les médecins.
C’est pour toutes ces raisons que nous sommes pleinement en accord avec BuscHKE et Josepn d’un côté et M. LANGERON de l’autre en ce qui concerne la nouvelle classification élaborée par OrA (78). Dans celle-ci l’auteur distingue parmi les levures pathogènes celles qui produisent des spores et qui appartiennent à la famille des Saccharomycètes: ces levures qui sont les moins nombreuses se rapportent au genre Saccharomyces, Willia et Debaryomyces. La plupart des levures pathogènes ne forment cependant pas de spores et rentrent dans le genre Cryptococcus.
OT\ distingue parmi celles-ci: 1° Les Cryptococcus ne présentant jamais de formes filamenteuses; 2° Les Cryptococcus qui présentent parfois des formes filamenteuses et montrent des formes de transition entre les genres Cryplococcus et Monilia; 3° Les Monilia qui offrent toujours des formes filamenteuses assez développées en même temps que des aspects levures.
L'auteur distingue par conséquent dans un premier essai de classification deux groupes:
1° Groupe des Saccharomycètes;
2° Groupe des levures ne sporulant pas, subdivisé en trois catégories comme nous l’avons dit plus haut.
Dans un deuxième travail, Ora reprenant ses recherches sur lx classification des blastomycètes anascosporées, re-
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nonce à les répartir avec VUILLEMIN et les autres auteurs classiques dans les genres Cryptococcus et Monilia. Il ne conserve dans le genre Cryptococcus KUTzZING 1845 que les levures ne donnant jamais ni filaments, ni ébauches de filament. Il crée un deuxième genre qui forme des mycéliums ou des ébauches de mycélium englobant des Hyphomycètes blastosporés. Ce genre est appellé par lui Myceloblastanon; ce genre est subdivisé en trois nouveaux sousgenres: les Blastodendrion, caractérisés par des arbuscules de blastospores qui par désagrégation donnent des formes ovales ou oblongues de levures. Les Mycelorhizodes qui possèdent à la fois des blastospores semblables aux formes Cryptococcus et un mycélium filamenteux. Les Monilia pris dans un autre sens que celui des classiques, présentent dans les cultures à la fois des arbuscules de blastospores et des filaments mycéliens.
D'autre part des Hyphomycètes arthrosporés possédant des blastospores se répartissent entre les deux genres: Parendeiñyces de DE BEURMANN et GOUGEROT, qui sont caractérisés par la coexistence de chaînettes d’arthrospores et de blastospores vraies; les Mycoderma PERSOON qui, à un état précoce du développement, peuvent présenter aussi des blastospores.
Vu la nouvelle complication apportée par cette classification et la création de termes non familiers aux médecins nous nous rangeons, comme nous l’avons déjà dit, à l’opinion de BuscHKkE et de LANGERON, qui dans l’analyse du travail d’OTA donnent leur opinion dans les termes suivants: «Ce travail présente un très intéressant effort pour traiter avec méthode un des sujets les plus difficiles de la mycologie parasitaire. Toutefois, il semble que cette tentative est peut-être prématurée et que, sous des noms nouveaux, on retrouve les mêmes difficultés d'interprétation, que n'arrivent pas à résoudre des distinctions auxquelles on peut reprocher d’être trop subtiles.»
Il nous reste à citer un essai de classification tenté par TREUHERZ (79), dont nous ne donnerons pas ici tous les détails et qui a trait principalement aux Blastomycoses tro-